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Quand la prudence des gouvernants fait le malheur du peuple

lundi 22 avril 2013, par Christian Harbulot

Longtemps, nous n’avons pas été autorisés à critiquer la mondialisation et à la prendre pour ce qu’elle est : une guerre économique

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L’ intelligence économique a-t-elle une mémoire ? Le lancement du nouveau site de l’Ecole de Guerre Economique (www.ege.fr) me donne l’occasion de revenir sur un aspect essentiel de la démarche d’intelligence économique : le pourquoi de sa création et l’histoire de son cheminement. Jusqu’en 1992, l’information à valeur ajoutée a été l’apanage des spécialistes du monde du renseignement et des conseillers spéciaux des chefs entreprises. Les autres praticiens de l’information étaient considérés comme des petites mains dans la chaîne de production de la connaissance. Les documentalistes comme les différentes catégories de veilleurs étaient très rarement pris en compte dans le processus de décision de l’entreprise.

Dès la fin des années 80, la situation devint anachronique pour ne pas dire incohérente. Cette pratique taylorienne de la société de l’information n’était plus compatible avec l’évolution de la compétition dans la mondialisation des échanges. A cette époque, la culture d’entreprise française présentait une triple dichotomie entre la compétition et l’innovation, entre l’échange et le rapport de force, entre le renseignement et la connaissance. Cette approche n’était déjà plus opérationnelle pour analyser le volet non militaire de la stratégie de puissance américaine. A la sortie de la guerre du Vietnam, les Etats-Unis décidèrent de contrer discrètement les appétits commerciaux d’un Japon hissé au second rang de l’économie mondiale et d’une Europe reconstruite.

L’impulsion vint d’une communion de pensée décalée pour ne pas dire dissidente entre un ancien maoïste et un jeune consultant en competitive intelligence

Si les élites européennes, tétanisées par les conséquences de la seconde guerre mondiale, ont évité de déchiffrer le double langage des Etats-Unis, la politique de conquête commerciale du Japon va servir de prétexte à une reconsidération de notre approche des enjeux informationnels. Ainsi s’ouvrit timidement une fenêtre de tir dans un monde où la parole était dispersée entre des domaines d’expertise (penseurs de l’information scientifique et technique, spécialistes du risque pays, défenseurs des brevets, responsables de la sureté).
Il fallait un concept intégrateur pour briser le cloisonnement de la pensée et légitimer une nouvelle grille de lecture. Ce ne fut pas une équation simple à résoudre. La majorité des acteurs fuyait toute réflexion sur les rapports de force économiques (c’est encore le cas aujourd’hui chez bon nombre d’économistes) et s’interdisait une approche critique de la mondialisation. L’impulsion vint d’une communion de pensée décalée pour ne pas dire dissidente entre un ancien maoïste et un jeune consultant en competitive intelligence.

Avec le recul du temps, il est difficile de dire si sans cette rencontre fortuite, le concept aurait eu la moindre chance d’exister à cause de l’inertie du système dominant. Aujourd’hui, l’intelligence économique est encore considérée comme un concept sulfureux dans les allées du pouvoir. On lui a substitué un discours politiquement correct sur la compétitivité qui ne couvre qu’un des aspects du problème. Face à la dynamique des autres puissances industrielles, la France a besoin d’une stratégie combative pour enrichir les siens. Et sur ce point précis, la prudence des gouvernants fait le malheur du peuple.


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