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Maladie de Lyme : une prochaine catastrophe sanitaire française ?

samedi 20 mai 2017, par Les influences.fr

Marie-Pierre Samitier, journaliste santé à France 2, publie Le mystère Borrelia. Sur la piste de la maladie de Lyme. Une enquête très riche au croisement de la science, de l’histoire de la Guerre froide et des politiques publiques de prévention.

Société. Près de 30 000 cas recensés en France chaque année, sans doute beaucoup plus. Une maladie qui se transmet essentiellement par les tiques porteuses de la bactérie Borrelia. Qui n’est pas mortelle mais particulièrement invalidante (rhumatismes, paralysie faciale, vertiges, co-infections,...), qui reste largement mystérieuse pour ses origines et particulièrement difficile à diagnostiquer. Bref, tout semble mis en place pour une prochaine catastrophe sanitaire en France. Le 20 mai a été déclaré Journée nationale de lutte contre la maladie de Lyme. L’occasion de faire le point avec Marie-Pierre Samitier, journaliste santé à France 2 et qui publie une enquête au croisement de la science, de l’histoire de la Guerre froide et des politiques publiques de prévention : Le mystère Borrelia. Sur la piste de la maladie de Lyme.

Qu’est ce qui dans l’épidémiologie mondiale fait que vous vous êtes intéressée à la maladie de Lyme -qui n’est pourtant pas mortelle et qui n’est pas l’une des plus massives ?

MARIE-PIERRE SAMITIER : Elle n’est pas mortelle mais lorsque la chronicité est installée, elle devient très handicapante sous des formes très différentes : psychique (dépressions, sautes d’humeur et tendances suicidaires) et physique puisque nombre de personnes deviennent handicapées et se retrouvent en fauteuil roulant. C’est le cas d’une patiente que j’ai interviewée et qui vit à Aurillac. La vie de ces gens est bouleversée. Un homme d’une quarantaine d’années qui habite dans le Perche a perdu le sens du goût. Il a sans cesse une odeur de moisi dans la bouche. Il souffre d’arthrose alors que cette pathologie souvent héréditaire n’atteint aucun membre de sa famille. La forme de la maladie varie selon divers facteurs et en fonction de la capacité de résistance du système immunitaire de chacun. Plus généralement, on peut dire que la bactérie Borrelia à l’origine de la maladie de Lyme entraîne soit des pathologies articulaires i.e. de l’arthrose jusqu’à rendre les sujets invalides, soit des pathologies neurologiques puisque la bactérie peut franchir la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.

La maladie de Lyme n’est pas mortelle mais d’une simple morsure de tique, la vie des gens s’en trouve totalement bouleversée.

Elle n’est certes pas l’une des plus massives mais il est impossible de recenser le nombre de malades car les tests de dépistage ne sont pas fiables. D’où l’intérêt d’une enquête telle que je l’ai menée dans mon livre pour savoir pourquoi au XXI ème siècle nous ne disposons que de tests aussi peu efficaces... le livre donne des explications et ceux qui le liront en tireront les conséquences.
Pour ces raisons, je me suis intéressée à cette maladie qui est provoquée par une bactérie bien mystérieuse et qui remonte à la préhistoire, mais qu’on a identifié qu’au XXème siècle. Une maladie pour laquelle le diagnostic irréfutable paraît quasi impossible.

Dans votre enquête, qu’est ce qui a été le plus difficile à recouper comme informations ?

MPS : Tout ce qui concerne le Dr Erich Traub. Après la guerre, une fois exfiltré par les Alliés pour qu’il ne tombe pas aux mains des Soviétiques (on est à ce moment en pleine Guerre Froide) ce vétérinaire nazi a continué ses recherches aux États Unis mais tout ce qui le concerne n’est que difficilement accessible.

Et le plus compliqué à recueillir ?

MPS : La question des tests. J’avais questionné l’un des spécialistes français des tests à l’Académie de Médecine à la sortie de la Conférence du 20 septembre 2016 dont je parle dans le livre. Mais il n’a pas souhaité me répondre. Lancer un nouveau programme de recherche me paraît important pour développer des tests efficaces et un vaccin. Je raconte qu’un vaccin avait été commercialisé aux Etats Unis au début des années 2000, je laisse les lecteurs de mon livre découvrir la suite...

le Dr Erich Traub était un vétérinaire nazi qui a . Après la guerre, une fois exfiltré par les Alliés pour qu’il ne tombe pas aux mains des Soviétiques (on est à ce moment en pleine Guerre Froide) ce vétérinaire nazi a continué

L’un des chapitres forts du livre concerne les origines japonaises et nazies. Comment avez-vous procédé dans votre enquête pour éliminer tout esprit de complot ?

MPS : J’ai travaillé à partir des publications scientifiques telle celle de Burgdorfer en 1982 dans Science, ou des écrits tel "L’arme secrète du Japon" (Japan’s Secret Weapon) d’un scientifique américain Barclay Newman (un militaire américain) qui en 1944 témoigne des recherches japonaises sur les spirochètes. Et les interviews de Richard Horowitz bactériologue qui fait de la recherche à l’université de Columbia (NY).

"Pourquoi la France se prive t-elle d’investissements massifs dans la recherche bactériologique ?"

Selon votre analyse, qu’est ce que pourrait améliorer les pouvoirs publics français pour mieux contenir cette maladie ?

MPS : Tout d’abord faire une campagne auprès du grand public pour le sensibiliser aux risques après une piqûre de tique : mieux vaut 3 semaines d’antibiotiques le premier mois à titre préventif qu’une maladie chronique qu’on traine ensuite toute une vie. Mieux informer les médecins car nombre d’entre eux ignorent que le protocole en vigueur aujourd’hui prévoit 3 semaines d’antibiotiques, selon la HAS (Haute Autorité de Santé, voir sur son site Internet).
Et bien entendu investir dans la recherche bactériologique avec nos infectiologues français qui sont parmi les meilleurs du monde. Pourquoi s’en priver ?

Avez-vous déjà été piquée par une tique, et si oui comment vous en êtes-vous débarrassée ?

MPS : Non, je n’ai pas été piquée par une tique. C’est au cours d’un reportage dans un hôpital public parisien que j’ai rencontré des patients qui m’ont alertée sur la maladie de Lyme.

Ensuite, en écrivant le livre, en parlant de mon enquête au fur et à mesure de mon avancée, j’ai recueilli nombre de témoignages de personnes dont j’ignorais qu’elle étaient tombées malades dans mon entourage : j’ai découvert (alors que j’étais en train d’achever l’écriture de ce livre) qu’une de mes parentes habitant dans le Sud de la France avait été piquée à la tête par une tique et qu’elle avait développé des symptômes qui avaient été interprétés comme une sclérose en plaques (SP) par le chef de neurologie du CHU de Montpellier. Or la SP est très souvent diagnostiquée en lieu et place de la maladie de Lyme. Les neurologues n’ont pas le réflexe d’envoyer les patients dans les services d’infectiologie pour faire faire un examen clinique poussé, ce qui est le seul moyen de détecter la maladie puisque les tests ne le permettent pas.
C’est l’histoire d’un petit garçon âgé de 5 ans, Alexandre, qui s’endormait sur son vélo, qui m’a fait écrire ce livre. Un petit bonhomme courageux.

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