Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama



Un pacte sans aucun combattant

lundi 12 novembre 2012, par Christian Harbulot

Les mesures gouvernementales pour la compétitivité partent d’une bonne intention, avec des résultats probables à moyen terme. Mais pour aller où ?

JPEG - 25.6 ko

Le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi du Premier ministre Jean-Marc Ayrault part d’une bonne intention : la nécessité de reconstruire une industrie forte. Il contient une série de mesures d’accompagnement qui peuvent aboutir à quelques résultats sur le moyen terme. Mais il ne répond pas à l’attente d’une population de plus en plus influencée au quotidien par le degré d’urgence et le niveau de dégradation de notre économie et de nos emplois. On attendait une vision stratégique et on doit se rabattre sur un catalogue de mesures en partie voilé par les annonces fiscales.

Sans exiger de Hollande qu’il se hisse au niveau d’une pensée gaullienne, il semble vital que le pouvoir politique ait aujourd’hui une posture qui dépasse les clivages politiciens. Un pacte implique un accord entre des individus, des groupes voire des Etats. Commençons par la fin, qui est sans aucun doute la dimension la plus stratégique de cette définition. L’Europe est indissociable du devenir de l’économie française. Or l’Europe ne figure même pas dans la toile de fond de la réflexion gouvernementale. Citons deux exemples parmi d’autres sur lesquels on attendait a minima une pensée de type mollétiste (c’est-à-dire l’héritage d’une SFIO qui se battait). Comment la France peut-elle amener l’Europe à penser de manière unitaire sur la limitation des dépendances énergétiques ou sur la création d’une industrie numérique indispensable pour préserver une autonomie culturelle dans l’économie de la connaissance (l’application etunes U d’Apple sur l’i-phone renvoie à une masse écrasante d’universités américaines) ? Notons au passage que l’Allemagne joue seule avec la Russie dans ses accords gaziers et tourne de facto le dos à l’Europe sur un sujet vital. Angela Merkel cède aussi du terrain sur le modèle éducatif européen sous la pression américaine.

Sur le plan national, personne n’est dupe de la langue de bois. Le problème de l’industrie française est structurel. Depuis la fin des années 60, les grands groupes du CAC 40 ont abandonné pour la plupart d’entre eux tout lien organique avec le devenir de la France en tant que tel. Les ramener dans une logique de pacte implique un message fort que François Hollande est pour l’instant incapable d’émettre. Prenons un dossier qui touche de près la sensibilité des électeurs si chère aux partis politiques : la France doit conserver la maîtrise de son économie de la santé, ce qui implique une industrie pharmaceutique qui ne pilote pas comme Sanofi (le dernier grand laboratoire français) son avenir sur l’unique objectif d’une marge de bénéfice annuel supérieure ou égale à 10% après impôt. Les délocalisations à finalité purement spéculatives, les possibles ruptures d’approvisionnement en médicaments, les errances marchandes de groupes pharmaceutiques qui ont oublié que leur fonction première est de fournir des médicaments pour soigner des malades. Tous ces éléments relèvent d’une politique de combat menée par le pouvoir politique. Et l’image du pacte est d’autant plus symbolique pour faire face aux intérêts financiers et des corporatismes qui sont des forces nuisibles aux besoins des Français.

Les PME et les territoires sont les orphelins d’un système écrasé par le ressenti des grandes écoles et le rapport de vassalité que les grands comptes entretiennent avec les petites entreprises. Sur ce point essentiel, le passage du PS à une version sociale démocrate ne changera rien. La concrétisation du Pacte passe par le bas de la pyramide et par une lutte sans merci contre la vampirisation financière du système dominant. L’aile gauche du PS, Mélenchon sans parler du PCF et de l’extrême gauche devraient être l’aiguillon de ce combat patriotique au bon sens du terme. Mais leur camisole de force idéologique les rend totalement inopérants pour la mise en œuvre d’un pacte qui relève de la survie économique de ce pays.


Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.