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Une araignée dans « Le Placard »

samedi 29 juin 2013, par Arnaud Vojinovic

Allons droit au but : « Le Placard » n’est pas un roman facile à aborder. Livre paradoxal, en faire une critique relève de la gageure. Pourtant l’auteur est reconnu, apprécié par ses lecteurs et les professionnels, raflant entre autre un prix littéraire et une adaptation au cinéma pour un autre de ses romans.

La genèse du livre débute tel un roman. Pour fuir ses débiteurs Kim Un-su (김언수) trouve refuge en montagne. Etre le lauréat du prix Munhakdongne pourrait lui permettre de payer une partie de ses dettes. Les jours sont comptés : 43 jours avant le dépôt du manuscrit. De sa cachette « Le Placard » prend forme et au final lui permet de remporter le premier prix de ce concours littéraire. Une anecdote étonnante et paradoxale comme tout ce qui touche ce livre.

Paradoxal, car difficile d’approche, « Le Placard » ne peut pas être conseillé avec un tout simple : "Lis le, cela va te plaire". Ceux qui ont eu la chance de se plonger dans l’univers de Kim Un-su éprouvent le besoin de le lier à quelque chose de connu, comparable. Les références citées se révèlent être un véritable inventaire à la Prévert : Temps modernes de Chaplin, Holy Motors de Leos Carax, Boris Vian, la physique quantique etc. Si l’auteur se plaît à décrire des situations surréalistes, il laisse toujours des passerelles avec le réel pour mieux y revenir brutalement à la fin de son histoire. Déconcertant.

Paradoxal, car la promesse est d’avoir un roman satirique et critique sur la société coréenne. Si c’est bien le cas dans l’œuvre originale malgré un travail de traduction de qualité, s’esquisse à peine un sourire à la lecture de la version française. Certaines descriptions sont cocasses mais sans plus ; bien que j’ai un faible pour les cure-dents et trouve que le concept de mosaïqueurs de mémoire est bien pensé. Dans la même logique que la satire, la critique de la société moderne ne sera perceptible que par un connaisseur de la culture coréenne. Effectivement Kim Un-su égratigne ces agences gouvernementales coréennes avec leur pléthore de fonctionnaires payés à ne pas faire grand chose, une hiérarchie qui donne le ton et fixe la norme, l’exclusion du groupe, le clientélisme qui se transforme très souvent en corruption, le désœuvrement des jeunes diplômés qui rament pour trouver un travail etc. Mais sans des éléments de contexte explicites cette critique de la société perd de sa vigueur, pour au final être à peine relevée par un lecteur français.

Paradoxal, car l’auteur part d’un fait réel, un survivant à l’éruption de la Montagne Pelée, pour se dépêcher de jouer avec et nous faire entrer dans son univers. Univers faussement très documenté avec des sources farfelues pour assoir la véracité de son histoire.

Paradoxal, car la lecture pour ma part en a été laborieuse mais la fin de l’ouvrage totalement prenante. Le lecteur fait littéralement corps avec le héros. Cette fusion est un grand moment de littérature tel que j’en ai pas connu depuis mon adolescence en lisant Stoker ou un peu plus tard à la lecture de Tolkien lors de la traversée de la Moria. Le dernier chapitre fini, vous voici renvoyé au début du livre avec une envie furieuse de le relire.

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Kim Un-su, Galerie Oblique. Paris le 2 mai 2013 (© Lesifluences.fr)

Paradoxal, car c’est la première fois qu’il m’est donné de rencontrer un auteur, ses deux traducteurs (Choi Kyung-ran et Pierre Bisiou) et l’éditeur avant de lire un ouvrage. Aujourd’hui je me retrouve avec de multiples questions qui demeureront sans réponse...

Pour conclure, sous des allures de premier de la classe ou de beau-fils idéal, Kim Un-su s’avère complètement déjanté. Il est la preuve qu’il n’existe pas un unique genre dans la littérature coréenne. Elle est plurielle, riche et variée. Si elle était une voiture, Kim Un-su en serait une de ses roues, roue voilée bien sûr.


Repères :

"Le Placard", Kim Un-su, Ginkgo Editeur. Mai 2013. 373p. 21€.


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