Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Regards croisés à Washington et Pékin

mercredi 31 octobre 2012, par Barthélémy Courmont

JPEG - 25.6 ko

Hasard du calendrier, les deux premières puissances mondiales se préparent simultanément à une échéance politique majeure. Tandis que le XVIIIème Congrès du Parti Communiste Chinois désigne en octobre la nouvelle équipe dirigeante, et consacre l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, l’élection présidentielle du 6 novembre verra soit Barack Obama entamer un second mandat, soit Mitt Romney reprendre la Maison-Blanche pour les Républicains. S’il est inutile de rappeler ici que le mode de désignation des futurs dirigeants n’est pas le même à Washington et à Pékin, il est en revanche intéressant de constater à quel point les perceptions croisées des deux pays jouent un rôle considérable dans le processus de remplacement des élites politiques.

Le bouc-émissaire chinois

A Washington, la Chine s’est invitée comme aucun autre pays dans la campagne électorale. Si ls deux candidats se sont exprimés sur la politique américaine au Moyen-Orient, pour faire mention à la fois des troubles en Libye et en Egypte, de la situation en Syrie, du lien avec Israël ou encore du dossir nucléaire iranien, la Chine se distingue par son omniprésence, à la fois sur les dossiers de politique étrangère et en matière de politique intérieure. C’est d’ailleurs surtout sur ce terrain que les candidats se sont exprimés avec le plus de vigueur. Mit Romney s’est montré offensif, accusant la Chine de «  tricher  » en manipulant sa devise et de « voler » les inventions américaines, promettant de se montrer d’une grande fermeté à l’égard de Pékin en cas de victoire. On ne compte plus ainsi les sorties de l’ancien gouverneur du Massachussetts, qui mériterait le statut d’ennemi numéro un de la Chine si les relations actuellement tendues entre Pékin et Tokyo n’occupaient pas ce poste.

De son côté, Barack Obama s’est montré moins dissert, mais fut contraint de suivre le mouvement, au risque d’appaître comme un président faible et de voir les critiques s’abattre sur son bilan. Délocalisations (avec au passage des attaques visant directement Mitt Romney et son passé d’homme d’affaires), valeur du yuan ou encore concurrence déloyale sont ainsi entrés dans la campagne du président sortant, qui a fait de la Chine le plus gros défi de Washington, tant sur les questions économiques et sociales que politico-stratégiques. La Chine fait peur aux Américains, inquiète avec une montée en puissance vertigineuse, fait perdre des emplois aux Etat-Unis, noircit le tableau de l’avenir de la puissance américaine : elle est devenue incontournable dans le processus électoral désignant le locataire de la Maison-Blanche, et le « meilleur ennemi » de Washington.

La Chine n’est pas contente

Sortant de son silence habituel, Pékin a vivement réagi à ces attaques, et manifesté son mécontentement de se voir ainsi servir de bouc-émissaire. Pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre publié il y a quelques années, « La Chine n’est pas contente » (Zhongguo bu gaoxing) et n’hésite pas à le faire savoir par voie officielle. Pékin déplore une ingérence dans les affaires intérieures d’un autre pays, et invite les deux candidats américains à faire preuve de retenue et d’éviter des discours déplacés et sans fondement. On retrouve dans ces critiques tous les repproches généralement adressés à Washington : ingérence donc, mais aussi exagération, et capacité à désigner l’autre comme responsable de ses propres échecs. La Chine perçoit globalement la puissance américaine comme déclinante, et la transition de pouvoir est l’occasion d’insister sur cette tendance, comme pour mieux dans le même temps glorifier les succès chinois. La Chine n’est pas une démocratie, mais son appareil politique est divisé en pluieurs factions qu’il convient de rassembler à la veille de son Congrès.
Les Etats-Unis peuvent à ce titre servir de bouc-émissaire (eux aussi) et unir à la fois les conservateurs, les nationalistes et les réformateurs derrière un discours signifiant que l’heure de la Cine a sonné.

Quand Pékin choisit son candidat

Pékin proteste contre l’ingérence américaine, mais la Chine ne se prive pas non plus de son côté de manoeuvres clairement destinées à favoriser l’un des deux candidats. On peut ainsi estimer, au vu des derniers développements, que Pékin cherche à faciliter la réélection de Barack Obama, en coupant l’herbe sous le pied du candidat républicain. Avec un yuan légèrement revu à la hausse, et historiquement élevé face au dollar, Pékin envoie des signes positifs à l’administration Obama, qui les réclame depuis quatre ans. Avec en tête la volonté de favoriser la réélection du candidat démocrate ? Dans un environnement économique marqué par la nécessité pour la Chine de relancer ses exportations, une telle posture est avant tout politique, et la proximité de l’élection américaine n’y serait peut-être pas étrangère.

Difficile de juger si les deux pays sont encore interdépendants économiquement, tant la Chine s’appuie sur une représentation aux quatre coins du monde désormais. Une chose est cependant certaine, le destin politique de Washington et de Pékin est lié comme jamais.


Repères :

Professeur à Hallym University (Corée du Sud) et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il vient de publier La Chine en défi, avec Emmanuel Lincot, chez Erick Bonnier Editeur.


Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.