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Skinheads, une histoire anglaise

dimanche 3 juin 2012, par Vanessa Postec

Dans la veine sociale-réaliste d’Irvine Welsh, John King signe le grand roman de la culture skin et de son terreau, le prolétariat britannique.

Vous, je ne sais pas, mais pour moi, un skin, c’est un grand mec au crâne tout nu, avec son lot de tatouages et quelques svastika pour faire bonne mesure, un bombers, des rangers et une chaîne de vélo pour fracasser tout ce qui est un poil plus bronzé qu’un abricot anémique. Pas la peine de crier au scandale, aux clichés, aux préjugés, là-bas dans le fond. J’en ai bien conscience, mais je me soigne. Et j’ai même lu Skinheads de John King, l’auteur, entre autres bouquins, de Football Factory, et pendant anglais d’Irvine Welsh.

J’y ai appris, dans ce roman à la Zola (pour le côté naturaliste, parce que pour le reste, il aurait fallu qu’il naisse îlien et bien plus tard) que non seulement les skins pensent, mais qu’ils écrivent aussi. Et plutôt bien, merci. J’y ai appris aussi que ce ne sont pas forcément de sales types. Oh, certes, il y a des abrutis, chez eux comme ailleurs, des grandes gueules prêtes au coup de boule, mais il y en a aussi des plutôt sympas, qu’on prend le temps d’écouter, histoire de comprendre un peu mieux cette drôle de (contre ?) culture anglaise et prolétaire, née dans les années 1960, en complète rupture avec le mouvement hippie.

« Il ne comprenait pas (…) tous ces hippies cradoques, ces rockers décadents qui se baladaient avec de la saloperie partout sur la gueule et des espèces de racines de mangrove leur pendant le long du dos »

Skinheads étant un roman, Skinheads a une intrigue, une poignée de personnages principaux, et pléthore de figurants. Il y a Terry English, la cinquantaine pas très en forme, propriétaire d’une société de taxis, passionné de billard et skin de la première heure ; Lol, son fils qui navigue entre culture skin et culture skate ; et Ray, le neveu du premier, nourri à la colère et à la baston, pas le plus finaud de la bande. A travers eux, à travers trois générations, on découvre que le cliché de départ a du plomb dans l’aile, et qu’il s’agit là, avant et par dessus tout, d’une poignée de gars de la classe ouvrière qui possèdent en commun une culture et quelques fétiches.

Voir. Une passion pour le ska, ce dérivé du reggae dans lequel s’enracine le mouvement ; un goût certain pour la bière qu’ils vomissent sur l’Europe avec entrain, eux qui aiment l’Union Jack plus encore que le foot ; un penchant pour les DcMartens rutilantes, et la castagne à l’occasion. Ils sont fiers de leur pays, les skins, ils sont fiers de leurs sapes, et de leurs coupes de cheveux façon green de golfe.
Alors forcément, il y en a avec qui ça ne passe pas. Mais alors pas du tout : « Il ne comprenait pas (…) tous ces hippies cradoques, ces rockers décadents qui se baladaient avec de la saloperie partout sur la gueule et des espèces de racines de mangrove leur pendant le long du dos. Il avait l’esprit ouvert, croyait en la démocratie, à la liberté pour chacun et chacune de s’exprimer de la manière qui lui convenait (…), mais n’empêche qu’ils étaient dégueus, infects, puants, flemmards, des rats.  »
On peut ne pas aimer les 501, les chemises Fred Perry et Ben Sherman, ou même l’Angleterre, mais on ne peut plus, après avoir lu Skinheads, les détester tous en bloc. Je ne partirai sans doute pas avec eux en week-end, c’est vrai, mais je ne traverserai peut-être plus la rue en les croisant. Ce qui n’est déjà pas si mal, et réduit considérablement le risque d’accidents de la circulation.


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