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Sous le pont de Neuilly coule la mémoire à pic

lundi 17 octobre 2011, par Les influences.fr

Malgré le travail précis d’historiens et d’associations, le maire de Neuilly-sur-Seine s’oppose à la commémoration des massacres de manifestants algériens et français survenus le 17 octobre 1961.

Dimanche 16 octobre 2011, des municipalités de l’ancienne "ceinture rouge", Asnières, Clichy, Colombes, Gennevilliers, Nanterre et Argenteuil ont commémoré le 17 octobre 1961. C’est le rappel d’un événement historique qui, grâce aux historiens et au travail tenace d’associations, gagne en netteté depuis une vingtaine d’années. Il y eût quelques tentatives de sensibilitations dans les années 1970 et 80 (l’historien Pierre Vidal-Naquet, des dossiers de Libération et du Monde), mais le précurseur inattendu de cette mémoire revivifié fut un polar de Didier Daeninckx : Meurtres pour mémoire, exhuma en 1984 ces massacres noyés dans l’oubli collectif. Ce mardi 17 octobre 1961, à l’appel de la fédération de France du FLN (grande vainqueur de sa rivale le MNA considérée comme trop réformiste), près de 30 000 manifestants, dont près de 10 000 habitants de la boucle nord des Hauts-de-Seine, beaucoup de familles endimanchées, protestaient contre le couvre-feu imposé depuis le 5 octobre. Vers 18 heures, après le rassemblement pacifique à Opéra, c’est la curée. Ceux qui convergeaient tranquillement vers Paris furent violemment stoppés par les forces de police, sur ordre du Préfet de police Maurice Papon. Stoppés avec sauvagerie et débordement. Des ponts de Paris, furent ainsi jetés à la Seine des dizaines de manifestants. Durant des semaines, on repêcha des cadavres au fil de l’eau, jusqu’au Havre. On estime, selon les sources, qu’il y eût entre 80 et 200 victimes, (une centaine pour l’historien Benjamin Stora). C’est de cette répression qu’a surgi le terme de "ratonnade".

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Manifestant algérien au soir du 17 octobre 1961.

"Les Algériens de retour dans leurs banlieues, feront le triste compte des absents, des disparus, dans cette nuit tragique. 11538 Algériens seront interpellés dans la soirée du 17 octobre 1961, décrit la journaliste Samia Messaoudi, animatrice de l’association Au nom de la mémoire, en pointe depuis des années sur l’étude de cette journée. La Préfecture de Police procède à des réquisitions. Les « parqués » sont conduits sans ménagement, par des autobus réquisitionnés de la RATP, vers le stade de coubertin, le Palais des sports de la porte de Versailles, ou à Vincennes… "Les jours qui ont suivi, d’autres commandos de la préfecture s’organisent, rappelle encore Samia Messaoudi. Le 20 octobre a lieu une manifestation des femmes et enfants qui réclameront la libération de leur père et mari. Elles aussi seront arretées et conduites dans des centres d’accueil réquisitionnés.
Des expulsions ont été décidées dès le 18 octobre. A grand renfort de « charters » les Algériens seront éloignés du territoire. Conduits dans des bus de la RATP ils seront renvoyés en Algérie, dans des camps de regroupement.

Une histoire et un FLN qui font toujours polémique

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Manifestants parqués.

