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Un requiem américain pour Sarkozy

mardi 8 mai 2012

Politique. No exit de Philip Gourevitch, Editions Allia et www.thepariser.fr. Testament pour le président minuscule d’une puissance très moyenne.

C’est un court texte, coupant, qu’il faudra relire en 2017, prochaine élection présidentielle, pour vérifier si sa pertinence ne s’affaiblit pas avec le temps. A l’aide d’outils tranchants de précision, le journaliste américain Philip Gourevitch équarrit la politique française, la mentalité nationale un peu rassis de l’époque et surtout le désormais ex président qui va avec. Ce long article intitulé No exit ("Sans Issue") a d’abord été publié dans la boucherie ultrachic du New Yorker en avril 2011.

La première partie claque comme les talons du hussard de campagne. On y voit un Maréchal d’Empire parvenu afficher sa vulgarité sans gêne aucune et dormir dans les literies du palais de l’Elysée, sans se déchausser pour autant. Grinçant Gourevitch : " Sarkozy est un personnage si singulier qu’il peut sembler facile à caricaturer, mais la caricature se repaît d’exagération, et Sarkozy est tellement outrancier qu’il laisse peu de marge au caricaturiste. (...) Aujourd’hui, Sarkozy se présente à la réélection comme un outsider. Ce qui revient à dire, de fait, qu’il s’affronte lui-même."
Même si bon enquêteur, Philip Gourevitch a cerné sa proie avec les témoignages et les analyses plus ou moins connues de personnalités telles que le philosophe Pascal Bruckner, le romancier Marc Weitzmann, Jacques Attali, Franz-Olivier Giesbert ou le banquier Mathieu Pigasse, c’est leur assemblage subtil qui fait tout le sel de ce petit requiem. Requiem pour un président fascinant. Requiem aussi pour une identité française qui se cabre sous le sentiment d’ insécurité de la mondialisation.

"Le sarkozysme est un surréalisme. C’est fascinant cette capacité de dire tout et son contraire"

Car au fond, quelle est cette France qui a (très bien) élu en 2007 "un bâtard" social comme président de la République, selon les propres mots de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi s’est-elle entichée, se demande encore l’observateur américain, de cet OVNI culturel qui n’aime ni le vin, ni le fromage qui pue, n’a pas effectué le parcours obligé du sérail de la République. Suprême aversion française, il ne cultive pas un goût prononcée pour la haute culture et plus sordide encore, il n’est pas complexé par l’argent et ses usages contrairement à tout président français qui doit s’en désoler en terre catholique et hypocrite pratiquante. Théorie plus risquée, Gourevitch suggère aussi que les origines juives du président auraient pesé dans la balance de la défiance croissante à son égard.

Que restera-t-il du sarkozysme ? No exit se termine dans le noir oxydé, en résumé de ce quinquennat vite carbonisé. Dominique de Villepin a l’avant-dernier mot de la fable : "le sarkozysme, c’est le mariage, sur la table de dissection, de la machine à coudre et du parapluie. Le sarkozysme est un surréalisme. C’est fascinant cette capacité de dire tout et son contraire." Pour Philip Gourevitch, cette figure contradictoire et brouillonne du pouvoir qu’incarna Sarkozy n’est jamais que le reflet pathétique en son miroir français. "La politique est pour la plupart l’art pas du tout glamour de rabacher des compromis, mais les hommes politiques français ont tendance à adopter le langage de la crise, des ultimatums et des choixc binaires fatidiques, remarque l’auteur. En fond sonore, on joue toujours La Marseillaise  : aux armes, citoyens, ou périssez sur l’échafaud. Et pourtant, alors que, désormais, l’Europe traverse la crise existentielle la plus grave qu’elle ait connue depuis un demi-siècle, une prudence timorée s’est emparée des débats politiques." La crise économique a fini par rattraper un président bravache de presse people qui s’est révélé surtout en président minuscule d’une puissance de plus en plus moyenne.


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