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Tardi, la guerre par la main

lundi 3 décembre 2012, par Pierre Pelot

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On avait bien remarqué, lu et vu, déjà, Jacques Tardi, lorgnant vers les sombres pages de la guerre. Des pages tournées, sous sa plume, son pinceau, avec cette jubilation un rien fascinée qui pousse le visiteur à ne pas faire de halte dans le paysage, sur le bord du chemin, avant le bout fini de la balade, parfois sonné, fourbu, en tous les cas ravi à cœur. On savait ça. On avait fait bien des promenades aussi, en temps de paix cette fois, en compagnie d’Adèle, de Polonius, de Nestor, dans les décors de la capitale à qui les lourdeurs de la pierre autant que du dessin n’interdisent pas l’élégance. Ailleurs, encore, toujours en grasses noirceurs et blancheurs éclatantes. Il y a mijotant dans les albums, dans le dessin, les histoires de Tardi, un bonheur à partager qui n’appartient à personne d’autre, pourtant… et pourtant le partage faisant que c’est un bonheur nôtre.

Ici, cela s’appelle « Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag 2B  ». C’est le journal, les cahiers de son père que le fils raconte et met ici en images. Des cahiers que le père a écrit pour réponse aux questions posées, et non posées, du fils. Moi, René tardi… et René Tardi parle de sa guerre, pour laquelle il s’est engagé, dans laquelle il est allé piloter dans un tank ( on dit un char ! ) afin de mettre le Reich à terre, ces putains de nazis à la poubelle. Sa guerre, son épopée guerrière, va s’achever douze jours après l’offensive, un 24 mai 1940. Prisonnier. Il écrit : « Nous nous étions battus, mon mécano et moi. Nous avions reçu l’ordre de détruire l’ennemi. Nous avions obéi… et ce 22 Mai 1940, un mercredi, au petit matin, à l ‘orée d’un bois, nous venions d’être fait aux pattes. C’était à Mons-en-Chaussée, près de Péronne, dans la Somme. Mon père avait été blessé dans ce coin 25 ans plus tôt. Moi, j’avais vingt-cinq ans et je venais de recevoir comme un coup de massue derrière la tête.  » Prisonnier. Dans un camp de Poméranie. Quatre ans et huit mois, d’un enfer quotidien de froid, de faim, de peur et de colère, d’amitiés forgées au fer des horreurs ordinairement insoutenables. Tardi, fils de ce père-là, raconte. Dessine l’aventure paternelle, se met en scène à son côté, lui qui n’était pas né encore, pose les questions qu’il posera plus tard, ou pas. Lente, lente succession des jours, des brimades de tous crins, des espoirs pourtant qui ne s’éteignent pas. Jours noirs et blancs, c’est le dessin qui le veut, autant que la vérité vécue. Magnifique.

Un témoignage sans aucun doute hors pair, et qui vaut tous ceux qui n’étaient construits et rapportés que de mémoires transmises sur le bout de mots écrits. Le livre est donc superbe, sonore et pesant des terribles paroles qui font son contenu. C’est un premier tome. Car au sortir du Stalag 2B, la liberté n’est pas encore tout à fait déterrée de la boue.


Repères :

Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIB (T.1), de Tardi, Casterman, 188 pages, 25 euros. Publié : novembre 2012


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