Influences Veille Microcosme Couveuse Culture 100% Bio Blogs&Opinions

Bookmark and Share

Marseille sans Marcos

lundi 1er octobre 2012, par Emmanuel Lemieux

La rédaction des Influences.fr a perdu un ami. Jean-Louis Marcos, critique d’art, est mort dans le petit matin du 28 septembre

" Bonjour, vous êtes bien sur le portable de Jean-Louis Marcos. Je vous rappelle dès que je peux, merci." Nous patienterons mais ça sera dur. Il faudra faire avec la procrastination de l’intéressé. Dans un hôpital, à Marseille, le 28 septembre au matin, Jean-Louis Marcos s’en est allé. Reste ces bribes d’une voix chaude, infusée dans la mélancolie. Ces derniers mois, il avait perdu ses cheveux blancs en bataille dans la bataille de la chimio. La maladie lui profilait un visage de silex, une dignité romaine. Jusqu’au bout, il s’est étudié. Comme un enfant joue sérieusement. Il a examiné le cancer du poumon à l’oeuvre. Il partageait avec son réseau d’amis fort nombreux, ses découvertes. Jamais de déprime.

Retiré dans les Cévennes, il y avait entraîné une bonne partie de ses génies, fétiches et démons, collection d’oeuvres constituée au fil de ces trente années, pour l’exposer dans un Temple de la vallée française des Cévennes, église désaffectée de Valfrancesque. Cet été, il a commencé à envisager le départ. " C’est quand même fichu même si la médecine t’encourage comme un écolier avec des bons points, moi, je suis fatigué", marmonnait-il à la fin de l’été.

Jean-Louis Marcos : ci-devant architecte, fou d’Afrique (rêveries Dogons et Peuls), puis grand reporter dans les années 80 ( notamment Le Front Polisario pour Libération) et le magazine Sud, et puis sous le haut protectorat d’une Edmonde Charles-Roux et d’un Julien Blaine, immense critique d’art à La Provence, puis encore tire-diable par la queue, conférencier, vidéaste, blogueur du merveilleux 7000 articulations et collaborateur à ses heures non comptées des Influences, mais surtout, avant tout, amateur éclairant de l’art contemporain. Il aura mangé à pleines dents les années Richard Combas. Il nous a fait connaître un Max Sauze, un Richard Baquié, un Tony Grand, un Ceccarelli, un Daumas, un François Mezzapelle, un Piotr Klemensiewicz, une Sylvie Reno, ou encore un Philippe Turc, c’est beaucoup. Des dizaines d’autres encore. Un goûteur, un passeur. Marseille Marcos : indissoluble.

Jean-Louis est parti sans avoir eu le temps de trouver un éditeur pour son Petit traité de paix avec l’art contemporain, un abécédéraire foutraque et méticuleux d’une centaine de pages qui lui ressemble, concentré et divaguant à la fois. Il y a là dedans tout le miel qu’il aimait, ses goûts et ses couleurs, de l’humour, des pensées graffiti, des pensées phréatiques, un autoportrait en dreaming aborigène, un amour immodéré de l’art contemporain et de sa zoologie d’artistes. Echantillons de la première page :
"Aaaaaa
Babil de satisfaction émit par l’amateur ( rare ) devant une œuvre d’art contemporain.
Aaaargg !
Râle, clabaudage, feulement de désolation ou de colère, qu’émet le contempteur ( fréquent ) devant une œuvre d’art contemporain."
La crémation du critique d’art se tiendra mardi 2 octobre. La dispersion de ses cendres, elle, est prévue pour le 1er mai 2013. La cérémonie a été çonçue par lui-même et son frère, comme une ultime et festive installation. Une oliveraie garantie AOC sous les cieux nettoyés de Puimichel, l’accueillera et l’amitié ne l’oubliera pas.


Repères :

Poster un nouveau commentaire
Don Quichotte de Wozniak
En librairie

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2014 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.