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Ooooooohh oui, Michel Galabru !

mercredi 2 novembre 2011, par Alexandre Mathis

Il aurait tellement voulu jouer Cyrano de Bergerac

Un personnage à lui seul… Tout le monde connaît le visage, la voix, la silhouette, la bonhomie ronchon et tendre de Michel Galabru, qui aura tout tourné, tout osé en plus de 200 films, des nanars à la pelle, « nanars sans nom » il les appelle… ne citant que quelques titres… omettant d’ailleurs au passage (dommage) le brigadier, père de Momo (Jacques Villeret) dans Les Frères Pétard pour en retenir un bon (faux nanar). Si Galabru a accumulé les navets franchouillards, il apporte une légèreté et sa fantaisie aux scènes des films où il apparaît. Ainsi Ces Messieurs de la famille avec Anna Gaël éméchée, qui le chambre dans un commissariat, lui demandant s’il donne du grain aux poulets… Le spectateur prévoit la réaction immédiate de l’acteur œuvrant sur un registre qui lui est connu et reconnaissable… Ooooooohh… mais ça va pas se passer comme ça… La voix y est pour beaucoup. On l’entend tous. On imagine que Raoul André a laissé Galabru jouer la scène à sa façon…

On pourrait citer d’autres films qu’il ne sauve pas du naufrage mais dont émergent des scènes grâce à lui. Personnages farfelus sans réelle consistance, retenant seuls le spectateur de ces films devant l’écran, par sa présence. Nanars à foison années 1970, à y regarder de près, Galabru est loin d’avoir tourné que ça, ou il faut écarter les Balducci, Zidi, tous les Jean Girault… L’acteur a tourné avec beaucoup de cinéastes qui feraient envie à d’autres. De Doniol-Valcroze à Joël Séria, en 50 ans… en passant par Bertrand Blier, Berri, Godard… Ils ont fait appel à lui pour des scènes, qui ne forment pas un ensemble dans un film, ce qui peut être frustrant pour un comédien. Au lieu d’avoir une vision d’ensemble de chaque film, la vision n’en garde qu’une partie. Dans son dernier livre, Michel Galabru ne retient que les films qui ont présenté des incidents de tournage. Marquants, cocasses, moins heureux. L’excellent Chaussette surprise qu’il tourne au lit, alors qu’il jouait tard la veille au théâtre… D’autres scènes de lit impromptues, sans présentations. Films où il peut ne pas avoir croisé d’autres acteurs ou actrices.

Le registre dramatique

Œil vif. Noirceur, et brillance du regard. Tranchant du ton. Pour ce qui est saillant, il faut citer un film oublié, l’inquiétant commissaire de police, ce Monsieur Balboss, beau film de Jean Marbœuf ‒ ils tourneront d’autres films, injustement tombé aux basses-fosses, le premier où Galabru tient la vedette, le film est tourné juste avant celui qui l’immortalisera, Le Juge et l’assassin de Bertrand Tavernier, inspiré par l’éventreur Jacques Vacher, guillotiné en 1898, renommé Joseph Bouvier pour le film. Galabru sera Nestor Burma, le privé de Léo Malet, l’année suivante dans La nuit de Saint-Germain-des-Prés en 1977. Galabru est un grand acteur, reconnu. Il retrouvera Tavernier, à Lyon, en 1980, pour un de ses meilleurs films, Une semaine de vacances.
Le récit de Michel Galabru développe souvent des éléments abordés précédemment.

« Tout est théâtre dans cette vie »

« Tout est politique, qu’ils disent… Non, tout est théâtre. Parce que la politique, c’est du théâtre. Parce que la vie, c’est du théâtre !  » Né en 1922 au Maroc. Scolarité désastreuse, et déjà des penchants à faire rire. Un père ingénieur des ponts et chaussées. Du Maroc à Montpellier en passant par Le Havre… tableaux de pensionnat, par petites touches, plaisanteries de potaches, école buissonnière, rongé par la timidité, et un sentiment de culpabilité toujours présent… restes de l’enfance abordés avec un humour au vitriol, un oncle loufoque et en pénurie de films à voir une tante qui lui fait découvrir Sacha Guitry qui devient l’ami intime, secret… la guerre, le STO, service du travail obligatoire en Autriche, forge en Slovénie, la longue marche pour rejoindre l’Italie. L’arrivée à Paris après avoir laissé sa mère préparer les frites. Démarchages au porte à porte avant d’entrer aux cours de Denis d’Inès, et à la Comédie Française qu’il quittera de lui-même après sept ans (Shakespeare, Courteline, Feydeau, Molière, Montherlant, Beaumarchais, La Fontaine, Pirandello, Musset, Marivaux). Le Bourgeois gentilhomme et Les Fourberies de Scapin seront portés à l’écran, plus tard, par Roger Coggio.

