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Rhétorique olympique : décryptage total

mardi 17 juillet 2012, par Philippe-Joseph Salazar

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(Source Klincksieck)

Le sport à l’anglaise : élément de style.

A la forteresse navale de Hong Kong, dans un quartier éloigné du centre commercial de l’île, au delà d’un port de pêche semi-industriel qu’elle domine depuis l’est de ses anciennes batteries gardant et la ville et le détroit vers la Mer de Chine, le visiteur attentif peut lire dans une vitrine, une émouvante « Lettre à ma très chère mère ». En 1845, le lieutenant britannique T. Collinson, qui plus tard se distinguera en levant la première carte en couleur de la Colonie, écrit à sa mère sur une feuille où il avait esquissé, à la plume, un relevé, en perspective, de sa chambre. Son lit, sa table, des livres, une chaise-longue. Son frère aîné Richard, officier cartographe plus tard amiral, avait déjà reconnu le Yang Tsé. On les imagine nettoyant un pré et organisant une partie de cricket. Peu de temps après cette visite, je me trouvais à Londres dans un club qui conserve le souvenir de ces schoolboys à la fois éduqués et entraînés, qui avaient lu Thucydide en grec et maniaient aussi bien le crayon que le fusil ou la batte. Entre le bar et la salle de télévision, accrochée au mur, une photo commémore la visite rendue par Pierre de Coubertin aux sportsmen anglais (qui inventèrent au demeurant l’« olympiade »), après quoi se décida la fondation du Comité olympique.

Le British Empire était un Grand Jeu, la reprise sur la carte du monde du jeu de terrain, des passes, des phases, des tacles et, une fois l’affaire faite, les douches et un thé : le jeu faisait le respect. Cet empire-là respectait les aristocraties locales et la reine de Tonga, même avec ses plumeaux sur la tête, avait droit à la même inclinaison de buste et au « Ma’am » que la Reine-Impératrice. Son fils irait de toute manière en Angleterre, et jouerait au rugby. David Cannadine, un historien de Cambridge a appelé ce style de gouvernement « l’ornementalisme » [1], en réplique désinvolte à « l’orientalisme » prêchi-prêcha d’Edward Said. Le sport donna à cet Empire son principal « ornement », c’est-à-dire son style de rapports humains. Notre empire par contre se fit de bric et broc, sans vrai dessein commercial, sans compréhension mutuelle entre métropolitains et coloniaux, sans grand prestige (exception faite du bref éclat du Protectorat de Lyautey, qui étonna les Français de métropole), et surtout sans continuité de vision entre la formation au lycée des jeunes gens, l’administration coloniale et le commerce d’outremer. Un empire va comme je te pousse.

Alors que dans le British Empire le sport rassemblait les colons, grands et petits, autour des terrains de cricket avec leurs pavillons qui naturellement devinrent des clubs sociaux, politiques et d’entraide, une cheville essentielle de l’Empire, notre empire colonial préféra les rengaines du « qu’il était beau mon légionnaire », de la petite « Tonki-tonkiki-Tonkinoise », les bordels de la kasbah et les écoles ségrégées de fils de chefs tandis que le British Empire a donné au monde, non sans paradoxe, l’adulation des Indiens pour le Royaume-Uni, un Salman Rushdie à l’accent et à l’esprit plus british qui soient, un V.S. Naipaul eccentric, un John M. Coetzee successeur de Milton et Defoe, ou même l’étrange fidélité des Sud-Africains à la famille royale ou la passion populaire des Pakistanais pour le cricket. Même Robert Mugabe est churchillien. The British Empire a donné au monde du Commonwealth, cette formidable puissance d’influence que M. Cameron, au dam des Tories pur sang, ne sait pas, ne veut pas utiliser, un univers de formes stylistiques où le sport sert en réalité à la fois de dénominateur commun et de clef explicative pour toutes sortes de comportement : être en équipe, savoir perdre, savoir tenir son rang, être modeste dans l’admission de l’effort, mais toujours être triomphalement British : ce phénomène étrange a un nom, le jingoism – le mot date d’une chanson de pub, à la fin du XIXe. Bref le sport était l’élément de langage clef.

De quoi le sport est-il le travesti ?

