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Nosferatu, ou de la puissance évocatoire en politique

mardi 11 janvier 2011, par Philippe-Joseph Salazar

Un opéra de Janacek sur un bagne russe et un échange de lettres à propos du mauvais français présidentiel, qu’ont-ils donc en commun ? De parler de la puissance évocatoire du langage politique.

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(Source Klincksieck)

De la maison des morts, l’opéra de Janacek

J’assistai à une représentation du De la maison des morts, chanté en tchèque par un cast suomi, devant un public portugais [1]. Et pourtant, en dépit de ce volapük et de la visualização [2]avec des extraits d’un documentaire russe et une longue séquence du Nosferatu de Murnau, à contre sens du texte de Dostoïevski, en dépit des images fabriquées et à travers les ombres difformes projetées par le brouillage de la mise en scène, la musique, justement platonicienne, fit descendre dans cette caverne une lumière qui illumina le sens de l’opéra, d’une effrayante clarté comme l’est celle des Idées implacables : à savoir, que la liberté des uns fait le malheur des autres et que, donnée ou retirée, elle est un don arbitraire. Face à ce monstrueux assemblage, la musique parvint à évoquer le drame de la liberté et du pouvoir, et de la dignité individuelle prise dans l’étau de ces deux mors : si je te donne à toi la liberté et si je te la prends, à toi, et si je vous laisse vous débrouiller, entre vous pour vous expliquer l’un à l’autre pourquoi toi tu l’as eue, et pas toi, eh bien voyons si vous gardez votre dignité, je parie que non, et que vous reviendrez, l’un ou l’autre, volontairement, me servir – c’est là tout le principe pervers de l’exercice du pouvoir.

Il m’aurait suffit d’accepter pour bel et bon l’incohérent mais puissant montage visuel pour ne plus percevoir ce que l’opéra signifiait : notre emprisonnement dans les montages fallacieux du langage « évocatoire » de la politique, notre sort de bagnards enfermés dans ses trucages – dont l’illustration était, justement, cette mise en scène absurde qui prétendait évoquer le sens « profond » de l’œuvre mieux que la musique, et en donnait un travesti, une évocation fallacieuse.

Je m’explique, à propos de cette mise en scène de Janacek, et pourquoi elle était une évocation fallacieuse. D’une part le cinéma n’existait pas à l’époque de Dostoïevski. Cet anachronisme importe car il est ici question de la « visualisation »des cruautés. Une véritable mise en scène devrait se soucier de représenter le mal tel qu’il était alors représentable pour et par les infortunés du katorga, de nous montrer leurs images, à eux, du Mal ; au lieu de recourir à une fallacieuse évocation à coup de documentaire et de cinéma muet. Ce travesti efface la mémoire visuelle des forçats et, dit simplement, insulte à leur humanité. Remise au bagne, en quelque sorte. Je recommande à la metteure en scène d’aller plutôt lire les Slaves d’Adam Mickiewicz sur les images de terreur aquiline, de frayeur totémique du Tsar, frappant les Sibériens [3], images, elles, contemporaines de Dostoïevski. Là sont les fortes images du Mal, celles des bagnards.

D’autre part, Nosferatu. Il fait irruption dans cette mise en scène avec la séquence de sa destruction, projetée sur un écran. Pourquoi ? Chez Murnau c’est le désir qui détruit Nosferatu lorsqu’il s’attarde à s’abreuver longuement à la belle, et que l’aube le surprend et le calcine. Rien d’équivalent ici. Le commandant du camp reste, et avec lui ses archétypes (le tsar, Staline). En ayant également recours à un documentaire sur un pénitencier moderne, la mise en scène souligne qu’après l’univers de forçats du katorga il n’y eut aucun rayon incinérateur du mal politique en Russie mais une sanguinaire coulée dans l’archipel du goulag. Le vampire est vivant. Alors pourquoi cette scène de Nosferatu ? Pour « évoquer », tout simplement, sans faire réfléchir, ni avoir réfléchi ; comme si des approximations d’images enchaînées ensemble suffisaient à représenter le sens. Et comme le public est gaga devant la chose, faute de savoir comment regarder et détailler un argument, qu’il est pris dans un réseau emmêlé de choses étonnantes et agencées pour noyer son intelligence, son ébahissement certifie que l’évocation est juste.

