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Pierre Lafont et Guillaume Duval alertent sur l’explosion des inégalités françaises

jeudi 15 juin 2017, par Ziad Gebran

Ils ont rédigé le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental. Réconcilier la France en réduisant les inégalités de toutes sortes leur semble un impératif. Malheureusement les propositions sont à la peine.

Société. «  Ouf ça y est... Le rapport "Réconcilier la France" sur l’état du pays que j’ai préparé avec mon collègue du Conseil économique, social et environnemental (CESE) Pierre Lafont a été adopté à l’unanimité par cette auguste assemblée hier », commentait sur sa page FaceBook, Guillaume Duval, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques et co-rédacteur d’un rapport sur l’état social du pays et qui insiste « en particulier sur la question des inégalités ».
Alors qu’Emmanuel Macron avait envisagé durant la campagne, son remaniement en « Chambre du futur » brassant des compétences et des ambitions plus larges, le CESE vient de publier son opportun best-seller de tous les rapports du palais d’Iéna, un document utile pour faire le point de la situation.

Le rapport veut marquer d’entrée le caractère d’urgence, sous les auspices du Jean Jaurès de 1914 : «  Il y a dans notre France, sur les problèmes vitaux, une inertie de la pensée, une somnolence de l’esprit qui nous exposent à toutes les surprises jusqu’au jour où se produisent ces lumineux réveils qui viennent heureusement, quoiqu’à de trop longs intervalles, sauver notre pays. »

Pierre Lafont et Guillaume Duval : Toute une agrégation d’inégalités sont ressenties par les citoyens d’autant plus fortement qu’elles génèrent des sentiments de déclassement.

Si la France semble retrouver un semblant d’optimisme, cet exercice pointe pourtant « une société qui peine à se tourner vers l’avenir ». Comme une douche d’eau glacée pour nous ramener à la raison. Aussi bien sur le plan de l’emploi que des finances publiques, en passant par l’environnement, le rapport dresse le bilan en demi-teinte de la situation du pays, et des réformes menées ces dernières années. Avec, aux côtés de ces domaines classiques d’évaluation, un focus qui peut étonner sur… l’artificialisation des sols, dont le ralentissement est à amplifier. Mais, surtout, ce sont les inégalités que Guillaume Duval et Pierre Lafont placent au cœur des difficultés du pays, « des grandes inégalités qui sont devenues plutôt l’agrégation d’inégalités diverses ressenties d’autant plus fortement qu’elles génèrent des sentiments de déclassement » écrivent-il. Tout est passé au crible : les niveaux de revenus, l’école, la santé, les territoires, mais aussi le genre et les discriminations. Bref, pas encore la France positive qui se redresse et s’est mise en marche.

La partie « propositions » sonne malheureusement creux, et se limite à des belles déclarations d’intention.

Si le diagnostic décrit dans ce rapport permet d’avoir une vision lucide et détaillée de la situation de notre pays, la partie « propositions » sonne malheureusement creux, et se limite à des belles déclarations d’intention, entre « refonder la cohésion sociale » ou tourner la France vers l’avenir, à travers la recherche, l’innovation et l’écologie. Mais, des indications sur des pistes à suivre pour améliorer l’état de la France se glissent entre les lignes, comme ce rappel que « les Français.e.s sont déçu.e.s des promesses non tenues de nombre de leurs institutions  » - comme un rappel aux nouveaux élus, à la tête de l’État et bientôt à l’Assemblée nationale. Ou encore, ce chiffre étonnant de 61 % des Français qui estiment que le communautarisme pourrait correspondre un besoin de créer des solidarités, même si 77 % d’entre eux considèrent que cela peut être un danger pour la société (sondage Opinion Way pour la Licra, 2014).

Ce paradoxe illustre bien l’urgence de l’injonction portée par ce rapport « Réconcilier la France » ! C’est le principal défi, alors que les inégalités viennent ébranler notre modèle social. Mais, ce paradoxe n’est pas le seul. Les Français se distinguent par ailleurs, par « une discordance entre leur situation individuelle, telle que la juge en moyenne les Français.e.s, et leur appréciation souvent très négative de notre avenir collectif  ». En effet, l’indice qui synthétise les nouveaux indicateurs de richesse, définis par la loi Sas du 13 avril 2015 à l’origine notamment de ce rapport, montre que nos concitoyens restent globalement satisfaits de la vie qu’ils mènent à titre individuel avec un indice de 7,2 points sur 10, stable malgré la crise. Pourtant, l’automne 2016, 88 % des Français considéraient que leur pays allait dans une mauvaise direction selon les résultats de l’étude Global Advisor d’Ipsos.

La conclusion du travail de Guillaume Duval et de Pierre Lafont vient rappeler que la France, malgré une longue histoire encombrante, est loin d’être devenue impuissante, au contraire. On y retrouve même le cocktail de confiance secoué en son temps par un certain François Hollande : la jeunesse, le rêve français et la réconciliation étaient des thèmes 2012 de campagne du précédent président. Mais ça c’était dans le monde de la France d’avant.


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