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Se délivrer du vieux modèle

samedi 2 novembre 2013, par Thierry Jeantet

Les lignes de clivage, positives, commencent à apparaître entre le capitalisme- libéralisme et l’économie sociale et solidaire.

Les urgences sociales et environnementales font l’objet de soins fort inégaux de la part des institutions internationales et des Etats. La succession de réunions et de colloques relative au climat sont une illustration du fossé existant entre quelques bonnes intentions et objectifs affichés et la réalité quotidienne. L’absence de grands sommets internationaux sur les questions sociales en sont une autre. Comme si de trop nombreux dirigeants politiques, malgré une prise de conscience des enjeux considérés, restaient prisonniers des vieux schémas véhiculés par le modèle capitaliste et libéral. Avec une incapacité à tirer les conséquences des résultats négatifs de celui-ci. Il est inquiétant de constater que les dégâts humains et écologiques connus et reconnus ne conduisent pas plus les responsables politiques à réagir et donc agir pour corriger le cours des événements. Ils restent , encore souvent, accrochés aux raisonnements et réflexes obsolètes par habitude et peur du changement. Leur faux réalisme les amenant à considérer comme utopie tout ce qui sort du système longtemps dominant.

Cette attitude freine pour ne pas dire empêche les réformes nécessaires. Des règles du jeu nocives persévèrent sans être modifiées autrement qu’à la marge. Les baromètres demeurent les mêmes. Tokyo, Rio, Copenhague… autant de rendez-vous aux effets limités ou manqués. Un entassement de rapports pertinents pour proposer l’adoption de nouveaux outils de mesure des richesses créés restés sans suite… Le monde est encore guidé, pour une large part, par l’observation des seuls résultats financiers, boursiers, au mieux commerciaux. Beaucoup moins par ceux des progrès humains et environnementaux possibles. Le potentiel de hausse des marchés boursiers est défendu voire claironné quand les secousses des indices sociaux sont à peine mentionnées.

Une nouvelle crise… nécessaire ?

Cette résistance à imaginer et construire l’avenir autrement est forte et à vrai dire consternante. Les catastrophes dites naturelles, les catastrophes sûrement industrielles, les inégalités sociales… ne suffisent-elles pas ? Les révoltes contre la faim, les secousses politiques et révoltes citoyennes n’ont-elles pas non plus été éclairantes ? Les tensions et violences à travers le monde, pas plus ? Là encore il y a un abîme entre tous ces signes de fractures et les paralysies qui frappent des dirigeants complices du vieux système ; toujours au nom de la « prudence » et du « pragmatisme ». Avec cette idée obsédante qu’il faut d’autant plus cultiver l’immobilisme que dans le passé, le capitalisme – libéralisme a porté des fruits indéniables. Avec cette peur de provoquer de nouveaux craquements sans se rendre compte que le système se mange déjà lui-même. Alors ? Qu’attendre ? :Une nouvelle crise s’ajoutant aux précédentes ? de quelle nature : alimentaire, sociale, climatique, financière… ? Où tout à la fois ?.
C’est à se demander ce que cherchent à obtenir certains acteurs politiques et d’ailleurs économiques ? Poser toutes ces questions relève-t-il de la provocation ? Il n’en est malheureusement rien. Des scénarios précédents porteurs de révoltes peuvent se répéter et s’amplifier considérablement, brutalement. Le niveau d’alerte est déjà élevé. Il n’est guère rassurant de penser que G8, G20 et autres G pourront continuer à s’égrener sans jamais vraiment prendre de décisions transformatrices. Il n’est pas plus encourageant de savoir que le rôle social et environnemental d’ institutions de l’ONU tels que le BIT ou le PNUE n’est pas intégré dans les choix d’autres institutions mondiales à caractère commercial ou financier. Le pragmatisme, le réalisme n’exigent-ils pas de changer, réformer ? La vraie modernité n’est-elle pas à ce prix ?

Objectifs Politiques du Millénaire (O.P.M)

Les raisons de « bouger » sont loin d’être restreintes à celles évoquées. Les profondes mutations sociologiques, culturelles, techniques d’un bout à l’autre du globe sont, au moins, aussi importantes. Elles contribuent à bouleverser vigoureusement les données de la mondialisation. Soulevant des réactions contrastées allant de l’enthousiasme au rejet suivant les moments et territoires. Allant d’une internationalisation à dimension citoyenne à la renaissance de nationalismes et extrémismes notamment religieux. Cela a déjà été souligné.

