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Une leçon d’éthique des affaires pour Eric Woerth

lundi 26 juillet 2010, par Emmanuel Lemieux

Philosophie. L’éthique des affaires est une discipline philosophique en vogue dans les écoles de commerce, récompensée par le prix Ostad Elahi, et que l’actuel ministre du Travail, ancien d’HEC, a peut être négligé.

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Florence et Eric Woerth, deux purs produits HEC.

Le ministre du Travail et trésorier de l’UMP Eric Woerth, englué dans le feuilleton de l’affaire dite désormais Bettencourt-Woerth, connait-il "le dilemme du tramway" ? Dans cet exercice de psychologie morale, il est demandé de porter un jugement moral sur l’action consistant à détourner un tramway vers une voie secondaire afin de sauver cinq personnes, au prix de la mort d’une autre personne. Cette question fait partie des exercices pratiques que l’on dispense depuis quelques années dans certaines écoles de commerce. C’est aussi un cas de figure probable par temps de crise politique qui s’éternise.

La crise financière mondialisée apporte une intérêt nouveau à l’enseignement d’une discipline philosophique, l’éthique des affaires. Cette philosophie appliquée a quelque chose à dire sur les grands écarts moraux, les petits arrangements de l’entre-soi dans le domaine des affaires publiques et du commerce. Le 17 juin était ainsi remis au CNAM (Conservatoire National des Arts et métiers), pour la deuxième édition de ce prix bi-annuel, les Trophées de l’éthique de la Fondation Ostad Elahi, sous le patronnage du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Leçon n°1 : l’éthique des affaires n’est pas une usine à gaz moral

C’est dans la catégorie "Enseignement" des Trophées, que l’éthique des affaires prend une saveur particulière avec le récent procès du trader Kerviel, et surtout le feuilleton de l’été Woerth-Bettencourt. Le ministre du Travail est un pur produit d’HEC, tout comme son épouse Florence par qui le scandale politique est arrivé. A leur époque, l’éthique ne devait pas être suffisamment développée. Petit cours de rattrapage et de méditation avec des extraits du discours d’Alain Anquetil, professeur à l’ESSCA (Ecole supérieure des sciences commerciales d’Angers) et distingué par Les Trophées 2010.

Voilà ce que l’élève Woerth devrait suivre en 2010 : "Chaque enseignement est structuré en trois parties, expliquait-il lors de la remise du prix, une introduction au questionnement éthique, qui est consacrée aux théories morales normatives et à la psychologie morale ; une partie relative aux questions soulevées dans la littérature académique de l’éthique des affaires pour chaque discipline de gestion ; enfin des applications pratiques au sein desquelles domine un jeu de rôle."

C’est dans ces exercices que l’éthicien des affaires appréhende la personnalité d’un étudiant. Car pour le professeur Anquetil, l’éthique des affaires est à considérer comme une "discipline académique, l’un des domaines de l’éthique appliquée", et non pas comme une matière subalterne ou justificative de l’enseignement de la finance, du marketing ou du management. Dans son enseignement, Alain Anquetil réfute totalement "la thèse de la séparation" :

"Cette thèse énonce qu’il existe, au moins dans les croyances et dans les discours, une séparation entre les règles morales gouvernant la vie des affaires et celles gouvernant la vie ordinaire. Elle est souvent invoquée pour expliquer la « perte de sens » qu’éprouveraient beaucoup d’acteurs de la vie des affaires."

Leçon n°2 : Pas de séparation entre la morale ordinaire et la morale des affaires

Alain Anquetil s’appuie sur un autre éthicien, Robert Solomon. "Il affirmait que « les bons employés sont de bonnes personnes ». Qu’est-ce que cela implique dans la perspective d’un enseignement d’éthique des affaires ? Pas seulement que l’on devrait s’attacher à définir ce qu’est un « bon employé », un « bon manager » ou un « bon dirigeant d’entreprise ». Mais plutôt qu’il convient de partir de ce qu’est une « bonne personne en général », de ce qu’est une vie qui mérite d’être qualifiée de « bonne », puis de situer la vie des affaires dans la vie en général, de discuter comment la vie des affaires devrait prendre place dans une vie humaine et non comment une vie humaine devrait s’accommoder de la vie des affaires."

