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Une autre idée de la guerre

lundi 7 octobre 2013, par Christian Harbulot

De nouvelles découvertes des sciences sociales sur des armées de régimes totalitaires

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Plusieurs ouvrages parus entre 2010 et 2013 ouvrent de nouveaux champs de réflexion sur les contradictions pour le moins paradoxales des régimes totalitaires confrontés à la réalité de la guerre. Le régime nazi en est un bon exemple. Dans une thèse d’histoire de grande qualité, Jean-Luc Leleu a étudié la manière dont la Waffen SS était en concurrence avec la Wehrmacht en particulier sur la question du recrutement des appelés. Le recours à des campagnes de vaccinations préventives de la jeunesse allemande fut par exemple une des ruses auxquelles l’appareil SS eut recours pour identifier avant l’armée des futures recrues.

Mais le plus spectaculaire est la manière dont Heinrich Himmler a pensé le développement de cette force politico-militaire qu’était la Waffen SS indépendamment de la conduite de la guerre. La priorité était la création de nouvelles unités SS. Le manque de personnel d’encadrement obligea Himmler à déconstruire en permanence des unités opérationnelles pour en former d’autres, quitte à affaiblir des zones de front où ces unités auraient dû se maintenir en l’état. Jusqu’en 1945, Himmler poursuivit cette politique qui privilégiait l’apogée de la SS aux dépens de la conduite de la guerre.

La psychologie des troupes et leur degré d’adhésion à la conduite de la guerre par le pouvoir politique est un aspect troublant des régimes totalitaires

La psychologie des troupes et leur degré d’adhésion à la conduite de la guerre par le pouvoir politique est un autre aspect troublant des régimes totalitaires. Sönke Neitzel et Harald Welzer traitent cette question à partir des enregistrements de discussions effectuées dans des camps de prisonniers et des interrogatoires de soldats allemands. Leur étude démontre que la plupart des soldats allemands ont attendu août 1944 pour admettre la défaite du Reich alors que l’issue du combat était certaine depuis 1943. L’environnement social immédiat des soldats l’emportait dans leur perception tant qu’ils n’étaient pas confrontés aux grands événements de la guerre. Ni le fanatisme, ni l’application des critères nationaux-socialistes ne furent des critères retenus pour évaluer les officiers de la Wehrmacht au combat. La mécanique guerrière du Troisième Reich s’appuyait davantage sur le dévouement aux vertus classiques du canon militaire.

On retrouve cette nuance dans le régime totalitaire soviétique, en lisant la biographie très analytique que Jean Lopez et Lasha Otkhmesuri font du maréchal soviétique Joukov. L’armée rouge était sous le strict contrôle du Parti communiste et apparaît de facto comme une armée politique. Mais ces deux auteurs nous rappellent qu’elle ne doit son salut :
dans un premier temps aux 40 000 anciens officiers tsaristes qui en constituent l’ossature durant la guerre civile ;
et dans un second temps à la manière dont des militaires comme Joukov imposeront à partir de 1942 leur vue opérative au dictateur implacable qu’était Staline pour vaincre les armées nazies sur le front de l’Est.


Repères :

- Ouvrages cités
Jean-Luc Leleu, La Waffen SS, soldats politiques en guerre, Perrin, 2010.

Sönke Neitzel et Harald Welzer, Soldats, combattre, tuer, mourir : Procès-verbaux de récits de soldats allemands, nrf essais chez Gallimard, 2013.

Jean Lopez, Lasha Otkhmesuri, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler, Calaméo, 2013.

- Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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