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« Quelle idée du moment avez-vous envie de défendre ? »

Vérité et franchise

jeudi 30 avril 2015, par Annick Deshays

Si je m’en tiens à la définition du dictionnaire, la vérité est « l’adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense. » C’est donc faire preuve d’authenticité que de vouloir la vérité. En qualité d’autiste, je ne fonctionne que sur la vérité, sur la fidélité de ce que je ressens au plus profond de moi à ce que je vois.

En ces temps difficiles, je suis un peu perdue car je n’arrive pas à définir ce qu’on appelle franchise, qualité qui se décline avec la vérité. Il semblerait que ce mot soit employé à tort, bien souvent pour cacher des réalités qui ne satisfont pas le désir de l’homme. Que signifie « en toute franchise » quand le discours sonne faux dans mon esprit ? C’est ainsi que j’entends des politiciens se pencher sur des situations délicates en s’autodécrivant comme des hommes sincèrement affectés et qui agissent en marche arrière de ce qu’ils disent. C’est une tendance du moment de se dire franc et de jouer la carte du recto-verso sans scrupule. C’est pourquoi je suis désorientée et que sans mes repères intérieurs, je ferais une fracture de vie car c’est vital pour moi de demeurer dans la vérité.

Comment expliquer cela ? D’abord je constate un désengagement face aux difficultés, désengagement volontaire devant une impuissance de contrôler, de gérer des situations imprévisibles. Rester serein sans se laisser envahir par les émotions, c’est là que le bât blesse. Les médias jouent tellement sur la corde sensible des gens pour mieux se faire entendre. Tout devient source d’émotions et les vraies dimensions d’une réalité font des infidélités à l’esprit qui se doit de faire la vérité. Le siège de la vérité n’est pas celui des émotions : cœur et esprit sont dynamisés par deux moteurs différents. C’est la raison pour laquelle un homme se dira sincère de manière légère et qu’au fond il raisonnera autrement avec l’outil cérébral qui le caractérise.

Ce que je perçois aujourd’hui c’est cette satisfaisante démarche de vouloir faire croire en un fictif débat de la démocratie. Facile de se faire le défenseur de la liberté en vacillant sur des fausses vérités. Pour se dire franc il convient de travailler sur ses propres repères ancrés en soi et qui verseront en son temps une dose de vérité. Autrement dit si je dis « franc » sans retourner en moi-même pour valider ce mot, je ne suis pas dans la vérité et je déguise mes intentions. Il n’y a plus adéquation entre la réalité et ce que je pense.

Lorsque des jeux médiatiques ou politiques vacillent entre des suppositions lancées dans la tourmente et des volontés de faire de l’audimat, qui croire ? Qui mesure le dosage de franchise au-delà des paroles jetées en pâture ? Dans mon esprit relié plus à l’intérieur de l’homme qu’aux effets de gestes et de mots, je ressens aujourd’hui un réel décalage. J’aimerais crier au monde toute l’urgence de vivre authentiquement un présent que chacun fera en adéquation avec sa pensée profonde et qu’il exprimera en toute franchise, voire respectant le silence, si parlant quand tout est vrai. Que dire des gens qui voudraient en toute franchise hurler les mots démesurément présents dans leur for intérieur et qui sont privés de la parole ? Franchise au service de la vérité, voilà mon désir de femme autiste et libre de penser sans la parole.

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Annick Deshays, autiste asperger et atteinte du syndrôme de Rett, est l’auteur de « Je suis autiste et je pense le monde » (Lemieux Éditeur). ©Claude Germerie pour Panorama des idées.

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