La presse argentine se faisait récemment l’écho d’une rumeur dans les médias britanniques qu’à la cérémonie d’ouverture des JO les athlètes argentins porteraient un brassard noir en signe de l’occupation des Malouines. Au même moment Señora Cristina Fernandez, la Présidente, remettait aux porte-drapeaux de l’équipe nationale la bandera de la nación lors des cérémonies du Jour du Drapeau. J’assistai assez éberlué à ce déferlement patriotique d’images d’autant plus que trois jours après je regardais à la télévision la retransmission en direct du coup d’Etat dit « institucional » au Paraguay. En Amérique Latine, depuis la déposition du président du Honduras en 2009 par la Cour suprême, on utilise l’oxymore « coups d’Etat institutionnels » quand le pouvoir judiciaire ou le pouvoir législatif abroge le pouvoir exécutif. Ces destitutions légales sont des travestis qui mettent cependant à nu le fond même de la politique en démocratie : l’art de mentir, et quand le mensonge ne prend pas, passer en force, mais dans les formes. Songez, avec froideur, aux coups d’Etat législatifs créant l’Etat français et la Ve République. Songez à notre « non » à l’Europe et à la forme qu’après coup on lui donna pour le transformer en « oui ».

Ici se noue un rapport entre politique et sport : dans la politique spectacle, avec ses jeux de rôle, il s’agit toujours de mettre en scène des formes, et de mettre en scène leur respect (surtout dans le cas extrême d’un coup de force qui veut passer pour ne pas l’être). Dans le sport il s’agit aussi de respecter les formes, en plus des règles. L’erreur de la prétendue équipe de France de foot n’a pas été d’avoir perdu mais de n’avoir pas respecté les formes en perdant. Le problème de ces sportifs-là c’est que ce ne sont pas des sportsmen et qu’ils n’ont pas de style de comportement, et ne connaissent pas le pouvoir du style et des formes pour récréer une réalité. La cause profonde est que le sport n’a jamais vraiment fait partie intégrante de notre culture sociale et politique, comme il le fut, et l’est, en Angleterre. C’est une pièce rapportée. Preuve : Coubertin, un français s’enticha du sport antique à la grec, sorte d’idéal pur et dur, parce qu’en France, à l’évidence, le sport n’était pas un idéal social ni une pratique politique.

Clef rhétorique de l’idéal olympique

Ce qui me ramène aux Jeux olympiques.
On peut dire que l’histoire des JO est celle d’une transformation rhétorique, partant d’un idéal irréaliste à la française (celui de Coubertin) à une mise en pratique british de ces idéaux (aux premiers jeux de Londres, en 1908, Lord Desborough imposa la règle des équipes nationales et celle de l’amateurisme, et conçut un lieu fait sur mesure : le stade) et puis à leur transformation en un spectacle digne d’être filmé comme entertainment ou propagande (à commencer par la manipulation cinématique de Riefenstahl), pour aboutir au show global qui refuse de s’avouer commercial tels que nous le connaissons.

En dépit de cette transformation la rhétorique olympique de base est restée inchangée dans ses principes fondamentaux. Pour preuve, je cite la Charte olympique, qui vaut son pesant d’or, d’argent et de bronze : « L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels » [2].

Il faut prêter l’oreille à ce style suranné, aussi suranné que la Déclaration des droits de 1789. C’est lui qui cadre la rhétorique olympique. Si les JO sont une forme éclatante de ce que Guy Debord nommait la société du spectacle, ici sous les auspices du sport mis en scène, la clef rhétorique est un invariant, à savoir que les JO sont donnés comme représentation de la vie morale.

Les JO et l’éthique vitaliste.

