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Ai Weiwei durement taxé pour sa liberté d’expression

samedi 16 avril 2011

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(Source : Cain and Todd Benson’s Art)

Derniers propos publics de l’artiste Ai Weiwei au sujet des autorités chinoises : "Les puissants veulent éviter que l’on entende les voix critiques. Ils veulent les détruire. Ils ne veulent s’engager dans aucune discussion ouverte." C’était juste avant le 3 avril, dans un entretien accordé au quotidien suisse Tages-Anzeiger, mais publié deux jours après son arrestation. Aussitôt mise en ligne par l’agence chinoise Xinhua News Agency, cette phrase " Ai Weiwei Under Investigation for Economic Crimes” a été promptement effacée, juste le temps pour les observateurs étrangers de capter l’information. Interpellé à l’aéroport international de Pékin, au moment où il s’apprêtait à prendre un avion pour Hong Kong, l’artiste Ai Weiwei (1958) est officiellement accusé depuis le 7 avril de "crimes économiques".

La police qui dispose de trente jours pour inculper Ai Weiwei a perquisitionné son atelier, situé au nord-est de Pékin. Dix jours après son incarcération, on en sait un peu plus sur ce que lui reprochent les enquêteurs.
Selon l’édition du 14 avril du Wen Wei Po, un quotidien hongkongais, et souvent courroie de transmission des positions officielles de Pékin, Ai Weiwei s’est rendu coupable d’évasion fiscale. Pour sa famille comme ses soutiens, cette accusation en cache une autre, celle d’une liberté d’expression un peu trop singulière, alors que le printemps donne des démangeaisons démocratiques dans des régions jusqu’alors muselées.

"Contre les constructions de tofou"

En Europe et aux Etats-Unis, les installations monumentales de cet ours à la langue agile et dérangeante suscitent un grand intérêt. Ainsi la Tate Modern gallery, à Londres, lui consacre une impressionnante exposition depuis octobre 2010. Son parterre de cent millions de graines de tournesol en porcelaine et répandus sur les mille mètres carrés du hall de l’institution a fait couler beaucoup d’encre. Destinée à être arpentée par les nombreux visiteurs, à en faire délicieusement crisser les graines , l’installation est devenue un espace spéculatif depuis que l’on s’est aperçu que les pas de la foule faisaient interagir des poussières nocives dans l’assemblage. Quant on sait que la graine de tournesol symbolise le maoïsme triomphant, cet effet toxique (non prévu) met plus de saveur encore à l’ironie de cette installation mégalomane.

En Chine, Ai Weiwei est connu pour sa participation à la conception du Nid d’oiseau, le fameux stade olympique des J.O de 2008, mais également pour l’ironie acide de son blog et ses prises de position contre les "constructions de tofou". En décembre 2008, suite au terrible séisme qui avait frappé le Sichuan, cet artiste chinois n’avait pas hésité à lancer et financer une enquête collective pour établir la liste des écoliers victimes. Ai Waiwai, recueillant ainsi plus de 5 000 noms d’enfants sur son blog (censuré en 2009), avait révélé le laxisme des autorités locales et la voracité corruptrice des constructeurs n’hésitant pas à édifier des bâtiments scolaires médiocres, dans lesquels périrent de nombreux écoliers durant le tremblement de terre. Quant à Ai Weiwei, il aura été sujet de nombreuses interpellations, tracas et même un sérieux tabassage policier.
A partir du 2 mai prochain, est prévue une nouvelle exposition de Ai Weiwei, à New York cette fois. Thème : les animaux du zodiaque chinois. Sur le site du Pulitzer Foutain, on voit l’artiste poser auprès d’une grande tête de chien, un signe animal très sensible à l’injustice.


Repères :

A lire également :
Portrait-entretien de Ai Weiwei en 2009 :
www.courrierinternational.com/article/2009/06/25/ai-weiwei-artiste-citoyen-et-engage

L’exposition de Ai Weiwei à la Tate gallery jusqu’au 2 mai 2011 :
www.tate.org.uk/modern/exhibitions/unileverseries2010/default.shtm

L’exposition de Ai Weiwei prévu à partir du 2 mai 2011 au Pulitzer Foutain :
www.circleofanimals.com/?page_id=17


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