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à Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l’histoire

Peut on encore débattre des sujets qui fâchent sur France-Culture ?

lundi 8 juin 2009

Son émission « La Fabrique de l’histoire » sur France-Culture consacrée à la Shoah par balles et aux études menées par le père Desbois a été sérieusement remise en cause par l’historien Edouard Husson. Accusé de partialité dans la polémique qui oppose le père Desbois à un front d’historiens contestant sa méthodologie, Emmanuel Laurentin, producteur et animateur de l’émission, prix Philippe Caloni 2008, répond, et s’interroge sur ce durcissement des débats intellectuels qu’il observe dans son métier.

Nous avons noté que, comme d’autres sciences humaines, l’histoire subit depuis quelques années les conséquences d’une médiatisation ambigüe : moins le travail des chercheurs et des universitaires trouve d’écho dans la presse, plus on parle d’histoire sous forme d’affaire ou de scandale. Nous voulions justement faire une série sur les débats de l’année en histoire, comme l’affaire Gouguenheim, ou le scandale lié à l’exposition Pierre Zucca,. Nous avons donc retenu la discussion naissante chez les historiens autour des recherches impressionnantes du père Desbois sur la Shoah par balles, ces massacres de juifs perpétrés dès 1941 par les nazis et leurs alliés en Ukraine et en Roumanie, avec la complicité de populations locales.

L’origine même de cette émission est un article de la revue XXe siècle, co-signé par Christian Ingrao (Institut de l’Histoire du Temps présent) et Jean Solchany (maître de conférences à l’IEP Lyon). Thèse de leur texte : la médiatisation des travaux du Père Desbois empêche de voir que d’autres historiens avant lui ont abordé ce sujet. L’éclairage nous a paru justifier un débat.

Techniquement, dans la préparation de cette émission, nous avons tout d’abord contacté le père Patrick Desbois, qui nous avait immédiatement donné son accord pour y participer. Et puis l’avant-veille de l’émission, il nous fait savoir qu’il doit absolument partir en Russie. Nous invitons donc des chercheurs qui travaillent avec lui, et en premier lieu, Edouard Husson, le directeur du séminaire du Père Desbois à la Sorbonne, qui décline l’invitation au prétexte qu’elle est trop tardive. Les collaborateurs du Père Desbois contactés ensuite ont tous refusé de venir, et certains ont même insisté la veille de l’émission pour que nous annulions ce débat. Il n’en était pas question.

« Ces débats que l’on n’assume pas »

Nous avons pu réunir Michaël Prazan, documentariste et écrivain, Alexandra Laignel-Lavastine, spécialiste de l’histoire contemporaine des pays de l’Est et par ailleurs co-animatrice du séminaire de la Sorbonne, Mark Edwards, producteur à l’USC Shoah Foundation Institute, et l’un de ceux par qui la discussion a été déclenchée publiquement, Jean Solchany.

Cette discussion est audible par tous sur le site de France-Culture. Elle me paraît sévère mais étayée et correspondant à son objectif, l’examen d’une méthode. Nous avons la particularité de faire des débats historiographiques et ce n’est pas le genre de La Fabrique de l’histoire de se livrer à des hallalis. Nous avons comme beaucoup d’autres suivi le travail précurseur du père Desbois, et je préciserais même avec une certaine admiration. Mais ses travaux peuvent être discutés par ses pairs, ou par les médias.
C’est pourquoi j’ai été surpris des réactions qui ont suivi cette émission.

D’une manière générale, je suis dépité et plutôt malheureux de cette évolution générale du milieu intellectuel. Ce qui arrive avec cette polémique, m’apparaît comme un symptôme des débats tels qu’ils se déroulent actuellement en France. Nous avons de plus en plus de mal à organiser des discussions franches. Combien de débats en histoire tombent à l’eau, parce que finalement les acteurs d’une polémique ou d’un échange un peu vif ne veulent plus assumer leurs positions ni se retrouver face à face. C’est ce qui est arrivé dans les polémiques autour de la Première guerre mondiale ou dans les affaires Pétré-Grenouilleau ou Gouguenheim.

Un autre axe de réflexion me semble intéressant à creuser collectivement. Un média chaud comme la radio n’est pas exactement une revue. Or, un historien, comme tout chercheur, se trouve doté de deux statuts de la parole : l’une faisant partie du cénacle, l’autre connaissant une médiatisation plus large. Sur ce sujet, l’essai d’Olivier Dumoulin sur « Le Rôle social de l’historien » (Albin Michel, 2003) me sert de boussole : Notre travail de producteur d’une émission quotidienne d’histoire à Culture, comme ailleurs, est de raccourcir le cycle des informations, de mettre à disposition d’un large public les découvertes récentes de laboratoire. Comment ne pas dénaturer les travaux historiques ? Quel nouveau sens prennent-ils quand on les médiatise et que nous amplifions leur écho ? Nous sommes prêts à réfléchir et débattre avec les historiens sur ce sujet d’autant plus important que beaucoup d’entre eux regrettent un « âge d’or » de leur discipline qu’ils situent autour des années 70, quand les débats d’histoire devenaient des débats de société.

