Influenceurs Le dico Idéathèque Couveuse Panorama

Sfar n’est pas éternel

vendredi 3 mai 2013, par Pierre Pelot

Un premier roman ? Disons son bloc-notes sans talent et sans intérêt

GIF - 3.3 ko

Joann Sfar, à la base, est un auteur de BD, dont on aime ou pas les histoires, affectionne ou déteste le dessin, et personnellement je ne me range pas dans la catégorie des afficionados de ses albums que j’appellerais plutôt des sortes de carnets de croquis foutraques jetés à la va-vite. Mais Sfar fait aussi des films, d’animation et autre, il cause à la radio, il donne son avis sur l’art et sur tout, dans tous les sens et à toutes occasions, il parle essentiellement de lui, c’est le rail central de sa rhétorique. Voilà qu’en outre il a écrit un roman, l’Eternel, qu’il «  entre en littérature », comme je l’ai lu quelque part. Qu’il y entre, si l’on veut, mais alors comme on fraude, par une porte dérobée et sans payer sa place sur les gradins. «  Le premier roman de Joann Sfar », nous dit-on encore. Sauf que non. Ce n’est pas un roman. C’est un ramassis jeté sur le papier, qu’on pourrait croire davantage dicté qu’écrit, et mal écrit, brassant des formulations approximatives et des tournures à la va comme je te pousse, et qui nous poussent, pauvres de nous, au tournis. Ainsi lit-on qu’un vampire juif «  volait sans bien maîtriser les courants aériens  », que désireux de se pendre pour re-mourir, Ionas, le vampire en question «  entendit claquer ses vertèbres cervicales et se dit que s’il les percevait, c’est qu’il n’était toujours pas mort… il ouvrit des yeux hébétés, fit « ouille » et resta un moment ainsi, à se balancer au bout du chanvre tressé. » Ça n’en finit pas. Du début, dans une succession de scènes de guerre russo-allemande et de parties de jambes en l’air russo-russes d’un des frères-héros juifs ( on nous le répètera souvent ) et quelques filles à la cuisse légère. C’est la guerre donc, un des frères ( le gentil romantique) meurt, se réveille sous les cadavres, mort comme tout le monde et vampire de surcroît devenu, quelle idée ? tandis que l’autre frère rentre à la maison et se tapera ( dans les saillies du langage narratif ) , la fiancée du gentil-vampire… qui revient lui aussi après un moment d’errance récupérer son dû… ouf. Tout ceci, au fil de pages qui sont davantage une suite de propositions hâtives de situations abracadabrantes incrustées dans un contexte juif d’époque, plus à l’aise dans une bande dessinée que dans un roman écrit. Ecrit, si le terme convient, et il ne convient pas.

Il donne son avis sur l’art et sur tout, dans tous les sens et à toutes occasions, il parle essentiellement de lui, c’est le rail central de sa rhétorique

Quant à l’histoire et ses péripéties… Son intérêt va s’amenuisant, et l’effort de poursuivre, pour ma part, s’écroulera à la page 173, avec l’envie d’aller voir au-delà des horizons futurs en perspective anéantie par tant de navrantes situations étirées avec une désinvolture coupable, une approximation criminelle de la langue qui demanderait à être maniée avec un minimum de respect et d’efficacité. On se fiche de ses deux frangins juifs presque ennemis, l’un vampire, l’autre pas, de ces femmes prétendues héroïnes d’une nunucherie caricaturale, de leur histoire péniblement suivie à gué jusqu’au milieu du cours de leur lit, et on se fiche aussi de là où ces personnages de carton nous conduiront… Peut-être que Sfar un de ces quatre va nous adapter ça pour le cinoche, ou bien en tartiner une comédie musicale, il n’a pas encore touché, semblerait-il, au genre.
Mais pour le roman, non merci et au secours.


Repères :

- L’Eternel, de Sfar, Albin Michel.


Poster un nouveau commentaire
Disponible en librairie ou sur notre boutique

Boutique
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.