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Un diplôme, un travail : l’incertitude

lundi 5 juin 2017, par Audrey Minart

Fabienne Maillard, La fabrique des diplômés, Lormont, Le Bord de l’eau, septembre 2015, 106 p., 8 €

Société. Difficile désormais de décrocher un travail, sans avoir obtenu le parchemin supposé ouvrir cet accès, tel Moïse la Mer rouge. C’est ce fétichisme ou cette « injonction au diplôme » que décortique et dénonce Fabienne Maillard, sociologue et professeur des sciences de l’éducation à Lille3, dans son essai, La fabrique des diplômés. Pas de diplôme, pas de poste. L’entreprise n’a plus le temps de former. « Accepter que l’adaptation au poste de travail nécessite quelques mois, ce qui était la règle dans les entreprises jusqu’à il y a peu, ne fait plus partie des moeurs managériales. » Tout individu est désormais considéré comme responsable de son parcours de formation (et donc de son accès ou non à l’emploi), voire coupable en cas d’absence de diplôme. «  Selon cette approche, le chômage résulterait moins d’un problème économique ou de demande de travail que de l’incompétence des individus. »

«  la création d’un diplôme répond à des intentions plurielles, toujours exprimées au nom de besoins eux aussi très divers. L’emploi n’y est pas toujours le premier objectif, malgré ce qui en est dit. »

Le fait social massif est que la formation et la certification sont souvent présentées comme des solutions à tous les problèmes économiques et sociaux, notamment face à l’incertitude de l’emploi. Une véritable « illusion » selon cette sociologue qui, pour aller au delà des critiques récurrentes portant sur l’inflation et donc la baisse de valeur de la multitude de parchemins remis chaque année à nos chères têtes blondes, remarque que la manière dont ils sont créés, modifiés ou supprimés, peut a minima poser question. Son constat vient entre autres de l’observation du travail des commissions professionnelles consultatives (CPC). Celles-ci rassemblent des représentants des pouvoirs publics, des organisations patronales, des organisations syndicales ainsi que des « personnes qualifiées », tels que les syndicats enseignants ou fédérations de parents d’élèves. Ces quatre collèges de dix membres proposent, discutent et votent les décisions relatives aux diplômes professionnels, du CAP au BTS. Problème : « il y a loin du modèle à son application ». La sociologue souligne notamment que le monde productif est inégalement présent selon les commissions, faute de savoir quels porte-parole choisir, ou faute de temps à consacrer par ces acteurs à ces activités. Certaines professions, comme le secrétariat par exemple, n’attirent absolument pas l’attention.

L’auteure insiste également sur la diversité des acteurs présents dans ces commissions : «  la création d’un diplôme répond à des intentions plurielles, toujours exprimées au nom de besoins eux aussi très divers. L’emploi n’y est pas toujours le premier objectif, malgré ce qui en est dit. » Et d’en conclure à « l’imprécision et la labilité » de la notion de « besoins ». « Son caractère approximatif apparaît d’autant plus grand lorsqu’on se réfère aux travaux de prospective des emplois, dont les erreurs s’accumulent avec constance. » Difficile non seulement de prévoir quels emplois pourraient être créés demain, mais aussi, par conséquent, d’adapter les diplômes à un environnement professionnel très changeant. Bref, la «  fabrique des diplômes  », dans sa forme actuelle, mériterait au minimum d’être discutée.

Fabienne Maillard va plus loin : « Toutefois, dès lors que cette instrumentation s’inscrit dans toute une série de recommandations assorties de menaces sur la « durabilité » de l’individu en tant que travailleur, il paraît difficile de ne pas associer l’expansion des certifications et des certifiés à celle de la précarité de l’emploi.  » Et pourtant, comme s’il n’existait pas d’autre solution pour consolider les parcours professionnels, et bien que la « fabrique des diplômes » ne soit pas suffisamment débattue, elle n’en aurait pas moins, selon la sociologue, «  de belles perspectives de développement devant elle ».
Définitivement : pense ton diplôme d’abord.


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