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Si Golden Lady m’était contée

vendredi 28 octobre 2011, par Vanessa Postec

Nick Barlay, auteur d’un roman qui. Qui déroute et fascine, entre outre-noir et travail sur la langue.

On ne dira jamais assez le potentiel érotique d’une paire de collants. Même si le mésusage qu’en font certains, amateurs de touche-pipi solitaire, peut se révéler, après coup, d’une remarquable dangerosité. C’est du moins ce qui ressort des conclusions de la police de Leipzig, lorsque le corps -puisque d’esprit, il n’y a plus- d’un homme est retrouvé dans une chambre d’hôtel, avec pour toute compagnie une paire de collants et un quartier d’orange. Non seulement l’homme en question semble s’être livré, dans un accès de fièvre érotique, à une auto-strangulation, mais il en est mort. Sans doute. Peut-être.
Car Vincent (le mort) n’est peut-être pas exactement celui qu’il disait être et il n’est sans doute pas mort comme il paraît l’être. Toutes choses qui, dès les premières pages, s’avèrent bien utiles pour égarer le lecteur -qui ne le sera jamais plus que Joy, la veuve de Vincent, La femme de l’homme qui, sorte d’Alice paumée dans un pays sans merveilles, shootée au lithium et à l’eau-de-vie de prunes, anorexique-boulimique qui vacille entre crise d’angoisse et crise d’hypoglycémie, hésite entre instabilité et indécision, avec une tendance marquée et chronique pour le manque de volonté.

Une Alice sans ses merveilles, shootée au lithium

Joy a des problèmes avec la nourriture, mais pas seulement : "Il était une fois, cette histoire sinistre à laquelle tu avais eu droit, l’histoire de ce Russe, Korsakoff, et de sa psychose. Il avait réussi à prouver que la prise d’alcool à jeun provoquait une carence en thiamine et conduisait à des lésions cérébrales, et tu ne te souvenais pas pourquoi parce que tu ne pouvais pas te souvenir."
Vincent avait des problèmes avec l’alcool ; coup de chance, Joy et Vincent n’eurent pas l’occasion de mettre en commun beaucoup d’autres addictions. Car à la mort de Monsieur, le jeune couple n’a partagé que six mois de vie commune ou, plus exactement, quelques brefs moments (pour l’essentiel, des parties de jambes en l’air alcoolisées) entrecoupés de longs déplacements. Et puis aussi une montagne de non-dits et une pelletée de mensonges, puisque Vincent, censé travailler pour une grande firme de cosmétiques, avait quitté son poste quatre mois plus tôt. Sans rien en dire à son entourage, mais cela va de soi.
Il y a là-dedans les ingrédients (mais pas la recette) du roman noir, des mystères qui tissent leur toile dans l’Europe sans frontières d’aujourd’hui, tout un puzzle à reconstituer, mais ce n’est pas vraiment là le propos de La femme d’un homme qui, du britannique Nick Barlay, génial styliste classé par le magazine Granta parmi les vingt meilleurs romanciers de sa génération (il est né en 1963) et de son coin du monde.
Premièrement : parce que le mystère de Joy prend rapidement le pas sur celui de son époux aux bas noirs. Et dernièrement : parce que l’intérêt du roman n’est pas là, mais dans les dialogues hachés, les pensées qui tournent en (et pas) rond, le "tu" que le romancier emploie pour parler de Joy ; parce que la force de ce texte réside toute entière dans une langue qui est le calque d’un esprit en dérangement, morcelant et se répétant mille fois, comme si, mis bout à bout, les petits morceaux de Joy touchaient au but ultime de la littérature : la justesse. C’est un roman étrange, déroutant, fascinant, La femme d’un homme qui. Qui quoi ? Mais lisez-le, bon sang !


Repères :

La femme d’un homme qui, de Nick Barlay, Traduit de l’anglais par Françoise Marel, Quidam Éditeur, 368 pages, 22€. Sortie : octobre 2011

www.quidamediteur.com


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