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Max (Weber) reviens ! Ils sont devenus fous !

dimanche 10 mai 2009, par Didier Long

Les occidentaux ne croient plus au capitalisme comme levier déterminant du bonheur individuel et social… tout en n’imaginant pas un seul instant de s’en passer. Pour aller vers quoi ?

Qui s’en rappelle ? Les premières routes commerciales en Occident furent des chemins de pèlerinage. Les premiers empires économiques d’Occident aux XIe et XIIe siècles furent d’abord spirituels, les abbayes de Cluny et de Cîteaux les premières world companies.

Cette première révolution industrielle créa la première économie de production de l’histoire de l’humanité fondée sur des énergies non humaines : la force des bœufs et de l’eau remplaçait celle des esclaves. A cette époque, cette production se déverse sur les foires tournantes de Champagne, l’économie de marché est née, accélération des échanges entre le nord de l’Europe, l’Espagne et l’Italie. C’est de la nécessité de transport des flux grandissants de pèlerins vers Jérusalem au XIIe siècle que nait l’arsenal de Venise, premier line manufacturing de bateaux en série qui ouvrit le chemin de la Méditerranée, l’Orient et ses richesses. Venise devient alors l’épicentre de la mondialisation naissante. Les marchés de capitaux et les bourses vont bientôt soutenir les échanges internationaux. Comme l’a montré Braudel, les "économies-monde" vont alors se succéder, mouvement initialisé par les grandes découvertes et porté par l’idéal protestant (Weber), le capitalisme se déplace de cœur en cœur économique toujours plus à l’ouest : Amsterdam, Londres, New York, San Francisco au xxe siècle puis… Shangaï, Bombay…

Avec ou sans les églises, l’« esprit de la globalisation » a donc produit les révolutions économiques et technologiques successives en s’appuyant sur des croyances issues des monothéismes méditerranéens et d’abord de la révélation juive. L’histoire du capitalisme globalisé est donc celle de ses croyances. Cette histoire est la notre. A chacun de nous, clients, entrepreneurs, salariés, actionnaires, se pose la question : « A quoi crois-tu ? ». Quelle que soit l’époque, la croyance agit au cœur des individus comme le moteur qui maintient en vie l’espoir. Elle fédère un groupe social, un pays, une entreprise autour de paroles vraies et claires qui annoncent un avenir durable.

Les crises qui frappent régulièrement le capitalisme sont des « crises de foi », le dégonflement des bulles économiques spéculatives comme aujourd’hui celle de l’immobilier (subprimes) sont des crises de confiance dans la parole donnée, les business plans, dés que la réalité ne correspond pas au rêve annoncé, dés qu’on s’aperçoit que quelques analystes un peu bullish ont spéculé sur des arbres qui touchent le ciel… les marchés s’effondrent : Timber !

En Occident après les religions et les grandes idéologies politiques, l’élan capitaliste est frappé de plein fouet par un recul de la croyance. Qui croit encore, à l’heure ou des fonds souverains chinois ou des pays du Golfe s’emparent des perles de la couronne que le capitalisme mondial est indissolublement lié à la démocratie ? Les occidentaux ne croient plus au capitalisme comme levier déterminant du bonheur individuel et social… tout en n’imaginant pas un seul instant de s’en passer. Pour aller vers quoi ?

Aujourd’hui la globalisation des échanges et le consumérisme de masse affrontent deux menaces pour leurs croyances : l’une, interne, le vide de valeurs de sociétés matérialistes à courte vue incapables de combler la soif d’être et de répondre aux questions vitales concernant le sens ; l’autre, externe : une globalisation des échanges en réseau de néo- religions déterritorialisées : fondamentalisme musulman, mouvements néo-évangéliques et pentecôtistes, répondant parfaitement à une « logique de marché »… spirituel.

Concernant le capitalisme d’autres inconnues s’ajoutent : quelles valeurs de civilisation porteront les capitalismes chinois, indien ? Un capitalisme musulman est-il possible ? Le capitalisme peut-il subsister durablement en dehors de la démocratie ?

Nous sommes donc condamnés dans cette nouvelle donne à inventer de nouveaux modèles de sens pour retrouver notre souffle, nos esprits.
Pouvons-nous sérieusement croire que les religions qui ont été le moteur des civilisations et des croyances pendant des millénaires puissent n’être que des scories de cette histoire, une étape antérieure préexistant à une démocratie de marché supposée universelle ? En réalité, et contrairement à ce qui avait été annoncé par les beaux esprits des aveuglés par les Lumières, le monde dans lequel nous vivons, à l’exception de l’Europe, est selon la formule de Peter Berger « Furieusement religieux ».

Pouvons nous, au nom de nos Lumières occidentales (supposées universelles et en bonne santé) considérer comme néo-fondamentaliste ou mal-éclairée l’opinion de 90 % de la population mondiale ? La raison opérationnelle occidentale qui a permis de maîtriser le monde en l’abstrayant ne sortirait-t-elle pas fortifiée du rapport poétique à la réalité qu’établissent les grandes traditions religieuses ?
Dés lors il ne s’agit plus de choisir entre matérialisme et la spiritualité, mais de décider quel esprit de la Globalisation nous voulons. Babel plate ou Pentecôte des nations ?


Repères :

Vient de paraitre : Jésus, le rabbin qui aimait les femmes, Bourin Editeur, 390 p., 22 euros


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