En 2001, pour les 40 ans de cet épisode tragique de l’histoire contemporaine, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait inauguré une plaque installée sur le pont Saint-Michel : "A la mémoire des nombreux algériens lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961". Une manifestation avait ainsi retracé le trajet emprunté par les Algériens en 1961, parcourant les grands boulevards, s’arrêtant devant le grand cinéma le Rex, rejoignant le boulevard St Michel.
Depuis dimanche, la cartographie de Nanterre s’est ainsi enrichie d’un boulevard du 17-octobre 1961. Mais la commémoration du cinquantenaire, ce 17 octobre, n’aura pas lieu sur le pont de Neuilly comme prévu. partant du principe qu’il ne s’agit pas d’une manifestation officielle, Jean-Christophe Fromantin, maire (DVD) a signifié que son pont ne serait pas un enjeu mémoriel. Celui qui a humilié Nicolas Sarkozy et fait mordre la poussière à ses pistoleros en lui ravissant la mairie, a connu des inspirations plus autonomes.
Il n’y aura pas non plus de plaque officielle apposée à Colombes, la mairie (PS) s’étant vu signifier un refus catégorique de la part du Conseil général des Hauts-de-Seine (UMP) qui ne l’autorise pas à installer de tel objet sur le domaine public départemental. Dans son édition du 15 octobre, Le Parisien fait également état des propos de Nicole Gouetta, ancienne maire de Colombes et conseillère général UMP, qui, tout comme le Conseil général des Hauts-de-Seine l’a expliqué en ces termes : " Cette commémoration n’a pas lieu d’être. Souvenons-nous que les gens du FLN étaient des terroristes à l’époque. Coupables d’assassinats de dizaines de milliers de harkis et d’attentats contre nos forces de police. C’est trop facile de transformer l’histoire cinquante ans après…  »
« L’exigence de vérité nous impose aujourd’hui, plus que jamais, de lutter contre l’oubli, réclame de son côté la journaliste et éditrice Samia Messaoudi, qui, avec le sénateur (PS) David Assouline, a fondé l’association Au nom de la mémoire.
Restent pour ce 50e anniversaire, des livres, mais surtout un documentaire passionnant et sachant maintenir la distance, de Yasmina Adi, "Ici on noie les Algériens", constitué d’archives le plus souvent inédites et encore le plus souvent à couper le souffle, que l’on pourra voir en salles, à partir du mercredi 19 octobre.


Repères :

Site du film documentaire "Ici on noie les Algériens", de Yasmina Adi :

www.icionnoielesalgeriens-lefilm.com

Sur notre site, lire également "17 octobre 1961 : mémoire en cases" (18 octobre 2011)

www.lesinfluences.fr/17-octobre-1961-memoire-en-cases.html

Lire également :

Meurtres pour mémoire, de Didier Daeninckx, Folio (1984).

Octobre noir, de Didier Daeninckx et Mako, Adlibris,
Le 17 octobre des Algériens, de Marcel et Paulette Péju, analysé par Gilles Manceron, La Découverte, Paris, 194 pages, 14 euros.

Au nom de la mémoire, dimanche 23 octobre 2011 à partir de 15 heures à la Belleviloise :
www.labellevilloise.com

15h-16h : projection du documentaire « le silence du fleuve » (52 mn) de Mehdi Lallaoui et Agnès Denis
Suivi d’un débat avec Mehdi Lallaoui, Olivier le Cour Grandmaison, universitaire

17h -18h30 : Présentation de l’ouvrage « 17 octobre, 17 écrivains se souviennent » en présence de nombreux auteurs.

Les rencontres seront animées par Samia Messaoudi, journaliste, association Au nom de la mémoire et Mohammed Ouaddane, de l’association Trajectoires

Lire également entretien avec l’historien Gilles Manceron :
www.bastamag.net/article1825.html


Par Vaduzle 25 octobre 2011 : Sous le pont de Neuilly coule la mémoire à pic

Je vous conseille la lecture de l’ouvrage : " Les ratonnades d’octobre". Par Michel Levine
Editions Jean-Claude Gawsewitch 2011.

En octobre 1961. A Paris, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police et chef de la répression, instaure un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. Les conditions de vie deviennent infernales pour des milliers d’hommes et de femmes.
En protestation contre ces mesures qui rappellent l’occupation nazie, le F.L.N. organise le 17 octobre une manifestation pacifique. Aussitôt, Papon "chauffe ses troupes". La machine à tuer est en marche…On retrouvera des centaines de cadavres dans la Seine.
Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera longtemps. Pour la première fois, on dévoile ce qui était ignoré de l’historiographie officielle ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins.
Michel Levine revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire des évènements d’octobre 1961.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).


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le 19 octobre 2011 : Sous le pont de Neuilly coule la mémoire à pic

Vient de paraître : " Les ratonnades d’octobre". Par Michel Levine
Editions Jean-Claude Gawsewitch 2011.

En octobre 1961. A Paris, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police et chef de la répression, instaure un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. Les conditions de vie deviennent infernales pour des milliers d’hommes et de femmes.
En protestation contre ces mesures qui rappellent l’occupation nazie, le F.L.N. organise le 17 octobre une manifestation pacifique. Aussitôt, Papon "chauffe ses troupes". La machine à tuer est en marche…On retrouvera des centaines de cadavres dans la Seine.
Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera longtemps. Pour la première fois, on dévoile ce qui était ignoré de l’historiographie officielle ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins.
Michel Levine revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire des évènements d’octobre 1961.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).


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