Morale moderne de l’éthique des affaires : "Ceci revient à défendre l’idée selon laquelle il ne devrait pas exister de séparation entre les règles de la morale ordinaire et les règles éthiques de la vie des affaires, martèle Alain Anquetil. Voici une autre manière de le dire : il n’y a pas de courage, de sincérité, de tolérance ou de solidarité spécifiques à la vie des affaires ; il s’agit en réalité du même courage, de la même sincérité, de la même tolérance, de la même solidarité que ceux qui existent en dehors de la vie des affaires."

Leçon n°3 : rappeler en permanence à l’étudiant que la corruption est un mal

Quitte à passer pour un prof gnangnan, Alain Anquetil insiste particulièrement : il ne faut jamais laisser un étudiant d’une école de commerce flotter dans des réponses vagues ou l’a-peu-près.

"Ceci signifie que, sans adopter une posture paternaliste, un enseignant en éthique des affaires devrait établir clairement, après discussion d’un cas ou au cours de la discussion, ce qui est moralement bon et ce qui est moralement mauvais, plus précisément qu’il devrait souligner l’importance, pour un décideur impliqué dans une situation de choix éthique, de ne pas perdre de vue des biens moraux tels que l’intégrité, la justice et la vérité – ce en dépit de la pression du contexte, en dépit de la pression de l’autorité, de la hiérarchie, des pairs."

Cela vaut dans des cas ambigus, comme peuvent l’être des cas de corruption. Dans de tels cas, le principe de non-neutralité énonce que l’enseignant doit affirmer que « la corruption est un mal », plutôt que de laisser les étudiants le supposer implicitement ; et si cela n’a pas été fait en séance, il doit donner des arguments démontrant pourquoi la corruption est un mal, non seulement en général (cela ne suffit pas d’en parler « en général »), mais dans le cas précis discuté pendant le cours. Et il doit montrer comment, toujours à propos du cas discuté en cours, ce genre de mal qu’est la corruption peut affecter le décideur en tant que personne." Des devoirs de vacances ne sont pas interdits en la matière.


Repères :

Le discours complet d’Alain Anquetil sur le site de la Fondation Ostad Elahi :
www.fondationostadelahi.fr

A noter que deux lauréats des Trophées de l’éthique ont été exceptionnellement récompensés dans la catégorie "Recherche".

Christelle Didier, maître de conférences en sociologie, est responsable du pôle "Ethique et technologie" de l’Université catholique de Lille. Elle a mis en chantier un projet sur la conduite d’ingénieurs qui préfèrent s’engager dans des parcours professionnels mal payés, atypiques, militants et altruistes.
Benoît Bayle, psychiatre des hôpitaux et docteur en philosophie, travaille lui sur l’éthique appliquée à la médecine de la procréation humaine. "La procréatique", comme il appelle l’ensemble des interventions biomédicales, soulève les questions éthiques les plus complexes que ce soit dans le diagnostic prénatal, l’infertilité ou l’interruption de grossesse.


Par Gismle 27 juillet 2010 : Une leçon d’éthique des affaires pour Eric Woerth

Après cette leçon de morale, Il ne reste plus qu’à l’auteur du billet de nous expliquer quelle règle de "morale ordinaire" le ministre du budget a violé en demandant à une de ses connaissances de rencontrer sa femme dans un contexte professionnel.


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    rosrow,  le 2 août 2010 : Une leçon d’éthique des affaires pour Eric Woerth

    Il faut cesser d’être naif et ouvrir un peu les yeux...De Gaule payait , parait-il, sur ses propres deniers , ses facture d’électricité lorsqu’il occupait l’Elysé... C’est un détail qui va faire sourire ( surtout Mr. Woerth et consort...), mais détail qui en dit long sur ce que pouvait être son rapport à l’éthique.

    Répondre a ce message
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