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On est les champions

vendredi 18 juin 2010, par Arnaud Viviant

L’appel du 18 joint est, certes, affaire vieille et entendue, vous l’aurez sans doute noté, mais il n’est évidemment jamais trop tard pour le reformuler, de façon plus ou moins post-moderne.
Or donc.

Plus que jamais, il est urgent de lire ou de relire « De quoi Sarkozy est-il le nom ?  », (Lignes, 2007), quand notre célèbre philosophe « communiste », Alain Badiou, a répondu de façon très clinique à cette question d’apparence lacanienne, en disant : d’une dépression.

Cette dépression collective que Socrate, ou était-ce Platon, a parfaitement décrite à propos de l’élection de Sarkozy, nous venons hier encore de la palper, de la revivre. Nos rues étaient encore en fête toute la journée, sous un ciel il est vrai on ne peut plus morose, avec cette météo détestable que le volcan islandais fait de ses cendres, l’Islande comme par hasard le premier pays du continent à avoir fait faillite, nos cafés cherchaient à attirer du monde pour ce soir, celui du match, ils cherchaient à inventer du collectif autant qu’à faire des affaires, ils cherchaient à sortir de la dépression autant – et j’insiste beaucoup sur ce autant là – qu’à gagner de l’argent. Dans l’après-midi pourtant, aux terrasses, les Français, les pires critiques du monde, et les rois dans l’autocritique, dans l’autofiction, dans « je regarde mon nombril, c’est étonnant, on dirait un troisième œil », parlaient déjà de « miracle », en parlant d’une victoire.
Pourquoi ? comme dirait Ségolène Royal, très vite imitée dans ses innovations sereines, presque extatiques, par tout le petit personnel politique. La classe politique, comme ils s’appellent eux-mêmes, en ricanant ancien marxiste.

Cette équipe que l’on aime pas

Parce que les médias, très courageux sur ce coup-ci, et je veux parler des journalistes sportifs, peu engagés par nature, et je veux parler en particulier ceux du service public et de Canal Plus, ont signalé très en amont que cette équipe de France ne fonctionnait plus collectivement. Que l’utopie « black, blanc, bleur » qui nous avait fait gagner « notre » coupe du monde, et qui avait redressé, oui, redressé, comme disent les Chinois et les banquiers, que cette utopie-là avait disparu.
Yannick Noah avait fait remarquer dans les colonnes du « Parisien » qu’il n’aimait pas cette équipe de France. Pourquoi, comment dirait, mettons, Brice Hortefeux, pourquoi Yannick Noah, bien avant le début de la compétition se permettait-il de dire ça, à la sortie, quand même, de son nouvel album ?…
Parce qu’en gagnant Roland Garros, Yannick Noah a sans doute été, jusqu’à le rester, le premier Noir français, depuis Léopold Sedar Sanghor, au moins, à se sentir plus Français que Noir. C’était d’autant plus difficile pour Noah, beau nom entre parenthèses, qu’il évoluait sur le terrain, qu’il évoluait sur le terrain même de l’aristocratique qu’est le tennis, à la fois physique pour le joueur, et cérébral pour le spectateur qui doit à la fois comprendre les enjeux de la partie, et regarder les cuisses de Venus Williams.

Le spectacle mondial pour les retraites

Bref. Tout ça pour vous dire que nous sommes les champions. Mais alors vraiment les champions du monde.... Si jamais le foot avait été, en quelque esprit, l’opium du peuple, alors autant nous mettre tout de suite au crack... Autant nous remettre, tout de suite, disons-le tout net, à ce crack sociétal qu’est la politique, la vraie. C’est-à-dire au collectif, au vrai, et à défendre, à ne pas encaisser de but, comme une équipe du monde, la seule qui puisse remporter cette Coupe-là, vraiment importante pour le coup, et mondialement pour le coup, celle de la retraite à soixante ans. Le monde entier, alors, nous regardera défiler pendant que les autres courront sur du gazon synthétique. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne supporte pas qu’en Afrique du Sud on joue sur du gazon synthétique…

Bref. C’est nous, en réalité, qui allons faire, dans peu de jours maintenant, le spectacle mondial. C’est nous qui, si tôt libéré du foot, allons enfin jouer collectif en tant que peuple. Libres du premier tour, n ‘ayant pas même passé le contrôle technique à la poursuite effrénée de la compétition, nous sommes devenus en un seul jour, ce pays morose, entêté, obtus, qui refuse de travailler plus pour gagner moins, qui refuse qu’on repousse sa retraite à plus de soixante ans. Avec qui plus est, avec ses footballeurs en arguments-clé.


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