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Mais où est Massoud Rajavi ?

mardi 9 juin 2009, par Laurent Péters

Depuis la chute de Saddam Hussein, les Moudjahedines du Peuple iraniens, basés en Irak, semblaient bénéficier d’une indulgence des Etats-Unis. Les autorités irakiennes font depuis mai, le blocus du camp d’Achraf, et l’on ignore où se trouve le leader de cette organisation.


Souvenons nous. L’opposition Iranienne à la République Islamique d’Iran avait sa base principale en France. Le 17 juin 2003, à Auvers-sur-Oise, l’Organisation des Moudjahedines du Peuple (OMPI) faisait l’objet d’une opération policière massive. Plusieurs dirigeants, dont Mariam Rajavi furent arrêtés sous les yeux des médias et libérés après quelques jours ou quelques semaines. Les procédures judiciaires n’ont pour l’heure pas abouti. Plusieurs immolations par le feu de membres de l’OMPI avaient frappé les esprits au lendemain de l’opération.

Massoud Rajavi, co-fondateur et dirigeant historique de l’OMPI était à l’époque dans le Camp d’Ashraf. Cette poche d’opposition à l’Iran, peuplée d’Iraniens, sur le sol irakien (100kms à l’ouest de Bagdad) avait été établi avec l’accord de Saddam Hussein. À partir de 1986 et l’arrivée des opposants iraniens en Irak, ce fut la base principale de ce que l’OMPI appelait l’Armée de Libération Nationale Iranienne (ALNI). À la Chute de Saddam Hussein, le camp fut pris en main par les autorités militaires américaines. Il n’y eut pas d’incidents entre les membres armés de l’OMPI et les GI’s : les Américains avaient besoin d’information fiables. Bien qu’inscrite sur la liste des organisations terroristes établie par les Etats-unis, l’OMPI constitue un excellent interlocuteur. L’organisation a une réputation de source bien informée concernant l’Iran. Elle révéla notamment les emplacements des centres de recherche nucléaire du régime iranien. Pendant que les attentats suicides et les massacres frappaient l’Irak tout entier, le Camp d’Ashraf ne faisait plus parler de lui.

En janvier 2009, les autorités irakiennes se sont vues remettre par les Américains, la responsabilité du camp. Selon l’OMPI, 3400 membres de l’organisation seraient cernés par la police irakienne, avec mise en place d’un blocus autour d’Achraf. La tension est montée d’un cran entre la fin mai et le début juin 2009.
Parmi les principaux intéressés par la dissolution de ce camp se trouvent au premier chef, les autorités iraniennes. Le poids de l’Iran sur l’Irak actuel est non négligeable : via la majorité chiite en Irak mais aussi à cause de la dette contractée par les opposants à Saddam, longtemps hébergés par la RI (notamment Asrii de l’ayatollah Mohammed Baqr al Hakim).

Il y a deux enjeux, l’un humanitaire et l’autre politique.
L’aspect humanitaire tient au sort réservé aux militants de l’OMPI sur le sol irakien. Mowaffaq al-Rubaie, conseiller pour la sécurité nationale irakienne à al-Alam (chaîne TV arabophone du gouvernement iranien — 8 mars 2009) : « Nous menons une politique claire et précise s’agissant de l’expulsion hors d’Irak de cette organisation terroriste et du retour des habitants du camp d’Ashraf vers l’Iran et/ou un pays tiers ».
Dans un avis écrit au nom de la Commission Européenne, Madame Ferrero-Waldner a rappelé, outre les droits de l’Homme, le « principe de non refoulement » (ce qui interdit tout renvoi des opposants iraniens vers l’Iran). En revanche — et si ce point est technique, il n’en est pas moins significatif—, elle précise que l’application de l’Article 3 de la Quatrième Convention de Genève impliquerait que les résidents soient pris dans un conflit armé pour en recevoir la protection et considère que « cela ne semble pas être le cas ».

