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Rouletabille chez les filles

jeudi 8 décembre 2011, par Vanessa Postec

Moins cher qu’un billet sur Air Japan, un roman instructif, plein de vivacité, de suspense… et de jolies filles faciles.

On peut ne jamais avoir mis les pieds en Asie, ne le regretter qu’à moitié, et aimer les livres édités par Philippe Picquier. A peu près tous, sans distinction. Dans ce contexte, affirmer que Les Mystères de Yoshiwara n’échappent pas au lot commun et que ce drôle de bouquin est aimable à l’égal de ses confrères relève de la tautologie. D’ailleurs, dans le cas contraire, il n’en aurait même pas été question.
L’avis émis, reste à causer du contenu, parce qu’avec les livres, ce qui importe in fine, c’est ce qu’ils ont dans le ventre, et pas les éloges qui les entourent. Même « (s’) il n’y a que des filles, des femmes et des enfants ignorants du monde, ou bien des bons à rien, qui se passionnent pour la lecture. » Mais c’est ici un autre débat, que seul l’un des intervenants du roman semble vouloir entamer…
Car il n’est pas question de livres dans le livre, mais plutôt de filles de joies dans des maisons closes. Ou pour être parfaitement exacts, de courtisanes. Ce qui ne change pas grand’ chose à la finalité de l’histoire, mais pas mal concernant son déroulement.

Vous voilà donc, lecteur au long cours, propulsé à Yoshiwara, quartier des plaisirs d’Edo, le futur Tokyo, au début du XIXe siècle. L’endroit a ses codes, ses rites, ses cérémonies d’initiation et ses secrets presque bien gardés. Si l’on se contente du tout-venant, c’est assez simple, mais si l’on vise le haut du panier, les choses se compliquent un peu, et mieux vaut disposer de temps, d’entregent et… d’argent.

Car les «  courtisanes sur rendez-vous », voyez-vous, sont plus proches de l’escort-girl que de la fille à soldats. C’est d’ailleurs de l’une d’entre elles, la meilleure d’entre toutes, une certaine Katsuragi, dont il est ici question. Un peu par défaut, un peu en creux, certes, car elle n’est plus là, mais toujours au centre de « l’affaire », cette affaire dont on ne saura rien avant les toutes dernières pages, sinon qu’elle mériterait une majuscule tant elle semble avoir ébranlé le petit monde de Yoshiwara.

« Nous sommes des bienfaiteurs de l’humanité »

Pour en remonter le fil, un mystérieux personnage –là encore, jusqu’à la fin, on ignore tout : ses motivations comme son identité- entreprend alors d’interroger les acteurs de ce théâtre pour grandes personnes : assistantes, intendants, geishas, clients, propriétaires de maisons closes, bateliers, tout y passe.
Et chacun de se livrer, avec ironie, détachement ou tendresse, à la confidence, à de surprenantes digressions, à de petits mensonges, de grosses omissions, et à quelques réflexions sur un ouvrage qu’il est bon de remettre cent fois sur le futon : « (…) Notre métier est considéré comme au-dessous de tout. Mais en réalité, qu’on le veuille ou non, nous sommes des bienfaiteurs de l’humanité. Réfléchissez : en fait ce sont les maisons closes qui achètent les filles, et ce sont leurs familles qui les vendent. Nous autres ne faisons que servir d’intermédiaire.  »
Pour le définir, ce livre, écrit par une femme, productrice et metteur en scène de pièces de kabuki, Matsui Kesako, couronné en 2007 par le prix Naoki qui récompense les œuvres de littérature populaire, on hésite, on tergiverse, on louvoie. Guide de voyage, roman policier teinté de picaresque, tragi-comédie historique drôlement fichue : c’est comme au resto japonais, il y a un peu de tout et c’est drôlement bon.

Si le genre reste flou, une chose est certaine : cette histoire vous a quand même plus de gueule et une autre classe que les aventures de Dodo la Saumure, que le « bunga-bunga » (onomatopée résultant du choc frontal entre un barbon et une midinette), ou que les prostiputes au ballon rond. Et puis ça tombe bien, un livre sur les maisons closes, alors que nos députés planchent une fois zencore sur la prostitution…


Repères :

Les Mystères de Yoshiwara de Matsui Kesako, Traduit du japonais par Didier Chiche et Shimizu Yukiko, Ed. Philippe Picquier, 304 p., 21,50 € (parution : octobre 2011)
www.editions-picquier.fr


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