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Pour la liberté de la presse à Pyong Yang ? Non, à Séoul

vendredi 24 février 2012, par Arnaud Vojinovic

L’émission satirique et d’investigation « Naneun Ggomsuda » a littéralement contaminé tous les médias sud-coréens qui réclament désormais une vraie liberté d’expression et n’hésitent plus à défier le gouvernement.

Dès son accession au pouvoir en 2008, Lee Myung-bak s’est efforcé de museler les journalistes et de contrôler les principaux médias. Depuis le début de l’année, la chape de plomb se fissure et c’est aujourd’hui une véritable effervescence à laquelle on assiste au pays du matin calme dans la presse politique et les médias en général.

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Des fans exprimant leur soutien aux animateurs de « Naneun Ggomsuda » (source : Yonhap)

Il y a bientôt un an, une bande de quatre francs tireurs lançait une émission de web-radio politique mêlant satire et journalisme d’investigation, « 나는꼼수다 » (« Naneun Ggomsuda »). Une révolution dans le PAC (paysage audiovisuel coréen). Nouveau format, ton railleur et travail d’enquêtes sur les affaires qui touchent le président, le succès fulgurant depuis ne s’est jamais démenti. C’est le podcast dans sa catégorie le plus utilisé à travers le monde, avec 2 millions de téléchargements via Apple iTunes, soit 4 millions de téléchargeurs toutes plateformes confondues. L’audience, elle, est estimée à 11 millions d’auditeurs. Affaire de corruption après affaire particulièrement décortiquée par « Naneun Ggomsuda » , le président se décrédibilise auprès de la population. Et ce n’est ni la condamnation à un an de prison ferme de l’un des animateurs, l’ancien député Jeong Bong-ju, pour diffamation, ni la perquisition fin janvier chez l’hébergeur internet de l’émission pour des motifs fiscaux qui arrêtent sa popularité [1]. Bien au contraire aujourd’hui nos quatre compères ont eu le courage d’ouvrir une véritable boite de Pandore. Très discrets jusqu’alors sur les affaires de Lee Myung-Bak, les journalistes traditionnels se trouvent eux aussi contaminés par ce virus médiatique de liberté d’opinion et d’investigation tenace.

Dans la lignée de « Naneun Ggomsuda », de nouvelles émissions politiques apparaissent sous forme de podcast hebdomadaire disponible sur iTunes, Soundcloud ou Youtube.com ; c’est « 나는꼽사리다 » (Naneun Ggobsarida) lancé mi-novembre ou encore « 저공 비행 » (Jeogong Biheang) débuté fin janvier …. Les journalistes écartés au cours des années de pouvoir de Lee Myung-bak reviennent à la charge et ont la dent dure. Il ne se passe plus une journée sans sa révélation. A la clef, les élections législatives d’avril et surtout les élections présidentielles en novembre. Malgré cette agitation médiatique et un succès lié à une liberté de ton que l’on avait jamais connu en Corée du Sud, le gouvernement était parvenu à contenir les grands médias. Mais en ce début 2012, des brèches sont ouvertes. Les journalistes de KBS et MBC ont voté la grève. Les deux équipes rédactionnelles s’inquiètent du recul de la liberté de la presse sous l’ère Lee Myung-bak, liberté ramenée à sa plus simple expression rappelant les années noires de la dictature.

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Le 30 janvier, premier jour de grève pour les salariés de MBC (source : Yonhap)

Si la chaîne publique, KBS est vite rentrée dans le rang, il en est tout autrement pour MBC qui observe une grève de l’information depuis trois semaines. Les grévistes réclament le départ de leur président, Kim Jae-chul ; un ancien journaliste de la chaîne nommé par le gouvernement à la tête de MBC. En poste depuis 18 mois, sa mission était effectivement de mettre au pas le network : remplacement des équipes dirigeantes, censure des sujets épineux avec sanction disciplinaire pour les récalcitrants tel ce réalisateur spécialisé dans les émissions d’investigation déclassé comme guide conférencier pour les scolaires qui visitent les locaux de la chaîne. Fort de 4 000 salariés MBC produit de nombreux drama mais aussi un des divertissements les plus populaires de Corée du Sud comme « Défis sans limites » (무한도전) [2] qui n’hésite pas lui aussi à se montrer de temps à autre irrévérencieux avec le pouvoir. Si toutes les productions internes ont cessé depuis maintenant trois semaines - seuls subsistent le journal réalisé et présenté par des cadres et les émissions outsourcées -, il en est tout autre sur internet. En effet les journalistes se sont mis à produire leurs propres émissions disponibles sur Youtube.

Les journalistes séoulites se battent pour la liberté d’opinion et d’expression, l’impartialité dans le traitement de l’information et la transparence dans les affaires politiques. Si les politiques apprécient peu les nombreux procès suite aux révélations issues du travail d’investigation, le public qui avait perdu toute confiance dans les médias traditionnels semble désormais apprécier.


[2Le meilleur programme de divertissement qu’il m’a été donné de voir à la télévision. C’est drôle, impertinent et souvent incroyable. Si un jour vous en avez l’occasion, n’hésitez pas.


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