Tout sort de là.
Traduisons : il s’agit bien entendu de la transposition de la théorie darwinienne de la compétition du le-plus-vite, le-plus-fort, le plus-loin. En philosophie morale le darwinisme fut un compagnon de route du « vitalisme ». La doctrine des JO est fille du vitalisme mais cette connivence subit un phasage : l’affirmation de la « philosophie de la vie » passe d’abord par un tamis héroïque et lyrique grec (sur quoi je reviendrai en conclusion), elle est ensuite domestiquée et civilisée par le fair play dans sa phase british (qui dura en gros des jeux de Londres aux jeux d’avant Berlin), puis elle se révèle dans les jeux de Berlin, mise en scène et travestie pour les besoins de l’hitlérisme. Surgit alors, au plein jour, l’idéologie vitaliste qui alimentait, depuis 1900, la Lebensphilosophie allemande, mais chez nous aussi bien la conquête coloniale, le rationalisme franc-maçon, que les chantiers de jeunesse ou le culte du corps, fasciste, sioniste ou communiste, et simplement républicain [3]. Après la reconstruction d’après guerre les JO s’orientent résolument vers leur phase globalisante, la « vie moderne » au cours de laquelle deux argumentaires se développent successivement ; à savoir d’abord l’alignement du discours officiel des vertus dites « éthiques » sur celui des Nations-Unies et ensuite la prise en compte de la mondialisation des marchés. C’est le premier argumentaire qui permit l’exclusion unique de l’Afrique du Sud durant vingt-cinq ans, puisque les deux grands blocs idéologiques pouvaient par là acquiescer à une même décision sous la garantie de la Charte idéale des Nations-Unies. C’est le second argumentaire, amplifié par la spectacularisation des JO depuis Barcelone qui assura la propulsion de leur valeur marchande, mais qui assura Pékin que les Jeux se tiendraient bien en Chine.

La « philosophie de la vie » est en effet capable de toutes les adaptations, mais si cette plasticité est opérante aux mains des dirigeants, elle tient, au niveau des sportifs, à une confusion bien connue des philosophes sur le terme d’éthique.

Ce mot, « éthique », peut soit désigner des codes de comportements communément reconnus comme bons (l’éthique d’un groupe), soit un mode de comportement personnel (« ça, c’est mes principes ») qui rassemble des éléments aussi hétéroclites que le tempérament, l’opinion politique, le rapport à l’entraîneur, bref ce que chaque sportif doit se persuader posséder en propre et qu’il met en mots dans les interviews pour parler de lui-même. Quand ce mode personnel impose, éthiquement, à un sportif de lever le poing, ou (comme je l’espère) de mettre un brassard noir, au nom de ses principes et de son identité comme animal politique (qui est la définition de l’être humain : un animal qui parle et qui donc est politique), on lui oppose alors la première éthique, à savoir le code supérieur de la « philosophie de la vie et des principes fondamentaux » des JO. Quand le sportif manque à honorer sa nation en gagnant ou commet un écart dommageable (puisque les JO sont paradoxalement nationalistes et apolitiques), il peut alors se rabattre sur le mode personnel, et tout l’attirail rhétorique du « je suis désolé », « je ne sais pas ce qui est arrivé », à la limite mettre en cause le « mode de préparation » en vue de récupérer par la mise en scène de l’éthique personnelle le capital à investir qui lui a échappé, la médaille (une médaille est un instrument d’investissement, en sponsoring ou en politique ; mais une non-médaille produit un égal investissement si on joue sur l’éthique personnelle).

Le dopage, Pistorius et la rhétorique du corps mécanisé.

Mais la « philosophie de la vie » produit une autre rhétorique. Comme on le sait, les JO sont l’occasion de parler de ce qui contredit la « philosophie de la vie, de l’effort, de la valeur éducative » - à savoir le dopage. Le dopage nie l’effort, travestit la vie, court-circuite la valeur et l’apprentissage difficile, notions affichées par la charte olympique.

Mais la rhétorique anti-dopage ne voit pas que sport et dopage ont la même source, que le dopage est inscrit dans le vitalisme, qu’il n’en est pas un objet d’horreur mais un aspect intégral, et même son objet de désir. Explication : le vitalisme dans son rapport au corps possède deux sources : une source cartésienne, avec la théorie de l’homme-machine ; une source expérimentaliste, issue de la médecine du XIXe. Leur point commun est la source du dopage : si l’homme est une machine vitale, on peut donc augmenter son rendement grâce aux sciences, bien nommées, « de la vie ». Descartes avait théorisé le remplacement d’organes sur la base qu’un organe est une pièce de machine et que le corps est simplement la somme des organes, et pas une chose mystérieuse mue par un principe secret comme le professait alors la doctrine. L’expérimentalisme donna au cartésianisme les moyens de sa mise en œuvre ; les manipulations génétiques actuelles sont dans son droit fil.

