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Un politologue dans le collimateur d’un conseiller de l’Elysée

mardi 16 février 2010, par Emmanuel Lemieux

Politique. Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy et PDG du cabinet d’études Publifact, poursuit en justice le politologue Alain Garrigou pour des propos tenus dans Libération. A t-il calomnié ou bien s’est-il exprimé dans le cadre de son travail de chercheur, protégé par la loi de 1984 ?

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Le politologue Alain Garrigou en s’interrogeant sur les pratiques d’un conseiller de l’Elysée, a t-il émis une opinion ou bien une hypothèse de chercheur ?

Expert contre expert. En novembre dernier, le quotidien Libération, dans le cadre d’une enquête sur la polémique concernant la commande et la consommation industrielle de sondages par l’Elysée, interviewe Alain Garrigou. C’est un professeur de sciences politiques à l’université Paris-X-Nanterre, et auteur notamment d’un petit classique de sociologie politique, L’Ivresse des sondages (La Découverte, 2006). Il a été interrogé en qualité d’universitaire reconnu pour ses travaux socio-historiques sur les sondages.

Le plaignant, Patrick Buisson qui est conseiller politique du président de la république, et par ailleurs PDG du cabinet d’études Publifact, gros pourvoyeur élyséen de sondages, réclame lui 100 000 euros de dommages intérêts, en voyant rouge sur ces propos :
"Pourquoi l’Elysée paie-t-il beaucoup plus cher en passant par lui (P. Buisson/Ndlr) au lieu de les acheter (les sondages/ndlr) à moindre prix directement ? Et pourquoi laisser Buisson se faire une marge de 900 000 euros sur son dos ? Soit, c’est un escroc, soit c’est un petit soldat qui constitue un trésor de guerre pour payer des sondages durant la prochaine campagne électorale sans que ce soit visible dans les comptes de campagne du futur candidat Sarkozy."

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Patrick Buisson, ancien directeur de la rédaction du Crapouillot, de Minute et de Valeurs actuelles, chroniqueur à LCI, directeur de la chaîne Histoire, directeur du bureau d’études Publifact, et conseiller politique de Nicolas Sarkozy, a t-il été calomnié ?

Ligne de défense du chercheur et de ses nombreux soutiens : les propos recueillis par le journal Libération, le 6 novembre 2009, étaient de l’ordre de l’expertise émise oralement. Cet argument a son importance : La loi de 1984 sur l’enseignement supérieur garantit la liberté de chercher et de s’exprimer, sans réserve dans l’exercice des métiers et des pratiques de la recherche. Or, ces dispositions très libérales qui reconnaissent officiellement une liberté de recherche et d’expression sans doute plus grande pour un chercheur en sciences humaines et sociales qu’un journaliste, semblent être remises en question. Ainsi, l’affaire qui amène la professeure de littérature comparée Hélène Morel-Indart devant la justice sur une plainte de l’avocat et expert en propriété intellectuelle Bernard Edelmann qui s’estime calomnié dans une étude, relève de la même question : un chercheur a t-il le droit de s’exprimer et de publier ses hypothèses ou le fruit de ses travaux en dehors de son enceinte habituelle ?


Repères :

Sur notre site, lire également :
Hélène Morel-Indart a t-elle le droit de publier ses recherches ?


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