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Raoul Villain, acquitté pour avoir tué Jean Jaurès

jeudi 6 octobre 2011, par Emmanuel Lemieux

Une bande dessinée retrace la biographie très mal connue de l’assassin de Jean Jaurès.

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Qui connaît vraiment le destin tordu de l’assassin de Jean Jaurès ?

Des vignettes d’Epinal de Jean Jaurès (1859-1914), on retient le socialiste libéral, l’orateur, l’humaniste, le fondateur de L’Humanité, le militant de la paix et l’assassiné du café du Croissant. Qui a retenu le nom de son assassin, Raoul Villain (1885-1936) ? Et qui connait la suite de l’histoire, le procès et le destin tordu de cet homme falot ?
Une BD biographique, Villain, l’homme qui tua Jaurès, crée des surprises en chaîne sur la personnalité de l’assassin de Jaurès, mystique et oisif, mythomane, escroc et désespéré. Sous la plume nerveuse de Daniel Casanave, revivent les errements d’un homme qui mène son existence comme on avancerait dans la gadoue. Dépressive et mystique, sa mère tente de le tuer avant de perdre la tête. Son père préfère les bordels et prend son fils pour un objet encombrant. Encombré, le petit Raoul vit mal la loi de 1905 signant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Solitaire, sans talent scolaire, il est refusé par l’armée. Seuls le catholicisme et l’ardeur patriotique anti-allemande le lestent. Il trouve en Jean Jaurès, le démon à abattre.

La veuve Jaurès condamnée aux dépens

Après l’assassinat de Jaurès, Raoul Villain macère durant toute la Première guerre mondiale, en prison. Habilement, le scénariste Frédéric Chef tisse des liens entre Villain et sa ville natale, Reims, joyau de la chrétienté incendié, bombardé, et de nouveau ravagé par les Allemands. La ville qui comptait 113 000 habitants avant-guerre, n’en dénombre plus que 10 000 en décembre 1918 pour 60 maisons qui tiennent encore debout.
Le 24 mars 1919, s’ouvre le procès Villain qui se refermera vite : les cendres de la Première Guerre à peine refroidies, le bellicisme est dans les têtes. Villain se voit acquitté, quant la veuve de Jean-Jaurès, partie civile, est condamnée aux dépens.
En attendant que la roue tourne et que ce socialiste soit transféré au Panthéon le 22 novembre 1924, l’acquitté de sa mort, lui, reprend son train-train "oisif et oiseux". Coqueluche criminelle, Il traîne les cocktails mondains. En 1920, on l’arrête en flagrant délit de trafic de fausse monnaie, mais Villain, en raison de son état mental, n’est condamné qu’à 100 francs d’amende.

On le retrouve en 1932, traînant du côté d’Ibiza. L’homme, profitant de l’héritage d’une tante, envisageait de s’établir à Tahiti, mais l’escale en terre d’Espagne l’attire comme un aimant. Il achète un lopin de terre en pente dans le petit village de San Vincente pour édifier sa maison qu’il souhaite hommage à Jeanne d’Arc. Pour son projet, Villain embrouille un architecte, René-Paul Gauguin, le petit-fils du peintre, lui commandant une retraite complètement tarabiscotée et conçue comme une forteresse d’où il peut voir l’ennemi surgir de la mer, de la plage ou de la montagne.

Escroc à Ibiza

Il aura bien du mal à payer la construction à l’architecte. Si sa ferveur religieuse extrême séduit le curé, son comportement indispose les habitants. "El francès de merda" vit en reclus, ermite et affreusement sale, perdant peu à peu la consistance de la réalité. Eclate la guerre d’Espagne. Les conditions de sa mort restent floues. Ce sont des anarchistes espagnols qui le révolvérisent sur la plage de San Vincente, le 17 septembre 1936, mais on ignore si ces combattants avaient réalisé que leur victime était celui qui avait tué Jaurès.


Repères :

A lire :
Villain, l’homme qui tua Jaurès, de Daniel Casanave et Frédéric Chef, Altercomics, Montpellier, 132 pages, 20 euros. Sortie : septembre 2011.

www.altercomics.com

A voir : planches originales de la BD
Médiathèque Falala, Reims, du 4 au 29 octobre 2011

Sur notre site, lire également Jean Jaurès par Arnaud Viviant


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