Le dopage n’est ni plus ni moins qu’une variante de ce matérialisme de la « philosophie de la vie » affichée par les JO : le corps est une machine. Une drogue n’est pas une drogue mais un lubrifiant ou un fuel, un rouage ou une transmission même, qui fait fonctionner la machine à un meilleur rendement. Et ce meilleur rendement, le plus-haut, plus-loin, plus-vite, justifie le sport sous sa forme olympique – aux antipodes du sport social et politique, formateur de vertus sociales et politiques que j’évoquais au début de cette chronique. L’admission de blade runner, Pistorius, aux JO de Londres est la reconnaissance effective par les JO de leur vitalisme essentiel. L’usage du dopage et l’usage de jambes mécaniques procèdent du même principe. Mais bien sûr ne vous attendez pas à ce que le Comité olympique le reconnaisse.

La religion du sport et ses quatre péchés capitaux

Mais pourquoi ce déni ?
Parce que la « philosophie de la vie » des JO, dont on tire la conclusion contradictoire que le vitalisme est bien jusque là (les jambes mécaniques) mais pas plus loin (les suppléments) franchit, sans le savoir, une limite et cette limite relève de la religion.

Rien de plus païen en effet que les cérémonies olympiques. On comprend mal que des sportifs catholiques se prêtent à ce qui représente une adulation publique du corps qui procure l’occasion d’au moins trois péchés capitaux : l’orgueil, la colère et l’envie ; et pour certains d’un quatrième, l’avarice (vouloir engranger des médailles). Mais comme l’occasion fait le larron, il est intéressant de voir que pour la section « Église et Sport » du Dicastère romain pour les laïcs, voulue par Jean Paul II, « pape athlète », les grands événements sportifs sont désormais considérés comme « signe des temps ». Cette expression, venue des Evangiles, où elle se nomme kairos, est très lourde théologiquement : elle indique originellement l’occasion, le moment propice à la conversion des Juifs au Christ. Savoir lire le kairos c’est se mettre en état de quitter l’erreur, de recevoir la vraie lumière divine, de discerner dans le flux forcément confus et peccable des affaires humaines ce signe qui soudain ouvre l’âme à la divinité, à la grâce et (on revient vers le principe des JO), à « la vraie vie ». Dit autrement, et pour redescendre sur terre, les JO sont une occasion d’étendre « la pastorale des jeunes », une mission clairement assignée par Benoît XVI [4] en vue des JO de Rio en 2016.

En d’autres termes, le risque d’un étalage de quatre péchés capitaux aux JO est contrebalancé par le gain plus grand à utiliser les JO comme une occasion de conversion. Cette stratégie pastorale est récente. Il faudra en faire un audit dans cinq ans. Mais ce qu’elle révèle est la limite éthique des JO : dopés, mécanisés, ou génétisés, les corps olympiques participent à la fois d’une argumentation déraisonnable sur le politique (par la tension des deux éthiques) et d’une prétention irrationnelle à dire ce qu’est le vivant (par la tension sur le dopage), tandis que pour la plus ancienne institution mondiale, qui elle aussi parle de « la Vie », les JO deviennent de spectacle sordide une occasion d’ évangélisation de la jeunesse et, parions-le, de détournement radical de ce qui reste un spectacle de la matière en action sans aucun objet moral.

Flatterie, impudeur, effémination – et le dopage au hijab.

Je termine sur une note multiculturelle, à l’ancienne, puisque de là sortent les JO, et terriblement d’actualité.

