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Sarah Palin lance la révolution conservatrice du thé

dimanche 7 février 2010, par Emmanuel Lemieux

Droite sudiste contre néo-conservateurs. Dans la course au leadership intellectuel des opposants à l’administration Obama, l’ex-candidate à la vice-présidente des républicains a montré les dents à l’occasion de la première Convention nationale du mouvement Tea Party.

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Sarah Palin prendra t-elle la tête du mouvement tea party ?

Pour voir, samedi soir, Sarah Palin - qui a perçu 100 000 $ pour son discours de 45 minutes- à l’occasion d’un dîner au homard, il leur en a coûté 269 $. Qu’importe le prix, ces convives qui avaient déjà dû débourser 549 $ pour l’ensemble de la réunion, souhaitent devenir les fers de lance de la Révolution conservatrice à l’oeuvre pour contrer le règne de Barak Obama, "ce socialiste endurci" surnommé également "MaoBama".

Depuis jeudi 4 février et durant trois jours, le grand hôtel Gaylord Opryland de Nashville (Tenessee) est devenu l’institution des "révolutionnaires conservateurs" étasuniens qui ont lancé la première Convention national du mouvement Tea Party. Les organisateurs, dont le leader est un avocat de Nashville, Judson Phillips, sont réunis au sein du "Tea Time Nation". Le nom de ce rassemblement est une référence à la Boston Tea Party qui, en décembre 1773, lança la révolution américaine. Furieux contre les taxes imposées par la monarchie britannique, des colons du Massachusetts jetèrent à la mer leur stock de thé. A cette référence historique fondatrice, d’autres adeptes des tea parties rappelle aussi que le mot Tea peut être l’acronyme "Taxed Enough Already" (déjà assez taxés). Au confluent idéologique de ce mouvement, on distingue le courant populiste (qui n’est pas forcément conservateur aux Etats-Unis) mythifiant la pureté originelle du système politique et l’honnêteté de l’Américain moyen, et le néoconservatisme reaganien, fustigeant l’Etat.

"Nativistes", "birthers" et super-patriotes

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Rick Santelli, journaliste financier de CNBC, a été à l’origine de la proposition d’une tea party à Chicago pour protester contre la dilapidation de l’argent des impôts.

Egérie de ce mouvement sans en être pour autant, l’ex-candidate à la vice-présidence des républicains en 2008, ex-gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin qui, à 45 ans, est devenue commentatrice sur Fox News. Le GOP (Grand Old Party) espère d’elle qu’elle contienne ce mouvement débridé qui contestant de plus en plus des candidats républicains, jugés trop compromis par le système, pourrait faire perdre bien des élections au camp conservateur. Sarah Palin, aux yeux des tea parties, incarne la "stratégie sudiste" : c’est-à-dire les valeurs familiales, l’aversion pour les droits civiques et la discrimination positive en faveur des Noirs sur le marché de l’emploi. Dans cette mouvance très grass roots, émergent les "nativistes", ceux qui dénoncent en bloc l’immigration, et les "birthers", ceux qui soupçonnent Obama d’usurper son identité, sans oublier les super-patriotes.

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Glen Beck, l’un des animateurs-télés révolutionnaire-conservateur les plus écoutés du mouvement.

Depuis le retrait des néo-conservateurs qui ont dominé les deux mandats Bush, c’est la droite" jacksonienne ", isolationniste, racialiste, évangélique, que l’on entend le plus depuis un an, comme le décrit l’historien des idées Daniel Lindenberg dans son récent livre Le Procès des Lumières (Seuil, 2009). On l’a beaucoup entendu notamment lors de l’annonce du président sur sa réforme du système de santé.

Ce mouvement qui s’est propagé en 2009 à travers des tea parties informelles protestant contre la politique d’Obama, a ses héros médiatiques tels le chroniqueur de la chaîne financière CNBC, Rick Santelli qui explosa en direct contre la dilapidation de l’argent des contribuables et réclama une tea party à Chicago. Glen Beck, ex alcoolique et mormon fondamentaliste, anime également des talk-shows sur Fox News qui exaltent avec succès ces "révoltes populaires".

Si le "Tea Time Nation" vient de vivre son heure de gloire, d’autres tea parties lui font concurrence, comme le "Tea Party Patriots" de Chicago et le "Tea Party Express" de Californie, qui lui attend le mois de mars pour se faire connaitre à travers une vaste campagne contre la remise des déclarations d’impôts le 15 avril. Les mois à venir diront s’il s’agit d’une flambée populiste comme en connait en réaction tout président démocrate, ou bien si les tea parties constituent un mouvement idéologique de fond.


Repères :

Lire en rubrique Dico des intellos : Daniel Lindenberg


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