Il existe un mot pour qualifier ce mode de manipulation éberluante : micmac. Du nom de ces Indiens du Canada, alliés des Français jusqu’après leur défaite, et qui tirent leur anthroponyme du mot désignant, justement, leurs magiciens, les maîtres des incantations – d’où, je suppose, notre expression de « micmac » pour parler de manœuvres compliquées, souvent empaquetées dans des formules faites pour semer la confusion et nous embobeliner, une « rhétorique » aussi difficile à démêler que des tours de magie. On a là le ressort du « pouvoir d’évocation » en politique.

J’en viens à l’échange de lettres entre deux ministres, un couru, M. Loncle, et un courant, M. Chatel – sur le sujet du langage présidentiel, et de son pouvoir d’évocation, bref, de sa mauvaise vie de beau parleur [4].

M. Loncle, député, fait des fautes de pion

D’abord, la question du député : « M. François Loncle indique à M. le ministre de l’éducation nationale que l’actuel Président de la République française semble éprouver maintes difficultés à pratiquer la langue française. Il multiplie les fautes de langage, ignorant trop souvent la grammaire, malmenant le vocabulaire et la syntaxe, omettant les accords. Lorsqu’il s’exprime en public, le Président de la République croit judicieux de maltraiter, volontairement ou involontairement, la langue française et il s’aventure parfois à employer des termes et formulations vulgaires. Afin de remédier sans délai à ces atteintes à la culture de notre pays et à sa réputation dans le monde, il lui demande de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre au Président de la République de s’exprimer au niveau de dignité et de correction qu’exige sa fonction ».

Le député veut montrer qu’il pratique un langage noble et juste, par opposition à celui du président qu’il invective. Il en rajoute donc dans les « entournures » comme dirait, je suppose, sa tête de Turc, et commet faute de style sur faute de grammaire. En voici la liste :

Bref le député pion, comme tous les pions, ne vaut pas mieux que la colle qu’il inflige au cancre. Alors, pourquoi cet enfarinage ? Eh bien, notre député moliéresque veut évoquer la Belle Langue française et, pour ce faire, il fabrique une mise en scène linguistique à coup d’expressions qui font bien, qui en rajoutent, et qui sont fautives car, comme un metteur en scène, il prend ce qui l’arrange et le prend pour la réalité. S’il avait fait confiance à la langue française, à son vocabulaire, à sa grammaire et à son élocution, sans chercher à en faire trop, il aurait alors effectivement, correctement, clairement évoqué cette fameuse langue qui est son totem et son fétiche. Le député ne fait pas confiance aux qualités mêmes qu’il prétend défendre.

M. Chatel, ministre, écrit un micmac irréprochable

La riposte du ministre, hormis « circonvolution » qui a débondé un gave de commentaires (synonyme ou non de « circonlocution » ?) [5], et mis à part un écart de ponctuation dans le style « grande » école de commerce, est composée dans une langue irréprochable, un tantinet châtiée mais what do you expect ? le ministre de l’éducation fait honneur à son nouveau label. Le problème n’est pas là.

La faute que commet le ministre, ou le team de scribes qui a peiné sur un texte de 24 lignes pendant 10 mois, ou 30 mots par mois, est dans une définition stupéfiante de la fonction de parole telle qu’elle est exercée par le président actuel, et expliquée par le proviseur en chef : « Le Président de la République montre de grandes qualités rhétoriques telles que la force expressive, la conviction, l’à-propos, la repartie ou la puissance d’évocation » [6].

