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Quand Tom Wolfe dynamite le Bauhaus

jeudi 18 octobre 2012, par Emmanuel Lemieux

Tags : Arts

Réédition d’un petit texte jubilatoire et documenté du journaliste sur le "style international" et ses tribus

ARTS. Ce texte de Tom Wolfe, petit prince du « nouveau journalisme » a paru en 1981, et il s’était imposé comme un classique du genre, (mais un texte de Wolfe se coule toujours dans le classique immédiat) : la démolition en règle et en qualificatifs tous plus cruels et drôles les uns que les autres du « style international », celui diffusé après guerre par le mouvement artistique (architecture, design, peinture et danse) Bauhaus. C’est féroce, c’est cruel, le boulier Wolfe n’épargne ni Le Corbusier alias le très cérébral « Docteur Purisme » qui d’architecte ne « construisit qu’une ville radieuse dans son crâne », ni Walter Gropius surnommé « Prince d’Argent » ou encore « Dieu blanc n°1 », auprès de qui « les jeunes architectes allaient étudier à ses pieds » et dont certains comme Philip Johnson ne se relevèrent qu’au bout de plusieurs décennies ». Le Bauhaus : des cubes de béton, des façades en verre fumée, des intérieurs beige/noir/blanc. Le style New York. Le style Rotterdam. Le style La Défense. Le style Sarcelles. Le style partout qu’éclairera la lampe WG 24 tandis que nous papoterons, glissant au fond des fauteuils modèle Wassily.

« Après la première guerre, divers sérails –le Bauhaus, Wendigen, le Style, les constructivistes, les néoplasticiens, les élémentaristes, les futuristes- se trouvèrent en concurrence. Il s’agissait d’établir qui possédait la vision la plus pure. Et qu’est ce qui définissait la pureté ? Bien entendu, le partage entre ce qui était bourgeois (sordide) et ce qui était non bourgeois (pur ). La course à qui serait le moins bourgeois prit des allures un peu loufoques  » s’amuse le chroniqueur qui en retrace les batailles et les influences, la galerie savoureuse des figures venues de l’avant-garde marxiste, persécutés par les nazis et devenues dans les temps modernes, les dévots d’un nouvel art officiel théorisé aux frais des puissants. Finis les temps des monuments mégalomaniaques à leur gloire : les ploutocrates, les bureaucrates, les PDG deviennent comme modestes de l’ego, tous prêts à recevoir « ce verre d’eau glacée lancé à la figure, cette gifle tonique, cette réprimande cinglant la graisse de leur âme bourgeoise qu’on appelle architecture moderne  ». Jusqu’à la guéguerre des années 70 entre les architectes pop de Venturi et les Blancs de la pureté bauhausienne, avant que ne déboulent dans le jeu de quilles, les Rationalistes section Bofill et Rossi. Ce qui donne en résumé wolfien : « Les nouvelles masses continuaient à barboter dans les marécages du moyen-moyen. La lumière du Prince d’Argent brillait toujours dans la Ville Radieuse. Et le client continuait à encaisser stoïquement. »


Repères :

Il court, il court le Bauhaus, de Tom Wolfe, Traduit de l’américain par Claudia Ancelot, Les Belles Lettres (Paris), 131 pages, 13 €. Paru : le 14 septembre 2012.


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