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Une gouvernance mondiale pour les vieux

mardi 19 octobre 2010, par Arnaud Vojinovic

Face aux défis de la vieillesse et des retraites partout dans le monde, des économistes en appellent à une régulation internationale pilotée par le G20.

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Jean-Hervé Lorenzi

Le Choc des populations est un livre collectif issu des Rencontres économiques qui se sont tenues en juillet 2009 à Aix-en-Provence. L’ouvrage qui vient de sortir, a été réalisé sous la double direction de Pierre Dockès, professeur à l’université Lumière-Lyon II et de Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des économistes et titulaire de la chaire « Transition démographique » à l’université Paris-Dauphine. Même si le livre se veut un état des lieux des enjeux démographiques planétaires, il éclaire aussi sur les enjeux, les impensés et les actuelles manifestations en France au sujet de la réforme des retraites.

Depuis 2007, la crise économique et la volatilité du prix de ressources énergétiques et alimentaires que cela a induit remet dans le débat une question essentielle, et lancinante : combien nous compterons nous en 2050 ? question subsidiaire, l’humanité pourra t elle manger à sa faim ? En effet deux facteurs viennent révolutionner notre approche à la démographie : vieillissement et rareté des ressources. Les auteurs préviennent : « Malthus avais à la fois tort et raison. Son analyse du problème était pertinente et elle n’a pas vieilli ; en revanche, ses solutions sont datées et ses perspectives erronées. ».

Les industries pharmaceutiques, super-stars des sociétés de vieux en 2040

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Robert W. Fogel

Parmi les contributeurs, Robert William Fogel, prix Nobel d’économie en 1993, imagine un scénario fort qui nous mène jusqu’en 2040. l’économiste américain qui joue ici au futurologue annonce « le relatif déclin de l’Europe dû aussi bien à la stagnation de sa démographie qu’à la croissance modeste de son PIB. » Le corollaire en est un vieillissement de la population et donc une augmentation du taux de dépendance. Dans ce scénario, l’Inde a une croissance molle plombée par un taux d’illettrisme important (40% à l’heure actuelle) car les systèmes scolaires et secondaires sont défaillant, et du fait d’une faible productivité agricole, au contraire de la Chine qui confirme sa place de superpuissance économique. Toujours selon Fogel, en 2040 sur 8 milliards d’individus, un tiers auront plus de 65 ans. Le vieillissement de la population entraine une augmentation astronomique des dépenses de santé. Ainsi les industries liées à la santé deviennent les nouveaux moteurs économiques supplantant les précédents, électricité et industrie.

Patrick Artus, chef de Natexis et membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, explique que le revers de la médaille est la remise en cause d’une solidarité intergénérationnelle suscitée par cinq facteurs : (1) L’augmentation de la dette publique afin de soutenir la demande. (2) L’ajustement des entreprises qui se fait au détriment des salariés (plus particulièrement des jeunes) mais en faveur des actionnaires. (3) une faible croissance plombant les finances publiques. (4) Un système bancaire frileux qui ne financent plus les jeunes entrepreneurs et en dernier lieu. (5) Une politique monétaire expansionniste favorable à la création de bulles spéculatives favorables aux détenteurs du patrimoine.

En 2030, 4 milliards d’êtres humains seulement pourront se nourrir selon l’actuelle consommation

Mais la prédiction ne peut être parfaite car il reste des inconnus et des incertitudes. Du côté des inconnues, les stocks des ressources énergétiques ou autres et les capacités à les valoriser font toujours débats. De même le climat qui est un des grands défis de notre temps mais dont l’évolution avec ses effets négatifs et positifs ne peut être prédis. Les incertitudes sont de nature technologiques car la technologie peut tout aussi bien nous à aider à relever ses défis que n’apporter aucune solution majeure.