Le débat s’est déplacé de la correction grammaticale et du niveau de style (élevé ou vulgaire) à l’efficacité langagière (sa « pragmatique » comme on dit dans la branche).

En une phrase, le ministre et son team à trente mots par mois, un mot par jour, ont par contre résumé ce que les « spécialistes » de communication croient être ce dont ils ignorent tout, la rhétorique. On nous donne les cinq caractéristiques de l’efficacité langagière : la force expressive, la conviction, l’à-propos, la repartie, la puissance d’évocation. Manière élégante de paraphraser ce que tout un chacun pense d’un « beau parleur » : i/Ah, il s’exprime bien ! ii/Il croit à ce qu’il dit et ça se voit ! iii/Ah, il a du nez ! iv/Dis donc, tu as vu comment il l’a mouchée ! v/Quand il parle on voit bien de quoi il s’agit.

Bref, des réflexions de café du commerce, ni bêtes ni méchantes, simplement naïves et à courte vue, sont rhabillées dans la toge de la Rhétorique. Ce tour de passe-passe a un nom : il s’agit d’une falsification, ou d’un travesti. D’un micmac, si vous préférez.

La rhétorique selon les Femmes savantes qui nous gouvernent

De quel travesti ou de quel micmac s’agit-il ? D’un travesti de la rhétorique.

Je soulève chacune des soucoupes du café du commerce que le ministre a empilées sur son bureau alors que, pendant dix mois, son team a souffert à vérifier et vérifier encore un mot par jour, dans la terreur de faire une bévue grammaticale qui donnerait raison, a posteriori, au pompeux député.

Première soucoupe, la force expressive : effectivement, en rhétorique, la force de l’expression compte, on l’appelle même l’énergie oratoire ; et comme « énergie » c’est un terme grec équivalent, par le latin, d’ « évidence », cela revient à dire qu’un orateur doit pouvoir rendre évident ce dont il parle, comme si la chose était là, bien réelle, sous nos yeux, et pas seulement une fiction existant par l’assemblage de mots (« la relance », vous vous en souvenez ?) [7]. Que la chose existe ou non n’est pas un problème éthique ou logique. Ce qui importe est de faire croire qu’ « à l’évidence » c’est bien ainsi. On peut même dire que moins la chose existe plus la force expressive compte car si la chose existait, il suffirait de la désigner et tout le monde saurait bien de quoi il s’agit (le chômeur aurait du travail et le patron de PME serait moins taxé ; bref en relance). Mais quand un orateur manipule une fiction, la force expressive est essentielle pour faire passer ce qui n’existe pas.

En rhétorique, la vraie, l’homme politique doit activer cette énergie de simulation mais pas pour son plaisir : la force expressive doit accompagner un enchaînement raisonné d’arguments, ces arguments doivent être secourus d’éléments factuels incontestables, ces éléments doivent répondre directement, mais réellement, aux sentiments et émotions qui animent, fatalement, un public donné et devant lequel ils sont exprimés. Pourquoi ? Pour que ceux qui sont là, à recevoir la fameuse « force expressive », soient capables de comprendre ce que le politicien en bouche leur propose et capables également de reproduire, d’adapter, de rendre leur cet argumentaire. Faute de quoi la « force expressive » est un show. Qui marche cette fois, ne marchera pas cette autre fois, et qui ne vise pas à une transaction délibérative.

Deuxième soucoupe, la conviction : effectivement, en rhétorique, il est essentiel que l’orateur donne l’impression d’être convaincu de ce qu’il dit. Avant de passer sur le podium on répète un minimum son discours ou on coache un orateur afin qu’il commence par se convaincre lui-même de ce qu’il dit (au cas où…) ou qu’il rode les gestes et les accents de la conviction ; ou, s’il a cette conviction, afin qu’il tempère son énergie car une performance par excès de conviction souvent aboutit au ridicule.

