Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

S’acheter un bout d’utopie

samedi 15 octobre 2011, par Les influences.fr

Société. Pour sauver Christiania, le plus grand squatt libertaire d’Europe, les hippies danois émettent des "actions du peuple".

JPEG - 3.9 ko
Le drapeau de la Commune libre de Christiania.

Depuis le 26 septembre 2011, la célèbre communauté libertaire de Christiania, en plein coeur de Copenhague (Danemark), peut se racheter par petits bouts, avec des "actions du peuple" dont les valeurs s’établissent entre 20 et 50 000 couronnes ( soit entre 2,70 et 6715 euros). Autant prévenir tout de suite : vous ne serez propriétaire de rien du tout, vous n’aurez même pas le droit à un joint de citoyen d’honneur, tout juste le partage d’une idée commune. Il s’agit seulement de racheter à l’Etat, cette ancienne base navale désaffectée et psychédélique depuis 1971, d’une surface estimée à 34 hectares et d’un prix établi à 76 millions de couronnes (environ 10 millions d’euros).

Les jeunes gens des années 1970 ont peut être dans leur placard, le beau-livre culte, depuis épuisé, de Christiania, publié par les éditions Parallèles. Village undergound, contre-société la plus aimable possible, la commune libre de Christiania a fêté ses quarante années d’existence agitée en septembre. Avec ses constructions sauvages et souvent inventives, son lac, son art de vivre et son accessibilité gratuite, sans oublier son marché à ciel ouvert du cannabis, ce jardin du Luxembourg hippie s’est imposée comme une utopie brinquebalante, mais bien réelle. L’écrivain anar et guide Jean-Manuel Traimond qui y a vécu entre 1976 et 1980, a publié un témoignage passionnant et précieux sur la mentalité de ses habitants, Récits de Christiania (Atelier de création libertaire, 1994).

La droite danoise des années 1990 a longtemps songé à se débarrasser de ce sparadrap psychédélique collé sur le front de Copenhague. Huit années de contentieux, de manifestations ont été pourtant soldées, le 21 juin dernier, par un deal passé entre les "Christianistes", ces héritiers des années 70, et le gouvernement. Une fondation achètera la plus grande partie de ce terrain au nom de la communauté de Christiania. Le magazine Politiken avait vu dans cet accord institutionnel du "pur bouddhisme : une synthèse de paix, d’harmonie et d’émancipation".

Son lac et son marché du cannabis à ciel ouvert

JPEG - 24.4 ko
Les lois pacifiques de Christiania.

La guerre civile urbaine aura sans doute été évitée, mais la polémique n’est pas terminée. Ainsi, pour une partie de l’opinion et de la presse danoise, comme l’important Jyllands-Posten, Christiania, un ramassis de parasites égoïstes, bénéficie d’une impunité agaçante : alors qu’historiquement Christiania a été fondée sur un terrain militaire squatté, le prix du mètre carré négocié à 469 euros est vraiment trop bas. Le journal commentait au lendemain de l’accord : "L’affaire illustre qu’il suffit que le vol soit assez important pour que le crime rapporte", et soulignait également à côté de la question irrésolue de la propriété, des problèmes persistants de drogues et une agressivité certaine des "Christianistes" à l’égard des touristes qui viennent en masse photographier les indiens urbains.

Reste que le compteur des "actions du peuple" sur le site de Christiania est encourageant : au moment où est écrit cet article, il indique la somme de 3,56 millions de couronnes (485 000 euros). Pour sauvegarder la dernière tribu d’Europe.


Repères :

www.christianiafolkeaktie.dk


Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.