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« N’oubliez pas les chacals impérialistes américains ! »

vendredi 16 octobre 2009, par Arnaud Vojinovic

Un film a bouleversé le Festival international du film de Pusan, le Cannes asiatique : Un Petit Etang est le récit du massacre de civils par l’armée américaine durant la Guerre de Corée. Une tuerie longtemps passée sous silence et qui viendra surement nourrir l’anti-américanisme larvée des deux Corée.

Alors que le festival international du film de Pusan touche à sa fin. Cannes asiatique, il est une grosse plaque tournante du business cinématographique, la programmation est toujours très attendue. Le cinéma français avait été mis à l’honneur en 2007.

Cette année plusieurs films ont été remarqués dont le très attendu « Good morning President » avec Jang Dong-gun, un portrait sans concession des sphères du pouvoir qui a eu les honneurs, projeté en ouverture du festival.

Parmi une programmation très riche, il y a le film d’un indépendant qui est sorti du lot et qui va surement venir illustrer de façon symbolique les discussions inter-coréennes : « A little Pond / 작은 연못 » (un Petit Etang [1]).

En effet ce film revient sur un événement tragique de la Guerre de Corée. Nous sommes en juillet 1950, le Nord vient de franchir la frontière, c’est la débâcle et la retraite vers Pusan. Des villageois obligés de fuir sans savoir de quoi ils retournent tombent sur une colonne américaine sous les ordres du Général Hobart R. Gay à la tête de la première division de Cavalerie lorsque qu’ils traversent la rivière Nogun-ri. Estimant avoir affaire à des soldats nord-coréens déguisés il ordonna le massacre du groupe de réfugiés femmes et enfants y compris. Au total 400 civils ont été abattus.

Le réalisateur Lee Saang Woo en présente une vision romancée à travers les habitants d’un petit village. Ballotés par la guerre, n’ayant pas de parti pris ils sont obligés de chercher refuge mais ils se confronteront à une réalité qu’ils ne connaissaient pas et finiront par être sacrifiés, simple fait de guerre. Le film a nécessité 7 ans de travail pour sa réalisation. Au delà de la collecte de témoignages que Lee Saang Woo a menée seul pendant quatre ans, il a fallu deux ans de post-production au réalisateur pour le finaliser.

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« N’oubliez pas les chacals impérialistes américains ! »

Officiellement les Etats Unis après enquête ne savent pas trop ce qui s’est passé à Nogun-ri. Mais en 1999 un journaliste d’Associated Press, Charles Hanley, publia une longue enquête sur le massacre en s’appuyant sur le témoignage de 9 GIs. Sujet récompensé l’année suivante par le Pultizer.

Un des documents à charge est une lettre déclassifiée en 1982 de John J. Muccio, ambassadeur américain à l’époque, qui écrivit à l’assistant du Secrétaire d’Etat : « Si des réfugiés se présentent au nord des lignes US, faites des coups de semonce. S’ils persistent à avancer, abattez les ». Selon François Bugnion, directeur du Droit international et de la Coopération au Comité international de la Croix-Rouge, le crime de guerre est avéré.
L’affaire amena Bill Clinton le 11 janvier 2001 a s’exprimé sur le massacre : « Au nom des États-Unis d’Amérique, j’exprime mes profonds regrets pour les civils coréens morts à No Gun Ri en juillet 1950 ».

Le cinéma coréen est souvent le juste reflet de l’évolution des mentalités. Après un Bush va t’en guerre, et deux Corées qui entrevoient la possibilité d’une réunification, ce film apporte aux deux états séparés, un sujet de choix à partager : l’anti-américanisme. Même s’il n’est jamais ouvertement exprimé, c’est un sentiment toujours très vivace en Corée du Sud. Un film ayant pour sujet les exactions américaines, crimes restés impunis, de la Guerre de Corée peut devenir très vite le symbole de la réunification.


Repères :

Le rapport de l’armée amércaine : http://www.army.mil/nogunri/

On estime à une soixantaine les massacres d’envergure de réfugiées coréens commis par les troupes américaines pendant la Guerre de Corée.


[1Le titre du film fait référence à une chanson qui parle de deux poissons qui se combattent dans un petit étang, finissent par mourir et polluent l’étang où plus rien ne pourra y vivre.


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