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« Quelle idée du moment avez-vous envie de défendre ? »

Un renouveau de ce que nous sommes

mardi 13 janvier 2015, par Thomas Batzenschlager

L’idée que j’ai envie de défendre en ce moment tout comme hier et demain, n’est pas de moi.

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Thomas Batzenschlager vit à Valparaiso (Chili). Il est architecte, graphiste, philosophe et « habitant temporaire ».

Tout d’abord, je pense que les idées ne devraient pas être « du moment ». C’est une position radicale, bien entendu, mais je suis intimement convaincu que, pour qu’une idée existe dans toute sa puissance, elle doit dépasser dans ses perspectives d’actions, un instant défini et fermé, un moment. Une idée est le germe d’une vision, et une vision consiste à dépasser l’horizon originel des choses : se projeter plus loin que le présent - faire naître la possibilité d’un grand changement.

En ce sens, l’idée que j’ai envie de défendre en ce moment tout comme hier et demain, n’est pas de moi. Elle vient des penseurs de la modernité - dans le sens du mouvement moderne d’après guerre - qui esquissèrent un renouveau dans la définition de ce que nous sommes et comment devrait être notre environnement. Je parle plus précisément des architectes modernes, dont le rêve fut malheureusement teinté d’échecs puis d’un rejet qui a amené aujourd’hui à des situations critiques : la crise des banlieues en est le principal témoin. Ces architectes, ces penseurs avaient foi en une idée radicale de la démocratie et de la transparence, de la liberté et de la valeur humaine : ils pensèrent que, à travers la définition de l’environnement dans lequel nous vivons - à travers le design, l’architecture et l’urbanisme - on pourrait donner corps à un monde d’égalités et de justice entre les hommes. Bien que les images des tours et barres des banlieues soient aujourd’hui associées à des événements négatifs, elles étaient tout d’abord des expériences lesquelles l’homme était confronté à la société de façon directe, vivant tous dans le même appartement, et partageant de gigantesques et luxuriants espaces publics.

Bien que je puisse partager de nombreuses critiques face aux visions du mouvement moderne, j’’ai envie de défendre le rêve inachevé des penseurs du modernisme : c’est une idée qui à besoin de temps pour se concrétiser et qui fut amputée avant de pouvoir démontrer son véritable potentiel : l’espace public. Défendre l’espace public, comme le centre d’une nouvelle pensée moderne, c’est continuer cette même vision - sans pour autant devoir redéfinir entièrement la société et son environnement. Les événements de ces dix dernières années, les mouvements en Espagne, en Turquie, en Syrie ont démontré que c’est dans l’espace public que s’exprime l’homme et c’est aussi cet espace qui aujourd’hui fait défaut : espace de répression, espace pollué, espace privatisé.

Défendre la nécessité d’espaces publics de qualité, pensés pour l’homme libre c’est défendre directement le droit des hommes et apporter une aide - limitée, ajustée depuis les tranchées de l’architecture - à la construction d’un monde plus juste.


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