Le point politique ensuite : Où est Massoud Rajavi ?
Bête noir du régime iranien, se revendiquant chef de guerre, installant sa base en Irak après avoir négocié avec Saddam Hussein, il est aujourd’hui absent, dématérialisé.
Autant qu’on puisse le savoir, Massoud Rajavi serait en vie, hors d’Irak. L’OMPI poursuit ses activités. Au-delà des supputations, reste cet étonnant silence politique et médiatique.


le 16 octobre 2012 : OMPI, moudjahidin vue de l’intérieur ! voir "L’enfant du blé"

L’être Persan Par AYAD Christophe
C’est un jeu pour rats des villes, une occupation pour métropolitains fatigués d’eux-mêmes : s’attabler à la terrasse d’un café, regarder les passants et essayer de percer les vies derrière les visages qui défilent. A défaut les imaginer, broder. Ce rictus, cicatrice de quelle guerre intime ? Ce sourire qui s’évapore comme de la buée sur une vitre ? Cette fossette, quel père, quelle mère ? Prenons Raphaël-Karim Djavani. Que se serait-on dit en le croisant ? Aurait-on deviné le montagnard dans le pas allongé ? Le fils de paysans sous le teint hâlé ? Le passé de guérillero, l’étincelle du rescapé, le visage de l’apostat... Aurait-on vu tout cela ? On marche dans Paris et l’on pourrait croiser Raphaël-Karim Djavani sans se retourner. On aurait tort.

Djavani est iranien, musulman chiite, et vient de proclamer, dans un pamphlet court et bruyant, son divorce d’avec Dieu. « J’ai toujours eu un doute, même si j’ai beaucoup cru. Maintenant, basta. Comme dans une séparation, je lui ai dit : "Aujourd’hui je te quitte, au lieu de faire semblant de rester avec toi." » Provoc facile, envie de faire un coup ou sincère coming out ? Peu importe si Allah et moi chatouille la fatwa un peu trop ostensiblement, la longue lettre de Djavani à Allah ressemble à un Ne me quitte pas. A défaut de pouvoir aimer ce Dieu lointain et muet face aux atrocités et aux absurdités commises en son nom, il s’est trouvé un arbre. Un beau platane multicentenaire du bord de Seine au creux duquel il vient s’asseoir, qu’il écoute battre comme un coeur et à qui il parle souvent. Après tout, c’est ce qu’on fait avec Dieu quand on y croit.

Djavani vient du pays de Mahmoud Ahmadinedjad et de Marjane Satrapi. Cela tombe bien, parce qu’on se demande beaucoup en ce moment comment on peut être persan. Un drôle de pays schizophrène qui a inventé le mariage de plaisir, destiné à légaliser l’adultère mais aussi le tchador. Aujourd’hui, Djavani vit en France, un drôle de pays schizophrène qui s’interroge bruyamment sur son identité et où un Iranien, arrivé sans savoir parler la langue, finit par vivre ­ chichement ­ de sa plume. Djavani avait 20 ans au moment de la révolution islamique. Et cela fait vingt ans qu’il vit en France. Deux décennies d’aliénation, deux à s’en libérer, et au milieu près de dix ans de combat.

Avant même la religion, la première prison de Djavani a été la pauvreté. Avant-dernier de sept enfants, il a grandi dans une pièce unique avec les poules en liberté et le four à pain au milieu. Le père s’échinait à cultiver du blé et de l’orge sur les pentes arides des montagnes azéries, dans le nord de l’Iran. « La nuit, mon père priait et ma mère pleurait. » Karim est le premier et seul des garçons à faire des études. Il est interne au collège de la ville la plus proche. « Je logeais avec d’autres garçons de la campagne. On devait faire à manger à tour de rôle. Comme ma famille n’avait pas d’argent à m’envoyer, je volais des oeufs, je ramassais des vieux papiers dans la rue pour les vendre. » C’est le seul souvenir qui le fasse pleurer.

Quand le chah traverse la bourgade, le directeur lui fait revêtir un costume pour assister au défilé.La révolution le rattrape alors qu’il est en terminale et vit un amour platonique avec la fille d’un notable local. Il voit tout ça comme une grande récréation. Mais rapidement l’ombre de Khomeiny, rentré d’exil, recouvre le pays : « Il était devenu une idole. Les gens voyaient son visage dans la lune. En un an, les religieux ont pris le contrôle du pays. » Lui ne pense qu’à sa dulcinée. Seul moyen de l’épouser : devenir pilote, l’aristocratie de l’armée. Il réussit les écrits mais se fait retoquer à l’oral par un comité idéologique qui le juge pas assez bon musulman. « J’ai été renvoyé de l’université, j’ai eu la rage. Il ne me restait qu’à vendre des fripes et des livres interdits pour faire vivre ma famille. » A quoi tiennent les engagements idéologiques...