En rhétorique, la vraie, la conviction n’est pas la pétulance du « moi seul je sais » mais un calcul sûr de l’effet éthique que va produire le degré de conviction qu’on est capable de soutenir, et d’argumenter, avec une appréciation juste de l’autorité à parler sur ce sujet, à ce moment, en ce lieu, que ce public peut vous concéder, ou vous dénier. La conviction, la fougue, la pétulance à plein régime n’ont rien à voir avec la rhétorique, et la délibération démocratique. C’est du one man show.

Troisième soucoupe, l’à-propos : effectivement, en rhétorique, c’est l’art de changer immédiatement de tactique et de sortir, au débotté, un argument qui colle à la circonstance nouvelle – à condition que l’effet soit meilleur que de s’en tenir à ce qu’on avait préparé (ce qui est du 50/50), et laisser courir. Exercice périlleux. On aimerait que le ministre donne des exemples publics et « maints », comme dirait M. Loncle, de cet à-propos présidentiel. Le ministre et son team à un mot par jour confondent l’à-propos avec le tac au tac et la réaction épidermique.

En rhétorique le véritable à-propos suppose, souvent, de faire comme si on n’avait pas entendu le propos qui vous pique, et de frapper un coup sûr, en son temps, quand on est certain de l’effet produit. Le véritable à-propos se déploie dans les débats contradictoires à l’anglaise auxquels, que je sache, la parole présidentielle est étrangère. Lady Thatcher avait, elle, de l’à-propos – elle affronta directement les Communes le mardi et le jeudi, onze ans durant.

Quatrième soucoupe, la repartie : effectivement, en rhétorique … mais non, il n’est vraiment plus question de rhétorique, mais juste d’éloquence. La différence ? La rhétorique est une technique, qui s’acquiert comme lire et compter (enfin, qui devrait). Elle donne à un orateur des moyens stables et performants qui, au minimum, l’assurent d’une écoute intéressée par son auditoire, au maximum du pouvoir de convaincre celui-ci. Par contre l’éloquence est une chose instinctive, comme savoir parler aux oiseaux : si elle assure l’homme éloquent de la curiosité et même de l’adulation publique, et si elle est donc extrêmement néfaste dans les régimes d’oppression ou les cultures politiques indigentes, elle fait aussi courir au politicien qui l’a reçue en partage le risque de la désaffection et même du dépit, suivi de la haine. De ce point de vue le président actuel est éloquent.

Mais le problème politique de l’éloquence est qu’étant instinctive, elle ne fonctionne que de manière erratique. Ici, la repartie marche. Là, elle ne marche pas. Bon, pas bon. Impossible de savoir ce qui sortir. Pour deux bonnes reparties qu’on nous cite ad nauseam, combien de gaffes verbales que les conseillers en communication ensablent vite. Comme l’éloquence n’est pas le résultat d’une technique mais de l’instinct et que l’instinct, courant par la voie que les passions intimes lui creusent, donne le pire comme le meilleur, elle n’est pas une « qualité » au sens ministériel. Ou bien elle est, effectivement, une qualité : bonne une fois, mauvaise l’autre [8].

Cinquième soucoupe, la puissance d’évocation : effectivement, en…mais en quoi au juste ? « Puissance d’évocation » ? Si la parole présidentielle actuelle était théocratique, shamanique ou magique, oui, elle aurait, et encore seulement pour les convertis, une « puissance d’évocation ». Elle ferait parler les morts, elle ferait renaître les Grand Ancêtres, elle aurait la charge des augures car, nous dit le ministre et son team à un mot par jour, « il incarne la parole de la Nation ».

Définition extravagante et ridicule, si on est républicain ; et blasphématoire, si on est croyant. Ceux qui incarnent la parole de la Nation ce sont, simplement, vous et moi.

De la maison des 0,07%

Un vrai micmac, n’est-ce pas ?

