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Tomates couillues

dimanche 10 octobre 2010, par Arnaud Viviant

"Tomates" de Nathalie Quintane, aux éditions POL : Viviant cultive son jardin politique.

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Nathalie Quintane (photo : ©Olivier Roller)

Attention, amigo ! Ne te laisse pas berner : il y a en ce moment en librairie un petit livre, signé du réactionnaire Richard Millet, qui s’intitule Tarnac (Gallimard) — un signifiant insignifiant — et qui ne parle pas du tout, arnaque, de Tarnac… En revanche, il y a un autre petit livre qui s’intitule Tomates, signé de la novatrice Nathalie Quintane et qui, lui, parle bien de Tarnac, de Julien Coupat et de « l’insurrection qui vient  », même s’il évoque aussi la culture des tomates, les lectures publiques, et le fascisme qui ne vient peut-être pas, ou qui vient, allez donc savoir... Il ne faut pas utiliser les mots à tort et à travers. Quel rapport, me direz-vous ?

Justement, ce que Nathalie Quintane travaille dans ce texte, avec classe, des envolées terre-à-terre, humour, c’est justement le rapport. Ce rapport entre tout et le reste qui fonde une historicité, une époque, la nôtre par exemple. « Tomates » (le texte) pousse donc naturellement.

« C’est-à-dire que leur tige, surgeons ôtés, s’était dilatée et munie d’un duvet tout du long, et qu’aux fleurs de petites boules avaient crû, petits pois plus ronds de jour en jour, peau brillante et bien tendue, de la taille à présent de couilles posées l’une sur l’autre — je me souviens qu’en argot portugais on appelle tomates (tomatech’) les testicules. »

Tomates est effectivement un petit livre couillu. Qui, sous ses airs de ne pas y toucher, avec « une intellection sensible  », c’est comme ça que Quintane dit et voit les choses, repose à sa manière, plus éclatante qu’éclatée, la grande question léniniste : que faire ? Et, d’abord, puisqu’elle est écrivain, et pas n’importe quel, un écrivain issu d’une famille d’ouvriers agricoles, de ceux qu’à la fin du XIXème, reprenant une idée de Marx, Emile Pouget appelait « l’ouvrier-pommes de terre  », comment écrire un texte politique, sans tomber dans le grand style classique, comme Guy Debord (et Julien Coupat) ?

Comme faire aussi un livre politique, agissant, quand les institutions littéraires sont devenus des opérateurs culturels, des sortes « d’agence de tourisme spécialisée en programmation d’événements à forte valeur ajoutée » où « lire est une fête », forcément ? Et puis, dans cette course de lenteur entre l’insurrection qui vient et le fascisme qui vient, l’insurrection qui ne vient pas et le fascisme qui ne vient pas non plus (nous sommes encore en démocratie, non de nom !) comment s’organiser politiquement ? En discutaillant peut-être, comme le fait ici Quintane avec le philosophe Jean-Paul Curnier sur les émeutes en banlieues... « De toute façon, les seuls livres vraiment intéressants, c’est ceux qui sont lus par la police  », écrit Quintane. Il n’est pas sûr que la police lise Tomates. Bien sûr, posons encore une fois que celle-ci aura tort.


le 19 octobre 2010 : Tomates couillues

Pier Paulo Quintane ?


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