Un soir, il prend la défense de Moudjahidin du peuple attaqués par des miliciens du régime islamique naissant. Le parti, une formation islamo-nationaliste radicalement opposée au régime, l’envoie participer à une manifestation à Téhéran au cours de laquelle le chef, Massoud Radjavi, annonce le passage à la lutte armée. « Ça a complètement dégénéré, la police tirait de partout, jetait des grenades. » Commence une vie de clandestinité. Il loge un temps dans une cave louée à un mollah du régime, qui est loin de se douter qu’il héberge un opposant.

Début 1983, le parti lui ordonne de rejoindre le maquis dans le Kurdistan iranien, qui est en pleine insurrection. Avant de s’exécuter, il passe voir une dernière fois ses parents, qui le tenaient pour mort. Plus tard, le vieux sera forcé de renier son fils avant de mourir. Sa mère, il ne la reverra qu’en 1989 à Istanbul.

Au début, la vie dans le maquis lui plaît bien : « On apprenait le maniement des armes. On se sentait forts, libres. » Il hérite d’une kalach et d’un nouveau prénom, Ouldouze. Mais rapidement son instinct de vie l’éloigne de la discipline monacale des « Moudj ». Il est envoyé en mission dans une ville kurde tuer le chef des services de renseignements. Un quasi-attentat-suicide : d’ailleurs, on lui confie une capsule de cyanure... Au moment de passer à l’action, il flanche : un enfant traverse la rue en même temps que sa cible, et il ne peut s’empêcher de penser à son idylle avec une fille kurde. « J’ai peut-être tué, mais jamais à bout portant. » A son retour, l’organisation le met au placard. Peu après, le mouvement fait sa « grande révolution idéologique », qui n’a d’autre objet que de légitimer le remariage de Massoud Radjavi. « J’ai tout fait pour penser comme les autres ; je me tapais la tête contre les murs, mais une partie de moi disait non. » Qu’est-ce qui l’a préservé de l’embrigadement, lui le petit paysan, là où des intellectuels débarquant d’Europe bardés de diplômes et de sacs à dos flambant neufs croyaient dur comme fer aux discours sur la chute imminente du « régime des mollahs » ? Hébergés et armés par Saddam Hussein, les Moudjahidin du peuple deviennent une armée supplétive du dictateur irakien. « Je me demandais ce que je faisais là. »

Mais on ne quitte pas un parti aussi sectaire comme ça, d’autant que tout retour en Iran est impossible. Il négocie avec ses chefs une issue honorable : ils le laissent partir à Paris sous une fausse identité. Pendant deux ans encore, il fait signer des pétitions dans la rue pour le compte des Moudjahidin du peuple. En 1989, il coupe les ponts et demande le statut de réfugié politique. « Je ne suis pas sûr que dans la France d’aujourd’hui une histoire comme la mienne serait possible ». Bel euphémisme. A la présidentielle, il a voté « gauche utile ». Djavani ferait un bel exemple d’intégration réussie pour les forcenés de l’identité nationale. Ses amis sont plutôt français qu’iraniens. Il a suivi une psychothérapie et d’interminables études pour compléter sa culture de bric et de broc (Z, les Misérables, Germinal). Les femmes l’aiment volontiers, et il le leur rend bien ; mais en ce moment il vit seul et sans enfant dans un studio sous les toits. Avant de se lancer dans l’écriture, il a exercé toutes sortes de métiers, s’est même retrouvé conseiller ANPE, sans jamais avoir exercé d’emploi stable. Ses amis français l’ont appelé Safa, puis Raphaël, depuis sa naturalisation en 2000. Et pour finir Raphaël-Karim, comme ce mélange d’étrangeté familière que vous croiserez peut-être un jour sans le savoir dans Paris.

photo Fred Kihn

Raphaël-Karim Djavani en 6 dates 1958 Naissance dans le nord de l’Iran. 1979 Révolution islamique. 1983 Rejoint la guérilla des Moudjahidin du peuple dans le Kurdistan iranien. 1987 Arrivée en France. 2005 Parution de l’Enfant du blé (Flammarion). 2007 Parution d’Allah et moi (Flammarion).


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