Mais ce micmac lève le voile sur le piètre trafic de la langue politicienne et révèle deux choses. D’une part les 0,07% qui nous gouvernent considèrent le langage comme un enjeu politique, ce qui est une excellente nouvelle [9]. Mais, d’autre part, les politiciens de profession ne voient en lui qu’un instrument dont l’efficacité existe en dehors de lui-même. Ce qui est une moins bonne nouvelle.

Je m’explique : le député croit au fétiche d’une parole sans rhétorique où le sens des mots s’impose clairement à tous dès qu’on respecte la Grammaire (même si, lui, la malmène). En une sorte d’idéalisme benêt, il croit qu’il suffit de « bien » dire pour parler juste. Mais, comme je me suis amusé à en découdre le fil blanc, , on a pu constater que ce n’est qu’une toile, une mise en scène où notre langue est parée de « maints » et autres « judicieux », placée sur un présentoir comme un produit de luxe, export ready. Le ministre pense au contraire que la langue est un instrument « de proximité », la pliant à ce qu’il croit être la rhétorique, mais qui n’est qu’un attirail aventureux de pistolets à tirer dans les coins. Pour le député il faut que le président retourne à l’école réapprendre « la plume de ma tante est sur la table » ; pour le ministre, un Bic fera l’affaire. Mais le ministre et le député s’accordent sur l’essentiel : que tout dépend de l’usage instrumental qu’on décide de faire de notre langue.

La lettre du député est anodine même si, tenue dans sa logique, elle pourrait provoquer un beau nettoyage des écuries d’Augias du soi-disant service public –étendre la correction à tous ceux qui « représentent » la langue française, à commencer par TV5 Monde, et demander à qui produit l’émission Fenêtres sur le monde de ne pas dire que « la salamandre renaît de ses cendres », même à Shanghai, ou avertir le producteur d’une émission tralala sur les demeures princières qu’une ancienne et très British maharané a vécu son enfance non pas dans « la luxure » mais dans le luxe. Le président est au diapason.

Par contre, la très fausse définition rhétorique de la parole présidentielle que fournissent le ministre et son team à un mot par jour est le camouflage d’une pensée néfaste : d’après eux un personnage doté du pouvoir public magistral, à condition qu’il ait à sa disposition un talent naturel, donc erratique, pour l’expression orale, peut se permettre de réduire une langue aux effets immédiats que l’action requiert – comme le dit le ministre, le président parle « sans calcul », je veux bien le croire et c’est dommage. Car ce que la véritable rhétorique enseigne c’est que la bonne parole publique est précisément un calcul et que ce calcul des termes, des arguments, de l’auditoire, du moment et du lieu n’est pas le reflet d’une passion machiavélienne pour « les micmacs » mais parce que l’art de gouverner s’appelle la prudence. Or les mots produisent des effets, parfois à très long terme. Nos rois, jadis, et dans un contexte d’autocratie où ils pouvaient en apparence tout se permettre, et se permettaient peu, pratiquaient en fait la brevitas : ils parlaient rarement en public car chaque mot tombé de leur bouche était pesé, soupesé, repesé. C’est en cela qu’ils étaient protecteurs de l’Académie française.

Or dans cette république sur son déchoir, qui est une sorte de dogat vénitien finissant où le prince est confirmé par la populace après avoir été choisi entre deux gonfaloniers par les clans de l’oligarchie 0,07%, le premier magistrat parle sans calcul. Il ne comprend pas que les mots doivent être, contrairement à ce que dit son ministre, des calculs, des actes de prudence, des pesées justement rhétoriques où la spontanéité doit céder à la réflexion, afin que l’à-propos ne soit pas un éclat mais fasse un effet et que cet effet soit le fruit d’une intention.

