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Penser comme une télé

vendredi 18 juin 2010, par Emmanuel Lemieux

On ne pense plus à la télévision. Démonstration par le vide, dans une étude de la sociologue Camille Brachet.

Faire co-exister, sur le même plateau de télévision, des bimbos avec des maitres penseurs reste la recette préférée de Thierry Ardisson. Que peut véhiculer la télévision comme type de culture ? Et d’abord, peut-on penser à la télévision ? Avec des limites. Dans l’aquarium, les poissons doivent forcer l’allure. L’animateur Guillaume Durand qui préface "Peut-on penser à la télévision ?" (Bord de l’eau éditions/Ina éditions), une étude de Camille Brachet, chercheuse des transformations médiatiques, acte cet aveu d’impuissance.

"La conversion profonde à la culture est une aventure tout à fait personnelle. La télévision peut parfois se trouver sur le chemin. Ni plus ni moins" estime t-il.

Le présenteur qui est l’un des meilleurs spécialistes de l’autozapping à mort dans ses propres émissions, en ne laissant surtout pas la réflexion s’installer dans le fauteuil de l’invité, l’avoue entre les lignes. Avec une pointe d’agacement : "Il y a un domaine où la pensée française se fourvoie : c’est en accordant à la littérature la primauté sur toute autre forme d’expression culturelle. Les programmes d’aujourd’hui devraient intégrer Jean Nouvel, Sophie Calle, Daniel Buren, Olivier Dahan, et tant d’autres, qui méritent largement autant que les écrivains qu’on s’intéresse à leur destin et à leur oeuvre."

Amplifiant ce qui marche, arbitrant ce qui a déjà été consacré, le traitement de la vie intellectuelle à la télévision relève du produit culturel répondant quant à leur mise en lumière à des logiques industrielles, médiatiques et promotionnelles. On regrettera dans cette analyse de Camille Brachet, l’absence des décideurs de la télécratie, les responsables des programmes qui se comptent sur le doigt d’une main mais donnent leurs feuilles de route d’audience et leurs exigences aux animateurs du supermarché audiovisuel.

Plus intéressante est l’idée de la forme fragmentée qui s’est imposée peu à peu à ces émissions et qui correspond à une mise en vitrine de "produits culturels du haut et du bas" qui se chassent les uns les autres. En jouant sur ces dissonnances culturelles, la télévision a le pouvoir de toucher des personnes différentes et les goûts différents de chaque individu. Si on ne pense pas vraiment à la télévision, la fragmentation est désormais le mode de penser de la télévision et du téléspectateur.


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