« L’idéal de chacun, c’est d’être autre. »

« Je n’étais pas en conformité avec mon physique. Ce qui fait rêver les gens dans l’amour, au cinéma, c’est la beauté.  » Beaucoup de théâtre. Le théâtre sera toujours là. Le théâtre, avec le trac, les trous de mémoire, le souffleur dans son trou devant la scène, des passages irrésistibles… et bien sûr l’imprévu… La voisine du dessous recroisée dans l’escalier qui en a marre d’entendre l’acteur apprenant son texte à voix haute. « Les Galabru sont des sonores », disait-on chez nous. Sur scène, c’était un atout, cette voix, elle pourrait bien servir…  ». S’il a joué dans Cyrano de Bergerac, Galabru regrette de n’avoir jamais joué Cyrano. « J’aurais voulu jouer Cyrano de Bergerac parce que je me sentais proche de lui : je souffrais du même handicap. Mon physique qui me complexait m’interdisait toute possibilité d’aller manifester mes sentiments. (…) Je n’ai jamais compris pourquoi ce rôle revenait systématiquement aux jeunes premiers. (…) Comme Cyrano, j’ai souvent été amoureux en silence, moi !  »

Rencontre difficile avec le cinéma

Premiers contacts décourageants. Michel Galabru est remercié par Henri Verneuil, lors d’une entrevue plus courte que le temps passé à l’attendre. Frimes improbables, un pompier dans Du rififi chez les femmes, rencontre avec Alex Joffé, esquissée, précédée de l’apparition speedée de Robert Hossein. Rapports tendus avec Jean Vilar. Traversée de la moitié de la France dans un taxi semblant sortir d’Un soir un train le roman inquiétant de Johan Daisne, après avoir tourné trois raccords pour La Salamandre d’or, avec la tension de ne pas arriver à bon port, à temps… On croise les ombres de Suzanne Flon, Micheline Dax, Hubert Deschamps, Michèle Arnaud avec Les Raisins verts à la télé… Portraits de Jean-Pierre Marielle (« Prenez-nous pour les Pieds Nickelés »), Michel Serrault, de Funès (plus timide encore que notre narrateur !), Pierre William Glenn, Luigi Comencini, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman, Philippe Noiret, Marcel Pagnol, Jules Romains, Luc Besson, Fernandel, Jean-Pierre Mocky (L’Ibis rouge) et Michel Simon (qui s’en foutait), Francis Blanche (Tartarin de Tarascon), Alice Sapritch et son fume-cigarette planté entre les lèvres qui veut tourner une caleçonnade avec Michel, Jamel Debbouze, Daniel Auteuil… et tableau de Saint-Trop (hilarant)… où ne figure qu’une partie de la population… « Le soir, à la première fraîcheur, les types se jettent un petit chandail sur les épaules, avec les manches qui rebondissent sur le pectoral », le producteur du Gendarme… à venir pris sur le fait de ne vouloir que « des ringards » autour de Louis de Funès, les démêlés avec les vrais gendarmes, les quiproquos… plus tard de la célébrité.

Et puis aussi le quotidien de Galabru. Poils de chats qui s’incrustent partout dans les armoires fermées à double tour, compagnon canin retrouvant seul son chemin, celui de la scène où le maître joue en entendant le son de sa voix, regard rosse au passage sur les actrices actuelles, éternelles adolescentes, ce qui est vrai, le sexe, la publicité, « les culottes des femmes ne sont pas des sous-vêtements mais de véritables appels au sexe !  », stars de la presse people qui ne sont plus des « artistes »… autre vérité qu’il fallait balancer… Michel Galabru a aujourd’hui son théâtre. Il donne des cours.
Je ne sais pas dire non ! est un régal à l’image de l’acteur. Il faut l’aimer.


Repères :

Je ne sais pas dire non ! de Michel Galabru, avec la collaboration de Sophie Galabru, Michel Lafon éd., Paris, 320 pages, 18,95 euros. Parution 20 octobre 2011.

Une théâtrographie et une filmographie à la fin de l’ouvrage avec une liste des téléfilms et émissions de télévision.


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