Ressources rares et vieillissements sont donc les deux facteurs clefs. Les ressources concernées sont multiples : ressources monétaires et utilisation de l’épargne, ressources énergétiques alors que le modèle basé sur une énergie fossile est non soutenable, terres arables et last but not least, l’eau. En 2030 les 2/3 de la population mondiale n’aura pas accès à un système d’assainissement décent alors que l’agriculture s’accapare déjà aujourd’hui 70% de la consommation totale : il faut compter en moyenne 3000 litres d’eau par jour pour produire la nourriture nécessaire à un individu alors qu’il en utilise que 2 à 5 litres pour sa consommation alimentaire. Et les économistes de bien souligner : « Si les hommes choisissaient de consommer seulement de la viande, la planète ne pourrait pas les nourrir. Elle ne le pourrait pas non plus si l’ensemble des humains adoptait une alimentation aussi animale que celle des Français, car seuls 4 milliards d’habitants pourraient être nourris. »

Retraites : la France épargnée par les fonds de pension

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Jean Michel Charpin

L’autre facteur touche le vieillissement. Une population qui vieillie a pour conséquence d’entrainer une augmentation des dépenses de santé. Si on estime qu’une baisse de la prise en charge des dépenses est une solution, Jean Michel Charpin, membre du Conseil d’orientation des retraites (COR), prévient : « Toute initiative nouvelle dans le sens d’une réduction de l’assurance maladie aurait entraîné la constitution d’une épargne de précaution aux conséquences négatives pour la conjoncture. ». La retraite est aussi sérieusement. Le système de retraite par capitalisation s’est effondré avec la crise. Aux Etats Unis les grands perdants sont les 45 ans : presque 10 années de cotisation pour eux sont insuffisantes pour éponger les effets de la crise. Alors qu’on estime que les fonds de pension ont perdu 20% de leur encours, a contrario la France a connu une récession modérée du fait de la relative absence des fonds de pension. Charpin poursuit : « Dans ces conditions, autant le recours à la capitalisation restera justifié à titre de diversification pour les étapes supérieurs du dispositif de retraite, autant on peut anticiper que la répartition redeviendra dans tous les pays le mécanisme retenu pour la retraite de base, comme elle n’aurait pas dû cesser de l’être. »

Les seniors plus longtemps au travail ne pénalisent pas les jeunes

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Axel Börsch-Supan

Mais des idées reçues restent fermement ancrées, comme la productivité des seniors qui seraient moins productifs, plus souvent absents pour des raisons de santé ou le fait qu’ils piquent le travail des jeunes. Tout cela relève d’une vision biologique du système alors que notre économie se veut bâtie sur la science et l’information. Axel Börsch-Supan, directeur de l’Institut de recherche pour l’économie du vieillissement de Manheim, fait remarquer que dans les pays où les seniors partent plus tardivement à la retraite, le travail des jeunes est favorisé : les entreprises sont moins taxées pour financer les fonds de retraite et embauchent donc plus facilement les jeunes. En effet c’est dans les pays où il existe des dispositifs de départ anticipé à la retraite qu’il existe les taux de chômage les plus importants et notamment chez les jeunes, quand les charges sociales sont allouées à la retraite anticipée sont élevées, les entreprises embauchent moins. Pour finir il propose une alternative à un âge fixe de départ à la retraite : « Si j’avais un conseil à donner aux gouvernements, ce serait de ne faire de loi, mais d’indexer la retraite à la durée de travail : le processus s’enclencherait ensuite logiquement. La mécanique délicate des retraites et du temps de travail a besoin d’air : il faut lui en trouver. »

Face au défi démographique qui se complexifie de données à la fois d’ordre migratoire et culturel, Pierre Dockès et Jean-Hervé Lorenzi estime que le G20 a la dimension suffisante pour mettre en place un nouvel ordre mondial. L’objectif sera de réguler aussi bien la mondialisation que de gérer un futur conflit entre générations. Ses actions peuvent concerner « la gestion des ressources rares, l’émigration choisie et l’intensification des politiques de natalité » qui déboucherait sur « un avenir pacifique ». Un vœu pieu ou l’amorce d’une gouvernance mondiale ?


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