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Perdre (en politique)

dimanche 22 juin 2014, par Emmanuel Lemieux

Un an après la disparition du journaliste politiste Michel-Antoine Burnier, sa théorie du "Que le meilleur perde" reste plus pertinente que jamais

Un an après sa disparition, son acidité et ses analyses ironiques nous manquent mais la théorie du journaliste politiste Michel-Antoine Burnier (photo Olivier Roller) tient toujours la route : "Que le meilleur perde" avait-il édicté avec son cousin, le politologue Frédéric Bon. On peut même dire qu’elle marche à plein depuis les municipales et les européennes !
« L’objectif profond des hommes politiques, ce n’est pas la victoire, mais la défaite » martelait depuis des années l’essayiste et cofondateur du magazine Actuel. Il en avait conçu une thèse élégante et drolatique avec son cousin Frédéric Bon, intitulé justement Que le meilleur perde (1ère édition Balland, 1986). Principe de Bon-Burnier : le pouvoir constitue un énorme fardeau, et tout responsable politique un tant soi peu responsable n’aspire qu’à le perdre.

" L’objectif profond des hommes politiques, ce n’est pas la victoire, mais la défaite"

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Pour vérification sur travaux pratiques, les exemples s’accumulent cette année.
Avec DSK, candidat présupposé à la présidentielle 2012, on aurait pu estimer irrattrapable un aussi meilleur perdant. Il y eût l’affaire Cahuzac. Mais le « Hollande Bashing » et la descente aux Enfers sondagiers (81% de mécontents selon le baromètre IFOP, une stabilité depuis trois mois) n’ont pas épuisé leurs vices, laissant désormais à penser que se réalisera là une très belle figure politique du désastre. De même, les écolos, porteurs de thèmes extraordinairement fédérateurs, ont démontré une formidable capacité collective à se défolier à l’épreuve du pouvoir, des rapports de force et des petits calculs boutiquiers, tout comme Jean-Luc Mélenchon et ladite ultra-gauche ont vérifié leur formidable inventivité à transformer l’or du verbe politique en plomb électoral. Côté droite, Jean-François Copé aura été le meilleur perdant de l’année. Mais il n’est pas dit que la petite entreprise familiale des Le Pen ne parvienne pas à la ruine, après les élections zénithales des européennes.

Un peu de patience. D’autres candidats ou figures de pouvoir (on attend Manuel Valls) préfèrent mettre les formes, adopter un style plus ampoulé, ainsi que des stratégies sinueuses. Ainsi Le Journal du Dimanche du 22 juin annonce "son plan pour revenir" mais la visée reste la même : perdre résolument, et même pour Nicolas Sarkozy, reperdre en beauté.


Repères :

Sur le site Les Influences, lire aussi la saga Actuel :

http://www.lesinfluences.fr/Se-rebrancher-sur-les-annees-80.html


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