Je ne vois pas de différence entre les forçats de De la maison des morts qui récitent, un à un, leur « histoire » comme on dit désormais et l’état pénitentiaire où les citoyens de cette république se trouvent jetés : tout conspire à nous plomber et à nous rendre incapables de percevoir que cette prétendue « force évocatoire » du président est une mise en scène et un travesti ; qu’en phase avec le narcissisme et le sentimentalisme virulents qui tiennent désormais lieu de culture, les saillies du président donnent la parfaite réplique aux barbarismes des footballeurs, aux décervelages hilares des people et aux slogans des fausses manifestations. Dans la Maison des morts, tous les chaînons se tiennent. Et nous tiennent. Nosferatu est bien vivant.

Je termine sur une note comique, une adaptation des Femmes savantes, II, 6.
Bélise-Loncle
Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel.
Je n’est qu’un singulier, avons est pluriel.
Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?

Martine-Chatel
Qui parle d’offenser grand’mère ni grand-père ?

Philaminte-Nosferatu
Ô Ciel !


[1A la Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne, le 6 janvier 2011, sous la baguette de l’énergique Esa-Pekka Salonen.

[2Terme choisi pour cette mise en scène épurée.

[3Adam Mickiewicz, Les Slaves (Paris, Klincksieck, 2005).

[4La question fut publiée au Journal officiel du 16 février 2010 (page 1577) et le ministre de l’éducation nationale y répondit le 7 décembre (voir l’article de Mathilde Mathieu, du 3 janvier 2011, sur Mediapart, avec la soixantaine de pages de commentaires (au 8 janvier) : http://www.mediapart.fr/journal/france/030111/chatel-defend-le-mauvais-francais-de-sarkozy?destination=node%2F106027).

[5Réponse : oui, dans la langue littéraire. Commentaires sur Mediapart.

[6Admirons « repartie », un piège éventé. Un autre aurait dit « répartie ».

[7De la ministre de l’économie, en juillet 2010.

[8Le ministre confond, sciemment on espère, le sens premier de « qualité » ou « caractéristique, valeur bonne ou mauvaise » d’une personne ou d’une chose, avec un sens secondaire, commercial évidemment, et synonyme d’excellent.

[90,07% (et des poussières) ? Total des députés (577), sénateurs (343), députés européens (72), conseillers régionaux (1 880), généraux (3963) et maires (36 659), rapporté en pourcentage à la population (61,9 millions) en 2008 (chiffres sur le site du ministère de l’intérieur et www.vie-publique.fr). Si on admet les 506 902 conseillers municipaux (sur lesquels les ressortissants de l’Union européenne ont droit au chapitre) dans les rangs de « ceux qui nous gouvernent », on atteint laborieusement le chiffre très démocratique de…0, 8 % (et des scories).


Par Marie-Daniellele 13 janvier 2011 : Nosferatu, ou de la puissance évocatoire en politique

tout à la fois


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le 12 janvier 2011 : Nosferatu, ou de la puissance évocatoire en politique

Bravo ! pauvre victime de Nosferatu . Encore une fois j’ai adoré votre propos ! Vous exsangue ? Jamais , je vous connais , c’est Nosferatu qui doit vous craindre ...Ah ! la douce et violente morsure du vampire ... J’ai bien ri avec ’votre tante’ et la salamandre qui renaît...Ce que vous dénoncez là est tellement permanent que l’on ne veut plus les entendre , alors on se replie , on se casemate, on s’encoquille ,et on s’entoure de livres , le choix est immense et on converse avec les autres : philosophes , écrivains de tous poils et on retrouve le bonheur de réfléchir , de penser , de rire et la sérénité . Je vous embrasse


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    Par Marie-Daniellele 13 janvier 2011 : Nosferatu, ou de la puissance évocatoire en politique

    mon message précédent :pauvre victime de Nosferatu ! me renvoie à la première fois où j’ai vu ce film , j’avais 15 ans et ce personnage a hanté mes nuits de façon très ambigüe , la peur et le désir toute à la fois ... Un Nosferatu pour nous gouverner ?

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