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Sainte Simone de Beauvoir

samedi 5 juin 2010, par Emmanuel Lemieux

La philosophe n’était pas une grande fervente du care. Selon Karine Tinat, sociologue mexicaine du genre, Simone de Beauvoir donnait toute son attention à ses cadets, mais pas à ses aînés, non par empathie mais par goût du pouvoir.

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Simone de Beauvoir

La philosophe Simone de Beauvoir a eu le droit très tôt, dès 1945, à deux sobriquets : "Notre-Dame-de-Sartre" et "La Grande Sartreuse", comme pour l’assigner au rôle de gardienne du temple existentialiste. Or, dans une analyse originale publiée dans le N°2 de la revue du care et de la "proximologie", Réciproques, une chercheuse mexicaine, sociologue du genre et coordonatrice de la chaire Simone de Beauvoir à Mexico, Karine Tinat, file la métaphore sans ironie. Elle qualifie Simone de Beauvoir de "Grande Sauveuse", clin d’oeil à "Notre Sauveur, Jésus". "Cette définition semble a priori assez peu correspondre au personnage de Beauvoir quand on sait qu’elle a relaté avoir tenu très tôt à son indépendance et à une vie personnelle" convient la chercheuse qui souligne l’opposition de style avec la mère de la philosophe qui n’a su vivre que par et pour les autres.

Et pourtant, soutient K. Tinat, il y a chez Beauvoir un sens de l’abnégation, certain et singulier à la fois.

Simone de Beauvoir n’a jamais caché dans ses écrits son épouvante de la vieillesse et des corps affaiblis. Ce qui ne l’a pas empêché d’assister sa mère au seuil de sa vie, mais aussi un Jean-Paul Sartre très dégradé. Mais elle se conduit plutôt en "Grande Sauveuse" de ses cadettes, comme sa soeur Poupette, ou son élève Olga. Dans ses lettres à Sartre, elle nomme ses amies et anciennes élèves de "petites personnes aimables et faibles", "aux existences minables". Elle prend soin (care) d’elles, les console. Reste que la philosophe, souligne K. Tinat, a été moins guidée par l’empathie, mais bien par la question du pouvoir. En effet, dans son aide de l’autre, dans sa protection de plus faible que soi, Simone de Beauvoir y voyait le moyen d’exercer son pouvoir, "prouvant sa capacité à tenir le monde."

K. Tinat avance une scène originelle de cette attitude : "Durant son enfance qui a coïncidé avec la Première guerre mondiale, quand Beauvoir aimait se déguiser en infirmière, c’était pour ramasser les blessés sur le champ de bataille, mais jamais ne lui venait l’envie de les soigner." Conclusion de la chercheuse : "Dans le rapport à l’autre et le soutien qu’elle peut lui offrir, Beauvoir se sent moins attirée par l’acte de soin que par l’acte d’héroïsme." Grande Sauveuse, mais pas angélique.


Repères :

Lire : Revue Réciproques n°2
reciproques@gmail.com


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