Dans cette période où les Objectifs de Développement pour le Millénaire (O.D.M) sont en discussion, il apparaît indispensable de s’interroger sur les mutations politiques devenant incontournables. Sans évoquer immédiatement les aspects institutionnels de cette question, comment ne pas souhaiter un renversement des objectifs et repères ? Comment ne pas demander que les politiques ouvrent les yeux sur les initiatives, réalisations, projets à « contre-courant » ou plus encore porteurs de « nouveaux courants », autant de nouvelles voies citoyennes, sociales, écologiques autant qu’économiques. Et échangent plus, entre eux, à ce sujet. Un certain nombre étant d’ailleurs, d’ores et déjà, en rupture ou semi-rupture avec le système capitaliste-libéral et testant d’autres modèles. Le pragmatisme, le réalisme doivent amener les uns et les autres à jauger, évaluer, considérer, les nouveaux types de développement et d’activités humaines et aussi d’organisation des activités humaines (notamment des entreprises).

Il est heureux de pouvoir évoquer quelques frémissements. En prenant pour exemple l’économie sociale et solidaire. Jusqu’à une période encore récente, ce modèle a été regardé de loin, avec soit commisération soit franche hostilité. Elle payait ainsi sa propre discrétion. Mais la vraie raison étant une sorte d’impossibilité de responsables politiques mais aussi économiques de croire que des valeurs de la démocratie, égalité, solidarité, propriété collective étaient compatibles avec un monde ouvert et concurrentiel. Avec aussi une certaine frayeur à l’idée qu’un autre modèle pouvait s’affranchir des règles du capitalisme, boursières, de propriété actionnariale. Il a fallu du temps à des élus, ministres, chefs d’Etat, pour comprendre que l’économie sociale et solidaire n’est pas un ensemble plus ou moins sauvage aux marges du système dominant. Ce n’est toujours pas totalement admis. Mais des avancées importantes ont été relevées au fur et à mesure des sommets et travaux du Forum International des Dirigeants de l’économie sociale et solidaire / Les Rencontres du Mont Blanc : des lois ont été votées en Argentine, Equateur, Espagne, Portugal… portant sur l’ESS, ou sont en projet comme en France, ou évoquées comme au Maroc. Des Ministères ou des Agences de Développement ont été créées dans plusieurs de ces pays et d’abord au Brésil. L’ESS est donc, de part le monde, intégrée à des politiques nationales et fait l’objet de créations de postes administratifs et/ou ministériels. C’est un fait nouveau, important. Il autorise à dire que ce modèle prend peu à peu sa place et correspond à de nouvelles attentes. Les lignes de clivage, positives, commencent à apparaître entre le capitalisme- libéralisme et l’économie sociale et solidaire. Cette dernière étant issue d’initiatives collectives souvent ancrées sur des territoires, gérées de façon démocratique, portant un modèle de partage autant des responsabilités que des résultats et fondée sur un mode de propriété original alliant indépendance et solidarité. L’Economie Sociale et Solidaire se posant donc en réponse aux blocs de crises nées du vieux système qui a été souvent créatif mais accouchant de plus en plus de désordres sociaux, sociétaux, environnementaux ; et tout autant économiques et financiers. L’Economie Sociale –forcément solidaire-se voulant innovante et régulatrice . Cette dernière facette étant sans doute aujourd’hui mieux perçue par les politiques et plus largement les citoyens en quête autant de nouveaux équilibres que de dynamisme. Mais le chemin demeurant à parcourir est certainement long. La reconnaissance officialisée de l’ESS dans un nombre croissant de pays est une excellente nouvelle. Il est impossible de s’en contenter. Elle doit s’accompagner d’une insertion de l’ESS dans l’ensemble des dispositifs et plans d’action politiques. Ce qui est loin d’être le cas. Cela doit être un des Objectifs Politiques du Millénaire(O.P.M) !. Rêve ou Obligation ? Ardente obligation certainement ! De nouvelles définitions de la croissance, de la mondialisation, ne pourront prendre leur sens – en particulier – qu’ à cette condition. L’ESS doit donc exposer franchement son ambition « Politique » sans prétendre être unique. Non pour « monopoliser » mais pour s’affirmer et convaincre. A elle d’attirer sur son terrain les politiques et d’autres acteurs voulant « changer de cap ». Social et Ecological friendly and not only Business friendly  !


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