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Sois sportive et cache-toi

mardi 19 octobre 2010, par Pascale Colisson

Femix, association de réflexions d’ex-athlètes de haut niveau, fête ses dix ans, et rame toujours autant pour valoriser l’image médiatique de la sportive.

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Sarah Bouhaddi, gardienne de but à l’Olympique Lyonnais (Darius-Lesinfluences.fr)

En 2009, Sarah Bouhaddi, Gaétane Thiney, Corine Franco et Elodie Thomis ont fait l’événement. Elles ont accepté de poser nues sous la phrase : « Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? », et bénéficié ainsi d’une couverture médiatique qu’elles n’avaient jamais connue. Accessoirement, Sarah Bouhaddi, Gaétane Thiney, Corine Franco et Elodie Thomis, font partie de l’équipe de France féminine de football, celle-là même qui vient de se qualifier cet automne pour la Coupe du monde 2011. Mais ce ne sont pas leurs performances sportives qui leur ont ouvert les colonnes des médias. Et elles ne sont pas les seules à être enfermées dans un système de représentations où leurs valeurs sportives disparaissent derrière les courbes de leur féminité.

Depuis dix ans, l’association Femix’sports (Femmes Mixité Sports) a décidé de porter ces débats et de secouer instances sportives et médias. Créée en 2000 à la suite des premières Assises nationales Femmes et Sport, organisées par la Ministre de la Jeunesse et des Sports, Marie-George Buffet, elle regroupe des femmes et des hommes (dirigeants, cadres, éducateurs, chercheurs, sportifs) experts ou intéressés par la place des femmes dans le sport, et motivés pour faire bouger les lignes. Le mouvement est porté par une majorité de femmes, la plupart ex-sportives de haut niveau. Le constat de départ : les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer des activités physiques et sportives (9% en 1968, 2 sur 3 pour les plus de 15 ans contre 4 hommes sur 5 en 2003, d’après l’Insee). Mais le sport féminin diffère encore sensiblement du sport masculin, qu’il s’agisse des disciplines choisies, de l’intensité des activités au cours de la vie (elles s’arrêtent à la maternité et reprennent plus tard), des lieux de pratiques ou encore de l’engagement dans la compétition. Au 31 décembre 2009, 37 % des sportifs de haut niveau inscrits sur les listes ministérielles sont des femmes.

Compétition : les femmes hors jeu

« On constate que les femmes pratiquent davantage de sports dits d’entretien. Est-ce, comme je l’entends si souvent, parce qu’elles sont moins attirées par la compétition ou tout simplement parce qu’elles ne sont pas les bienvenues dans certains clubs et certaines disciplines ? Le genre détermine-t-il l’aptitude au sport ? » Danièle Salva, l’actuelle présidente, a été professeure de gym et a mené en parallèle des études de sciences éco. Elle a occupé ensuite un poste au ministère de la Jeunesse et des Sports où elle s’occupait de finances et de statistiques avant de rejoindre le ministère de l’Education Nationale. Retour à la Direction du sport, au bureau des Fédérations multisports pour travailler sur l’emploi et l’insertion des sportifs. En 2005, elle rejoint le CIO en tant que responsable nationale du dossier Femmes et Sport et devient également la secrétaire générale du réseau européen Femmes et sport. Bref, elle sait de quoi elle parle et elle le fait savoir, en particulier en organisant des colloques qui secouent les idées reçues. Le dernier sur l’excellence sportive au féminin a eu lieu à l’Insep (Institut national du sport de l’expertise et de la performance) en septembre 2010 et a rassemblé de nombreux responsables de fédérations, qui ont fait état des avancées réalisées dans certaines disciplines. Pour les autres, c’est cartons rouges, dûment consignés dans la rubrique du même nom sur le site internet de l’association.

Sports de filles versus sports de garçons

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Corinne Franco, footballeuse à l’Olympique Lyonnais (Darius-Lesinfluences.fr)

Les filles dont on parle, on les retrouve en gym, tennis, athlétisme, natation, des sports individuels et connotés esthétiques. Pourtant, les femmes pratiquent le cyclisme, le football, le rugby ou le basket mais elles sont quasi invisible de la sphère médiatique, à l’exception des handballeuses. « Je voudrais dire que nous, sportives, avons la même rage de vaincre, de gagner, de travailler, de serrer le poing comme jamais », assène Allison Pineau, élue meilleure joueuse de handball du monde en 2009, dans la préface du livre « L’année du sport féminin, édition 2010 ». Laurence Fischer, karatéka la plus titrée en France (plusieurs fois championne du monde en individuelle et en équipe) se souvient de cette année extraordinaire, en 2000 où les filles comme les garçons ont décroché le championnat du monde en équipe. « Les garçons ont été encensés et pour nous, aucun retour. Pour être reconnue, il faut travailler et se battre trois fois plus. »

Modélisées et peopolisées

La mise en scène journalistique des sportives diffère totalement de la façon dont, en général, est présenté le sportif et commenté de sport masculin. C’est leur vie privée et leur forme ou esthétique corporelle qui sont plus souvent discutées, bien plus que ne le sont leurs performances. Laure Manaudou symbolise par excellence ce traitement médiatique. « La beauté des corps ne fait pas l’identité du sport et son objet n’est en rien la séduction », s’insurge Chantal Amade-Escot, présidente d’honneur de Femix Sports, ancienne internationale, championne d’Europe de ski nautique.

La vision de ce que doit être le modèle sportif est toujours portée par ceux qui en tiennent les rênes, à savoir les hommes. « Ce qui fera bouger les lignes, c’est l’évolution de l’encadrement », affirme Dominique Petit, ex-capitaine et ex-entraîneur national de l’équipe de France de volley. Cette adhérente de Femix Sports a été la première à accéder au poste de DTN (Directeur technique national) dans une fédération olympique. Elle fut également chargée de la formation à l’Insep et directrice de la délégation Sport et Société au CNOSF (Comité national olympique et sportif français). « Aujourd’hui, encore trop peu d’entraîneurs nationaux sont des femmes et elles sont d’office en charge d’équipes féminines ou de cadets. »

« Une olympiade femelle serait inintéressante, inesthétique »

Une situation qui prend racine dans les fondements même du sport. « Historiquement, les femmes sont exclues du monde sportif, monde où les hommes se retrouvent pour échapper à la sphère féminine, rappelle Olivier Villepreux co-auteur avec Etienne Labrunie de l’ouvrage « Les Femmes dans le sport »*. C’est le principe du club britannique. » Un principe verbalisé par une figure célèbre, Pierre de Coubertin, fondateur des JO modernes à Athènes en 1896 : « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et, ne craignons pas d’ajouter, incorrecte. » Bien sûr, aucune femme ne participait à ces tout premiers J.O. En 1900, deux femmes se présentent dans les disciplines du golf et du tennis. Au fil des années, la participation des femmes aux Jeux Olympiques d’été, toutes nations confondues, s’est accrue, atteignant 42% aux Jeux de Pékin en 2008. Aux J.O d’Athènes de 2004, elles ont remporté 17 médailles sur les 33 françaises, soit plus de la moitié.


Repères :

Les femmes dans le sport, de O. Villepreux et E. Labrunie, Actes Sud Junior, octobre 2010.

www.femixsports.fr


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