Quoiqu’il en soit, pour répondre complètement à votre question : il est hors de question que je fasse l’impasse sur des débats d’historiens qui concernent également le public et la mémoire collective et éclairent notre difficile rapport au passé.


Repères :

Par MLle 30 avril 2010 : Cagnard ou pinard ?

Suite de l’échange :

Extrait d’un débat sur votre émission :

"Mais il faut se rendre à l’évidence : il est assez seul aujourd’hui à défendre ses thèses." (M. Laurentin)

"la pensée dominante professe le genre d’idées de Gouguenheim" (M. Lejbowicz)

Conclusion : Sylvain Gouguenheim est “assez seul” à défendre “la pensée dominante”. Démonstration limpide dont la seule inconnue réside dans la source qui l’a pondue. Est-ce le cagnard ou est-ce le pinard ? Voire les deux ?
ML

Cher auditeur, Je ne sais pourquoi je m’échine à essayer de vous convaincre de notre bonne foi : la seule chose que je peux vous répéter c’est que Mr Brague a été invité ainsi que S. Gouguenheim... A votre santé, Emmanuel Laurentin


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Par MLle 30 avril 2010 : Dialogue avec Emmanuel Laurentin

J’ai eu la même réaction, sur l’émission en question, voilà mon échange avec Emmanuel Laurentin, datant de mai 2009 :

Minable, que des invités à charge contre le livre de Gouguenheim, pas un seul pour le défendre. Vous avez une idée de ce que c’est que la démocratie, qu’un débat contradictoire ? Vous êtes le petit larbin de la pensée unique de gauche. Et en plus c’est la deuxième émission du même type, avec aucun rôle pour la défense. Rémi Brague par exemple a fait un long article dans Le Débat pour défendre Aristote au Mt St Michel, pourquoi ne pas l’inviter ?
Vous êtes lamentable, on dirait la Pravda. Et entendre Lejbowicz, qui d’ailleurs a été critiqué par Brague pour son compte rendu du livre, dire que la pensée dominante professe le genre d’idées de Gouguenheim, est aberrant, alors que c’est exactement le contraire, et que ses thèses vont à l’encontre de la pensée dominante, la preuve, le pavé dans la mare que le bouquin a provoqué. Si ça avait été la pensée dominante - comme le dit Lejbowicz - il n’aurait pas fait de vagues, voyons. On est dans la novlangue, le mensonge, la négation de la réalité. Ecoeuré, votre émission est puante de langue de bois. ML

Sa réponse :
Cher auditeur, Outre S. Gouguenheim, nous avons pris la peine de joindre Rémi Brague, qui a décliné notre invitation. Il reste difficile de se voir accuser de partialité quand les principaux intéressés refusent de parler. En outre, André Vauchez ne peut être accusé de partialité. Il a joué un rôle apaisant dans l’hallali du printemps dernier. Nous avions d’ailleurs pris la défense de Sylvain Gouguenheim quand certains avaient demandé de le démettre de ses fonctions à l’ENS. Mais il faut se rendre à l’évidence : il est assez seul aujourd’hui à défendre ses thèses.
Libre à vous donc de voir en nous des staliniens... Cordialement, Emmanuel Laurentin


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Par MLle 30 avril 2010 : Orthographe

> Quoiqu’il en soit, pour répondre complètement à votre question : il est hors de question que etc.

Commencez par écrire le français correctement, ce sera pas mal :

quoi qu’il en soit.


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Par Arnaudle 3 juillet 2009 : Peut on encore débattre des sujets qui fâchent sur France-Culture ?

Le premier commentaire de François Delpla
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Par Antoinele 10 juin 2009 : Sylvain Gouguenheim a-t-il refusé d’affronter ses contradicteurs à la Sorbonne et à la NFA ?

En novembre dernier, La Nouvelle Fabrique de l’Histoire a consacré une émission à « l’affaire Gouguenheim ». Comme lors de l’étrange colloque de la Sorbonne, seuls les adversaires de la thèse de Sylvain Gouguenheim ont eu droit à la parole. J’ai adressé à Emmanuel Laurentin le courriel suivant :
« Quel étrange "débat" où non seulement les deux invités attaquaient sans nuance Sylvain Gouguenheim mais votre collaboratrice en rajoutait une couche.
Et sans un mot pour justifier l’absence d’opinion différente ?
(...) »
Je n’ai eu aucune réponse.
Comment comprendre la déclaration d’Emmanuel Laurentin : Combien de débats en histoire tombent à l’eau, parce que finalement les acteurs d’une polémique ou d’un échange un peu vif ne veulent plus assumer leurs positions ni se retrouver face à face. C’est ce qui est arrivé dans les polémiques autour de la Première guerre mondiale ou dans les affaires Pétré-Grenouilleau ou Gouguenheim.
Sylvian Gouguenheim a-t-il refusé d’affronter des contradicteurs à son émission ? Et aussi à la Sorbonne ?

- Gouguenheim a-t-il refusé d’affronter ses contradicteurs ?

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