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Salvador Dali, méthode streeartoïaque-fanatique

samedi 13 septembre 2014, par Jean-Luc Hinsinger

Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, appelez-le comme vous voudrez, mais de grâce, la version courte ! Salvador fera l’affaire…

L’individu arrive frais émoulu de Catalogne où son activité estudiantine ne semble pas rallier tous les suffrages. Faut dire qu’à ses yeux, le jury des beaux-arts de Madrid ne réunit pas les compétences pour apprécier son travail… L’antagonisme catalan face au centralisme madrilène par l’exemple !

C’est pourtant à Madrid que Salvador croise un fringant petit Français, amouraché d’une jeune et jolie Heidi. Lui, c’est JS… le Bach du pochoir ? Elle, c’est Jana, tout juste descendue des Alpes autrichiennes. Ces deux n’ont de cesse de produire un travail à quatre mains, projetant façades impersonnelles d’où émergent des personnages songeurs ou rivés à l’objectif. L’une de leurs œuvres montre une jeune femme face à une fenêtre, portant négligemment un appareil photo… Salvador s’en inspirera pour sa Jeune fille debout à la fenêtre face à un paysage maritime plus conforme à son esprit aventurier…

http://www.janaundjs.com/

D’un esprit transcendantaliste, profitant d’un bagage culturel commun – l’usage de la langue de Molière –, le sémillant Catalan prend la route de Paris sur les chaleureuses recommandations des deux pochoiristes.

En osmose avec son appétit de découvertes, Salvador découvre que l’art déserte ses lieux coutumiers pour la confrontation directe avec le passant, et – incroyable – cela se passe à la bonne franquette, en la calle ! Quelles sources d’inspiration… il n’a qu’à naviguer à vue pour enrichir le champ de ses possibles !
Au hasard de ses pérégrinations, nous ne retiendrons que quelques exemples éclairant la démarche de l’artiste.

Il y a Levalet qui utilise la capitale comme une scène dont l’usage lui semble réservé. Aux quatre coins de la cité, il laisse libre cours aux caprices d’un imaginaire débridé bien que respectueux du décor susceptible d’accueillir ses mises en scène. Le personnage central revêtu « du » pull rayé n’est que son double, le meilleur modèle qu’il puisse trouver ! Ce narcissisme séduit immédiatement Salvador dont la seule crainte existentielle est la mort par autosatisfaction. Aussi dans sa Métamorphose de Narcisse, œuvre inaugurale de la méthode streetartoïaque-fanatique, n’hésite-t-il pas à promettre un sombre destin au Narcisse mirant complaisamment son reflet aquatique.

http://www.levalet.org/

Vers la porte de Clignancourt, dans le quartier de la Moskowa, aux réminiscences de batailles napoléoniennes, il croise une faune colorée, portant la liberté en étendard, tentant de préserver les indigènes des démolisseurs et autres sauvages promoteurs immobiliers. Merci Mosko et associés pour vos tigres rugissants, Salvador les intégrera brillamment dans son Rêve causé par le vol d’une abeille

http://moskopeintreurbain.blogspot.fr/

Dans l’Est parisien, il rencontre des éléphants bleus !, étranges créatures grimaçantes, hôtes d’une jungle peuplée de déroutants compagnons sur roulettes, aux cornes arc-en-ciel… Ah, c’est du Bault, nostalgique de la nature aveyronnaise ! Et si leurs pattes s’allongeaient délibérément… quelle tentation ! Saint Antoine en fera les frais sous la palette de l’ami Salvador… L’effet est saisissant, de quoi redoubler d’effort ! Les éléphants, deux beaux spécimens verront le jour un peu plus tard sur toile… quant au rhino, il mériterait bien une déclinaison en 3D, et il l’obtiendra rehaussé de quelques dentelles aériennes, quoique « le moins que l’on puisse demander à une sculpture (de 3,6 tonnes), c’est qu’elle ne bouge pas » !

http://bault.tumblr.com/

On ne saura jamais si le débat sur le genre qui a secoué la société française, faisait suite au collage de Madame, s’exhibant rue de Beauce, une poutre métallique émergeant de sa jupette. Madame, auréolée d’un provoquant « Pourquoi Madame est un homme comme les autres » ! Et cet autre montage dadaïste : « Mais qui a décidé pour moi que je devais être une femme ? » Le tout signé d’une belle grosse paire de moustaches rouge sang ! Comment ne pas se saisir d’une telle opportunité. Sans coup férir, Salvador nous gratifie d’un Autoportrait en Mona Lisa, empruntant à Madame ses virils attributs et à l’adulé Léonardo la Joconde dont l’énigmatique expression laisse entrevoir quelques sous-entendus.

http://www.madamemoustache.fr/

Dans le 20e arrondissement, il fait de trop rares et discrètes apparitions. Une ombre portée sur le trottoir témoigne du passage récent de Pablo Delgado, artiste mexicano-londonien aux collages lilliputiens surréalistes. Tel un DJ, il mixe savamment mobilier victorien, peuple wellsien et faune inopinée… La voie royale pour Salvador, propice à toute extravagance dont les limites lui demeurent totalement insoupçonnées et présagent d’un avenir des plus renversants car « l’activité streetartoïque-fanatique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif ».

http://howardgriffingallery.com/artists/pablo-delgado

C’est sûr, Salvador a pour ambition d’ajouter son chapitre à l’histoire de l’art, usant de l’œuvre de ses maîtres comme tremplin dans sa conquête de l’irrationnel. Ce qu’il résume, franco, en une simple phrase : « Ceux qui ne veulent imiter personne ne créent jamais rien. »

Au train où vont les choses, nous pourrions bien le retrouver un jour au fronton du centre Pompidou… ¿ Quién sabe ?


Repères :

Contribution au livre-catalogue bilingue "Dali fait le mur – 22 artistes street art s’invitent chez Dali" (critères éditions) accompagnant l’exposition éponyme à l’Espace Dali jusqu’au 15 mars 2015.
Espace Dali, 11, rue Poulbot 75018 Paris. Ouvert tous les jours de 10h à 18h.
www.daliparis.com

Nunc Grenoble du 11 avril au 23 mai 2015


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