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Un petit sortilège littéraire de Milena Agus

jeudi 29 mars 2012, par Vanessa Postec

Friandise douce-amère, son nouvel opus est un bonheur féerique à savourer entre deux giboulées

Ceci n’est pas un livre (ce n’est pas une pipe non plus) : c’est un oxymore ; la dernière fantaisie mélancolique de Milena Agus, cette joyeuse sorcière sarde qui connut, en 2007, un ébouriffant succès avec Mal de pierres, en France d’abord, puis en Italie, et enfin un peu partout ailleurs –elle est désormais traduite en 26 langues. Pour dire la même chose de manière un peu différente, La comtesse de Ricotta est un petit texte étrange baigné d’ombre et de lumière, une singulière, excentrique et délicieuse histoire de famille et d’amour(s).

Côté famille, elles sont trois sœurs, plus quelques pièces rapportées : un enfant, un mari, une gouvernante et un chat. Précisons que « Les trois sœurs ne s’appellent pas réellement de Ricotta. C’est la cadette qu’on appelle ainsi, parce qu’elle est maladroite, des « mains de ricotta », et parce que la réalité entière blesse son cœur fragile, un cœur de ricotta, lui aussi.  » Les deux autres, Noemi, l’aînée, magistrate plus raide que la justice, qui voue son existence à la restauration du palais familial juché sur les hauteurs de Cagliari, comme Maddalena, bombe latine à la libido explosive que son utérus désespérément vide désespère, justement, n’ont pas de surnoms. Seulement de drôles de personnalités.

Côté amour(s), c’est un peu plus complexe : Noemi semble être tombée toute petite dans une bassine de répulsif ; Maddalena, elle, est heureuse en ménage, c’est même peu dire, mais elle le serait plus encore si elle pouvait chérir un petit d’homme à la place de son félin miniature. La comtesse de Riccota, enfin, à trop penser aux autres, a multiplié les histoires d’un soir, forcément malheureuses, et en a même eu un petit garçon, gamin bégayant et un peu louche, a priori mauvais partout sauf au piano.

« Au fond, la seule bonne idée, c’est celle du suicide. Dommage que ce soit l’hiver, elle ne peut pas s’exercer à la noyade en mer. »

Alors forcément, lorsque le neveu de la gouvernante, venu rafraîchir la façade décatie du palazzo semble s’intéresser (et même un peu plus) à celle de Noemi, la petite troupe en est toute émoustillée. Il ne manque plus qu’un bébé pour Maddalena, un amoureux pour la comtesse de Ricotta, et un copain pour son fils. A force de travaux pratiques pour la première, et par la grâce d’un voisin bienveillant pour la seconde, capable de chasser les idées noires de la comtesse (« Au fond, la seule bonne idée, c’est celle du suicide. Dommage que ce soit l’hiver, elle ne peut pas s’exercer à la noyade en mer  »), cela pourrait bien arriver. Peut-être. Parce que La comtesse de Ricotta a beau être un conte, ce n’est pas un conte de fées. C’est une histoire simplement formidable, pleine de vie, d’idées, et de poésie. Et comment elle y est arrivée, Milena Agus, à tirer d’un petit rien cette parenthèse joliment saugrenue ? On ne sait pas vraiment, et on ne cherche pas vraiment à le savoir. Parce que Milena Agus est une sorcière sarde. Et qu’il est tout à fait déconseillé de chercher à percer le mystère des sorcières sardes.


Repères :

La comtesse de Ricotta de Milena Agus, Traduit de l’italien par Françoise Brun, Ed. Liana Levi (Paris), 128 p., 13,20 € (Parution : mars 2012)
www.lianalevi.fr


Par Agnès Oroscole 9 avril 2012 : Un petit sortilège littéraire de Milena Agus

Quelle belle critique, découverte au fil d’une errance sur la toile !
J’en ai lu d’autres, du coup, dont celle du deuxième roman de Dinaw Mengestu, aussitôt noté dans mes tablettes de lectures à venir.

Bravo pour vos chroniques, elles ont un ton, une patte, et elles donnent envie de lire, c’est si rare ! sans livrer pour autant la substantifique moelle des bouquins commentés.

Découverte par la même occasion d’un site qui est tout sauf bien pensant, et on ne peut plus stimulant. Pas mal comme chasse aux œufs pour un lundi de Pâques !

- Agus

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Anis,  le 7 avril 2012 : Un petit sortilège littéraire de Milena Agus

Un très joli article sur cette sorcière et ses livres que j’aime particulièrement attentive à ne pas rompre les enchantements.

- Enchantement

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