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Requiem pour Mozart

dimanche 20 mars 2011, par Emmanuel Lemieux

La musicologue mozartienne Michèle Lhopiteau-Dorfeuille révèle les circonstances exactes de la mort du compositeur.

De quoi est mort le compositeur Wolfang Amadeo Mozart, le 5 décembre 1791 aux alentours d’une heure du matin ? La question n’est pas close chez les mozartiens. Michèle Lhopiteau-Dorfeuille, musicologue et chef de chœur de la musique de Mozart, propose une nouvelle version dans Rêver avec les sons, un album-CD (Le Bord de l’eau éditions).

La spécialiste a examiné l’état de santé général du musicien, et ne trouve pas grand chose à redire. Mort à l’âge de 35 ans, Mozart était certes doté d’une très petite taille, probablement suite au "régime à l’eau d’orge" (décoction aqueuse mélangée à un peu de lait de vache) que lui infligea son père, le carençant en vitamine D. Sa chétive constitution ne l’empêcha pas de survivre à la variole et à la scarlatine. Son hygiène de vie ? Grand amateur de poisson, de langue, de côtes de porc, de bière et de punch, Wolfang se distinguait néanmoins par un appétit de moineau.
Michèle Lhopiteau-Dorfeuille repousse la thèse d’une fièvre rhumatismale, comme elle bat également en brèche la théorie largement répandue selon laquelle Mozart, abandonné par sa femme, se serait laissé mourir de chagrin en mettant en musique le sombre texte du Requiem. "Fin 1791, Mozart était bel et bien à deux doigts d’atteindre l’objectif que feu son père avait fixé pour lui : devenir le musicien le plus aimé et le plus fêté d’Europe", rappelle la spécialiste.

Addict à la liqueur van Swieten

Pour la musicologue, Mozart est très probablement décédé d’une intoxication mercurielle, celle suscitée par un médicament de l’époque, la "liqueur de van Swieten". Appuyée dans cette expertise par un médecin-légiste et l’étude des documents et correspondances du compositeur, elle a retrouvé trace de ce médicament au chevet de Mozart.

Pourquoi cette hypothèse, déjà émise par des médecins français, a-t-elle déclenché une violente levée de boucliers, notamment en Autriche ? Car le baron Gerhard van Swieten (1700-1772), d’origine néerlandaise mais médecin personnel de l’impératrice Marie-Thérèse, lui aussi, est considéré comme une gloire nationale, une sorte de petit Mozart de la médecine de l’époque. Son élixir en vogue dès 1760 était une potion purgative, désinfectante et antiparasitaire, à l’origine distribuée aux soldats pour combattre la syphilis, mais qui deviendra durant plus d’un siècle, un remontant très populaire. Or, "la liqueur de van Swieten" n’était qu’une solution aqueuse de chlorure mercurique extrêmement toxique en cas de surconsommation. Raspail, dès 1863, avait mis en garde contre un tel "venin". La pharmacopée française retirera ce remède mercuriel de la vente en 1880.

Gottfried van Swieten, fils de l’éminent médecin, était un inconditionnel de Mozart. Il aurait alimenté le compositeur mal en point avec le sirop paternel. Indice de la musicologue : la semaine où Mozart à la santé dégradée, se voit complètement perturbé par l’écriture de son Requiem, il interrompt son ingestion sournoise de mercure, et constate un rétablissement de ses forces ; "au point d’être capable de faire répéter un chœur et diriger un concert" remarque Michèle Lhopiteau-Dorfeuille. Mozart qui se plaint d’un goût de fer dans la bouche a été emporté par une "néphropatie aiguë grave", se manifestant par une fièvre élévée, de fortes migraines, l’enflure des pieds et des mains, des vomissements et des spasmes violents, et enfin un coma de courte durée. Le requiem de Mozart était dans le flacon.


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