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Paulus Hochgatterer dans les ténèbres de l’Autriche

jeudi 19 avril 2012, par Vanessa Postec

Le romancier signe un récit hypnotique, récompensé par le Prix du meilleur roman noir de langue allemande et par le Prix européen de littérature

Douze ans de cours d’allemand gracieusement dispensés par l’Education Nationale, ça laisse des traces. Et un vif sentiment de rejet pour, en vrac, une langue et une culture. Coup de pot, il existe parfois de ces rencontres inattendues qui, parce que vous n’êtes pas un imbécile (n’est-ce pas ?), vous font changer d’avis. Oh certes, pas complètement, mais assez tout de même pour se dire que, puisqu’il existe des livres comme La Douceur de la vie, ceux qui écrivent en mettant systématiquement le verbe à la toute fin de la phrase, ne sont pas forcément mauvais.
Mais pas non plus angéliques au point d’en être bêtement optimistes à propos de la nature humaine, car La Douceur de la vie, comme son titre ne l’indique pas, est un roman noir, très noir, assez sombre, en fait, pour faire passer la Schwarzwald pour une jolie petite clairière ensoleillée. Reprenons. La Douceur de la vie, de l’écrivain et psychologue viennois Paulus Hochgatterer, est un roman policier si -et seulement si- l’on considère que la présence d’un flic et d’un cadavre suffit à déterminer le genre d’un livre. Car c’est un peu plus que cela : c’est un concentré de folie, de douleurs et de cruauté, un livre d’histoires singulières où l’Histoire n’en finit plus de résonner.

Tout commence (et tout finit) dans une petite ville d’Autriche, peu de temps après Noël, lorsque Sebastian Wilfert, un vieux monsieur, est retrouvé mort. Assassiné, cela va sans dire. Avec le visage si bien écrabouillé que d’aucuns pensent à l’atterrissage sans douceur d’une météorite. C’est sa petite-fille, Katharina, qui a découvert le corps -et sans doute un peu plus- et qui désormais se mure dans le silence. Entrent alors en scène Ludwig Kovacs et Raffael Horn, respectivement pour traquer le meurtrier, et rendre la parole à la petite fille.

« Les choses n’ont aucun rapport. C’est le hasard qui crée un sens. »

Le premier est un commissaire à la nonchalance misanthrope, ce qui n’exclut pas une certaine forme de lucidité : «  Il pensa que ce mélange spécifique de bêtise et de pusillanimité était caractéristique de ce pays, et que c’était un mélange qui caractérisait particulièrement certains groupes de la population, par exemple les enseignants, les chefs de la police ou les politiciens de premier plan.  » Le second, un pédopsychiatre gentiment cynique persuadé que tout finit mal, toujours. Et qui est assez bien placé pour le savoir. Parce que la vie est une vaste plaisanterie de mauvais goût. Et parce que «  les choses n’ont aucun rapport. C’est le hasard qui crée un sens.  »

Pile de l’autre côté des barreaux, au rayon des frappés, il y a le choix, dans la petite ville autrichienne. Le père bénédictin qui sans son Ipod entend des voix qui ne sont pas toujours celles du Seigneur. « Il y a peu de choses que je sache avec certitude, pense-t-il : je m’appelle Josef Bauer. Je vis dans un monde inextricable. J’ai prononcé des vœux. Je récite des phrases par cœur. Je cours. » Le gamin sociopathe qui vient de sortir de taule. Le parfait salaud qui, sous couvert de pathologie psychiatrique, se croit autorisé à frapper sa femme et à briser les jambes de sa fille. L’inconnu qui égorge les chats. Du titre comme de la résolution de l’intrigue, on ne dira rien, le lecteur comprendra à la toute fin du livre, à moins que ledit lecteur, plus finaud, ne saisisse avant l’auteur de ces lignes. Mais peut-être que le lecteur, lui, n’a pas fait douze ans d’allemand. Et qu’il n’a pas perdu un temps fou à se débarrasser de ses préjugés.


Repères :

La Douceur de la vie de Paulus Hochgatterer, Traduit de l’allemand (Autriche) par Françoise Kenk, Quidam Editeur, 292 p., 22 €. Parution : avril 2012.
www.quidamediteur.com


Par chamane51le 22 avril 2012 : Paulus Hochgatterer dans les ténèbres de l’Autriche

J’ai déjà bien aimé Une brève histoire de pêche à la mouche. Le livre nous plonge dans un temps distendu, ouvert comme une brèche par le coup du soir. La pêche de la truite serait alors peut-être une sorte de psychodrame à situer entre Eros et Thanatos, entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, entre le corps présent dans les eaux vives et l’incorporéité, entre rationalité et fiction, entre analyse psychologique et conscience altérée ?

- Brève histoire de pêche à la mouche

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