Côté grec : L’Ode olympique de Pindare, la première, est une louange effrénée à un tyran sicilien, Hiéron, dont le cheval avait remporté une course. Les Grecs ne furent pas ravis de sa participation mais ils ne purent l’empêcher : la Grande Grèce comptait trop commercialement et géopolitiquement. Et puis Hiéron savait battre le rappel des meilleurs intellectuels du moment et s’entourer d’hommes cultivés à la mode qui, rendant sa solitude tyrannique moins douloureuse, lui donnait une stature internationale de gouvernant éclairé. Personne à Athènes ou Sparte n’était dupe mais Pindare d’invoquer tout l’attirail éthique de l’époque, la gloire, l’immortalité et les Muses. Cette Première Olympique finit par établir un benchmark (comme on dit en gestion), à la fois pour définir l’esprit des Jeux anciens…et pour l’art du travesti politique (car les Grecs jouaient gros à se mettre à dos le Sicilien, sorte d’émirat pétrolien du temps).
Côté romain : Les Romains n’aimaient ni les Jeux ni le sport – qu’ils accusaient d’impudicitas et d’effeminatio. L’impudeur était à la fois sexuelle (les bains d’alors étaient les douches d’aujourd’hui qui ont détruit la réputation de l’Université de Penn State et de son équipe) et politico-sociale : l’exhibition du corps sans autre objet que sa performance physique était, pour les Romains, la marque d’un esclave ou d’un barbare ou d’une racaille : un jeune homme libre s’exerçait à l’éloquence ou au port des armes. Ils appliquaient donc le terme d’effeminatio aux athlètes afin de marquer la différence entre le vir qui porte son barda de cinquante kilos et livre bataille le glaive à la main et le sportif dont le corps est fragilisé par sa spécialisation (la fameuse tendinite), corps soumis aux massages, aux onguents, aux huiles, aux astringents et aux roboratifs dans le seul but d’une performance précise et au fond inutile, dans leur optique. Les Romains, des orateurs, des juristes et des ingénieurs, bref des technologues, avaient compris que si on voulait améliorer « la vie », ce genre d’exercice-là n’était pas forcément ce que, eux, bâtisseurs d’Empire, voulaient et comment ils le voulaient. D’ailleurs ils ne le voulurent pas. Comparez la grande statuaire grecque à la grande statutaire romaine : la Grèce adule des corps d’éphèbe sportif, Rome aligne les bustes des Césars.

Le corps donc varie en dépit de la rhétorique universalisante des JO. Il varie selon l’usage que la société qui le nomme désire en faire. Je conclus sur la décision de la FIFA (applicable aux JO) concernant le hijab. Voici le texte exact de la décision de son Board (FIFAB) [5] :

Le troisième principal sujet de discussion concernait la Loi 4 – Équipement des joueurs, et spécialement le port du foulard. L’IFAB a convenu d’approuver à l’unanimité – de façon temporaire pour une période d’essai – le port du foulard. Le design, la couleur et le matériel autorisés seront définis et confirmés à l’issue de la réunion annuelle de travail de l’IFAB à Glasgow en octobre 2012. Actuellement, il n’existe aucune littérature médicale concernant des blessures dues au port d’un foulard et par conséquent, la décision prise aujourd’hui sera passée en revue lors de l’Assemblée générale annuelle de l’IFAB en 2014.

Comme on le voit la décision est précautionneuse et le seul argument explicite fourni par la FIFA est un argument médical-corporel : un foulard peut-il blesser ? C’est-à-dire que le corps, dans sa matérialité, est ce qui est mis en avant comme argument causal (si le foulard ne blesse pas, donc son port peut être admis définitivement), alors que la motivation est idéologique et ne concerne le corps que comme signe de valeurs. On a vu comme Grecs, Romains et le Saint-Siège ont une idée différente du corps-comme-valeur. En voici encore une autre : le corps-hijab.

Simplement dit, le port du foulard est une forme de dopage, mais un dopage idéologique car si une musulmane entretient un meilleur rapport à sa religion en portant le foulard (même si les JO interdisent la présence du religieux sur le terrain) [6] elle n’en performera que mieux. Le hijab est donc dopant.

De même que, je suppose, un athlète catholique à qui on permettrait de dire un Ave Maria avant son lancer de marteau serait, alors, vraiment, au mieux de sa performance. Encore faudra-t-il d’abord demander à la Fédération internationale d’athlétisme de rendre un arrêté similaire à la FIFAB, et qui déclarerait :

La FIA a convenu d’approuver à l’unanimité – de façon temporaire pour une période d’essai – la récitation du rosaire de Marie. Le design, la couleur et le matériel des perles seront définis et confirmés à l’issue de la réunion annuelle de travail de la FIA. Actuellement, il n’existe aucune littérature médicale concernant des blessures dues à l’égrenage du rosaire.

CQFD


[1David Carradine, Ornementalism. How the British saw their Empire, Allen Lane, 2001

[2Charte olympique, Principes fondamentaux, article 1 (http://www.olympic.org/Documents/olympic_charter_fr.pdf)

[3Voir Jacques Gleyse, Dominique Jorand et Céline Garcia, « Mystique de "gauche" et mystique de "droite" en éducation physique en France sous la 3ème République » (http://recherche.univmontp3.fr/cerfee/article.php3?id_article=192).

[6Charte olympique, Règle 50, alinéa 3.


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