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Rock en scène à Séoul

dimanche 4 août 2013, par Arnaud Vojinovic

Depuis quelques années la jeunesse coréenne s’est découverte une passion pour les festivals de rock d’été. Mais aujourd’hui la concurrence est rude et l’offre pléthorique.

Séoul, 10h du matin ce samedi 27 juillet. Le soleil est déjà écrasant à cette heure de la journée et la moindre parcelle d’ombre est convoitée par les piétons. Les fans se pressent pour prendre la première navette au départ vers le Ansan Valley Rock Festival. 1h de bus avant de rejoindre pour moins de 10 € le site du festival qui se trouve au sud ouest de Séoul. C’est ainsi de multiples navettes qui partent de différents points de la mégapole pour transporter les festivaliers à Ansan. Suite à un clash avec Jisan qui accueillait le festival les années passées, le Valley Rock Festival s’est déplacé cette année à Ansan, un lieu pas très accessible.

Pourtant l’organisation menée par CJ E&M [1] est d’une rigueur irréprochable et assure depuis 2009 le succès de l’événement. Des locomotives étrangères pour attirer le chaland (Oasis, Radiohead, The Chemical Brothers par exemple pour les années précédentes) et de multiples groupes indies coréens. La journée trois scènes tournent en continu dont la scène principale qui accueillera les Têtes d’affiche. Scène principale amenée pour l’occasion d’Australie avec ses techniciens pour la monter. Malgré une organisation millimétrée, chaque année le festival joue de mal chance et compte un décès, telle une malédiction. Cette année c’est un ingénieur son qui est mort électrocuté lors du montage sur le site.

Dès 11h à l’arrivée des premières navettes, le village éphémère s’active. Le public est déjà nombreux, beaucoup d’occidentaux [2] mais aussi beaucoup de jeunes coréennes de moins de trente ans qui représente l’essentiel du public de la scène indie. A 13h, le premier groupe, Asian Chairshot, a la difficile tâche d’ouvrir la journée. Les groupes se succèderont de demi-heure en demi-heure, les scènes prenant le relais l’une après l’autre.

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Une ambiance festive avec ses codes. On est là pour danser, chanter et s’amuser.

Entre musiciens sur scène et public, cela en devient presque fusionnel. L’interactivité est le mot d’ordre. On chante, on danse. Les artistes communient avec leur auditoire en jouant sur les rythmes voire en les cassant. Les productions bien léchées des albums sont oubliées, les riffs de guitare sont ravageurs et l’énergie partagée ; le chanteur de N°1 Korean se laisse même tenter par un bain de foule semant la panique dans les rangs de la sécurité.

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N°1 Korean. Un ska/punk redoutablement efficace amené par 10 musiciens sur scènes dont 5 cuivres.

Tous les styles de musiques sont représentés au cours de la journée : rock bien sûr mais aussi K-pop, funk, post-rock, Metal etc... Les groupes prennent un véritable plaisir à jouer pour un auditoire survolté et à l’écoute. Lors de la prestation de Pia, ça « pogote » dans le public. Assez étonnant dans une société d’habitude si policée où le contrôle de ses émotions au quotidien est la norme. Même le très sage 3rd Line Butterfly qui a remporté le meilleur album de l’année au Korean Music Adwards se laisse aller et offre un véritable rock.

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Pia. 15 ans d’existence et un metal toujours aussi puissant.

A la tombée de la nuit, les scènes secondaires se taisent, laissant place à la scène principale qui accueille les deux guests stars étrangères : Stereophonics et Skrillex. Stereophonics n’arrivera pas à créer un contact avec le public coréen. La prestation est parfaite mais trop rodée et sans âme. Il manque ces appels au public, ces breaks surprenants et ces changements de rythme dont est si friand le public local.

Après une pause de 45 min c’est autour de Skrillex, un artiste de musique électro. Pas encore sur scène, un compte à rebours de 5 min est lancé. Seconde après seconde, le temps s’égraine. Pour un public si impatient tels que sont les coréens, c’est faire mouche du premier coup. Des images défilent dont un quartier de Séoul ce que remarque de suite les spectateurs. Le public est déjà survolté lorsque Skrillex commence son show. Mais ce qui aurait pu être un succès mémorable tourne au vinaigre en cours de la prestation. Au milieu des videos projetées plusieurs caractères chinois apparaissent les uns à la suite des autres : Ville, Région, Capital et la série se ponctue par un drapeau de l’Armée impériale japonaise ; le Soleil levant du Japon en guerre considéré dans la péninsule par beaucoup comme une véritable insulte [3]. Cela mît fin de suite à tout enthousiasme du public. Des guests, les festivaliers ne retiendront que la prestation de trois heures de The Cure la veille et celle époustouflante de Nine Inch Nails le lendemain.
A minuit, tandis que les navettes rapatrient une partie des festivaliers vers Séoul, le festival reprend et c’est maintenant deux scènes qui tournent en parallèle jusqu’à 4h du matin.

Mais si le succès est encore au rendez vous, l’éloignement et surtout la concurrence a pour conséquence une érosion du public. De 110 000 l’an passé, les organisateurs n’ont compté que 72 000 entrées cumulées (à l’évidence une échelle haute puisque les estimations "selon la Police" ne sont pas connues), la première journée avec The Cure en guest n’attirant à elle seule que 19 000 festivaliers. Et cette année les festivals sont nombreux. Le week-end suivant Ansan VRF, du 2 au 4 août, l’amateur de rock aura ainsi le choix entre le Busan Rock Festival (gratuit), Pentaport pas très loin de Séoul, Jinsan World Rock Festival (la municipalité qui a clashé avec les organisateurs des éditons précédentes a choisi d’organiser son propre festival). Une semaine après c’est encore Hyundai qui se paye l’ancien stade olympique en plein Séoul pour faire venir entre autre Metallica. A cette offre s’ajoute les festivals locaux, une simple scène sur la plage le temps d’une soirée comme à Nangneung. Si certains festivals sont financés par les collectivités locales, une offre trop large met en péril le difficile équilibre financier des organisateurs privés.


Repères :

[1Spécialisé dans la K-pop et l’organisation de tournée internationale, CJ E&M est rodé à ce genre d’événement.

[2Il est très rare d’ailleurs de voir autant d’occidentaux sur un même site

[3Récemment lors d’un match de foot opposant le Japon à la Corée du Sud, des supporters japonais, par provocation, ont agité un drapeau de l’Armée impériale. En réponse dans la tribune d’en face les supporters coréens ont déployé une immense banderole portant le message suivant : "Il n’y a pas de futur pour les gens qui oublient leur passé."

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(Yonhap News)

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