Régis Debray dépose le bilan

Le 3 juin 2018, par Emmanuel Lemieux

L’idée : dresser le bilan du monde et de soi en faillite.

Régis Debray, Bilan de faillite, Gallimard, 160 p., 15 euros. Publié : mai 2018.

Moeurs & Mentalités. À l’automne dernier, il publiait un opuscule intitulé Le nouveau pouvoir (Cerf), persiflant ce président Macron à peine élu et dépeint en figure de mégastar évangélique de la Mégachurch France. Le producteur industriel de philippiques fait ici un autre constat.

Écrivant à son jeune fils de 16 ans qui lui aurait demandé comment envisager sa vie, le patriarche se renseigne (et éventuellement l’éclairera s’il est sage), en dressant son bilan personnel et son constat de faillite du monde qui l’entoure. À l’heure ou la novlangue managériale contamine la moelle politique, où l’esprit du temps appartient aux premier.e.s de cordée qui possèdent aussi les canifs pour s’alléger, lui proposerait plutôt à son rejeton un changement d’air comme culture du résultat à entretenir.

« Mon détonateur réconcilierait deux lignées de bonne famille : le plastic grande classe, tradition surréaliste (le fondateur de l’Armée rouge, Trotski, ayant invité André Breton à Mexico pour remettre conjointement d’équerre le genre humain) et l’explosif bon marché, moins petit doigt en l’air, tradition plébéienne  » nous promet rapidement le sarcastique mirliflore.

Régis Debray, la qualité d’un produit old school, la gouaille soûlante à la Michel Audiard en version ENS.

Au bout du compte, quel bénéfice en tire le lecteur ? Toujours la même assurance de qualité d’un produit old school. Voilà des années et des essais, que la fabrique de l’écrivain s’est rodé distillant une sorte de gouaille soûlante à la Michel Audiard en version ENS. Il persiste ici en cinquante nuances de Debray, râpeuses et drôles, sur l’effacement d’un monde et de lui-même, dans l’ombre triomphante et bruyante des commissaires aux comptes et des traders de pouvoir.

Ce livre fait partie de la sélection des 100 meilleurs essais du mois de notre revue IDÉES. Sortie en librairie le 8 juin ou disponible ici.




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