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Radicalisation

Ils se radicalisent, ils les déradicalisent

lundi 7 décembre 2015

Directeur d’études à l’EHESS, Farhad Khosrokhavar ne se doutait pas que son livre publié en décembre 2014 prendrait un relief impressionnant quelques jours plus tard, jusqu’à devenir sans doute l’une des analyses les plus saisissantes de ce moment. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les sciences sociales étaient mises au défi de la compréhension de la violence politique totale qu’est le jihadisme et plus particulièrement le salafisme armé. Le mois de janvier meurtrier a suscité remous et désarroi chez les chercheurs français à la recherche d’une légitimité scientifique. C’est pourquoi l’étude de Farhad Khosrokhavar est précieuse, lui qui depuis des années étudie et alerte sur le chaudron carcéral français et véritable bouillon de culture de l’islamisme radical - déjà en 2004, il publiait L’islam dans les prisons.

Radicalisation propose une densité de connaissances et d’analyses sur la fabrication de l’islamiste radical dans nos sociétés occidentales et musulmanes contemporaines. Le phénomène, précise-t-il, est minoritaire, « voire ultraminoritaire » mais tel un exosquelette, les nouvelles technologies numériques, les réseaux sociaux, la globalisation de l’information et de l’économie, et les transports low cost mondialisés facilitent grandement et de façon irréversible, les démarches individuelles ou collectives de radicalisation.

« La radicalisation ne doit pas être appréhendée seulement sur un registre sécuritaire, elle doit devenir un problème de connaissance de la société » soutient le chercheur. Il convient d’interroger toutes les facettes de l’économie, de la politique, de la philosophie ou de la socioanthropologie pour mieux cerner les motivations et les trajectoires : responsabilité individuelle, radicalisme religieux et techniques sectaires de recrutement, mais aussi au sens durkheimien du terme, malaise dans la société.
C’est ainsi que le livre détaille l’histoire de la radicalisation ( de la secte des « Assassins » à al-Qaida en passant par l’extrême gauche européenne violente des années 1970), la radicalisation islamiste dans le monde musulman (chiites Vs sunnites) et diverses figures de l’islamiste radical européen. Dans cette théorie protéiforme, on y trouve le « petit Blanc » désaffilié, le jeune victimisé, le radicalisé national et celui international.

Un nouveau mot a surgi dans le champ lexical de la politique française suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher : « déradicalisation ». Comment désenvoûter le violent radical ? On attend le modèle français. L’Arabie Saoudite, elle, se targue d’un taux de déradicalisation de plus de 90 %, mais comment ne pas imputer ce score à des procédés très… radicaux et des mœurs assez peu démocratiques ? Des modèles de déradicalisation en démocratie peuvent s’appuyer sur des expériences américaines, anglaises ou norvégiennes (avec les néonazis). « Tout l’arsenal répressif du monde ne sera pas suffisant pour mettre fin à ce type de violence idéologique, si la mise au pas n’est pas accompagnée d’une prise en charge psychologique et théologique à même de faire changer la vision du monde des combattants de la foi » explique Farhad Khosrokhavar. De ce fait, la « déradicalisation » constitue un vrai défi pour un pays comme la France et sa séparation stricte entre le politique et la religion, et sa répugnance pour le communautarisme. Voire une Terra incognita. > E.L


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