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Un blog de Sylvie Taussig. Chercheuse au CNRS et romancière.

En immersion à Pisac, capitale du tourisme spirituel

mercredi 20 septembre 2017, par Sylvie Taussig

Comment une petite ville péruvienne s’est vu transformer en dix ans par le business mondialisé du chamanisme.

Depuis une dizaine d’années, la localité péruvienne de Pisac (et les villages alentour, Taray, Lamay, Calca) est devenue une capitale mondiale du « tourisme spirituel » et de toutes les formes de médecine holistique (ce que l’on peut qualifier de New Age), allant de la consommation d’ayahuasca ou de san pedro à différentes sortes de yoga, de reiki, de nettoyage de chakras, de lecture du Tarot, de cérémonies de chocolat et de cérémonies de la lune pleine ou noire, ayurveda, kambo et massages de toutes natures en vue d’une « sanacion sagrada ». On y observe une prolifération de chamans soit installés sur place soit itinérants parcourant le monde pour réaliser des cérémonies qui administrent les médecines héritées de leur culture ou donnent des médecines holistiques. Cette population reterritorialisée modifie sensiblement la forme du village – qui se développe depuis en une ou deux « annexes » ad hoc, dont l’une est surnommée « Gringoville ».

Le tourisme spirituel mondialisé fait prospérer le business, mélange les traditions andines avec le New Age et suscite l’hybridation culturelle.

Ce quartier, qui ressemble à un lotissement, est refermé sur lui-même : les habitants restent entre eux, portent des vêtements reconnaissables qui leur permettent aussi de se distinguer des touristes auxquels ils haïraient ressembler (mais, pour les locaux, les uns et les autres ne sont que des « gringos », terme qui oublie son origine et n’est pas si péjoratif) et participent à ces événements « spirituels » qui leur sont réservés. Cette activité « spirituelle » constitue aussi un commerce prospère qui génère des profits et, partant, des conflits et des moments d’intense réflexion. C’est ce curieux mélange de références au sacré local et à un sacré « exotique », tel qu’il se transplante, s’hybride, se modifie, se trafique, et la modification profonde des pratiques et des cultures, sous l’angle de la mondialisation spirituelle, que je voudrais décrire dans le plus fin détail, sous l’angle du secret, de l’initiation et de la transmission. Bienvenue dans le blog Le Courrier des chamans.

> Sylvie Taussig est chercheuse au CNRS, romancière et traductrice. Elle réside au Pérou. Ce texte est le premier article de son blog Le Courrier des chamans.


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