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Vingt ans de négociation pour le retour des manuscrits volés

mardi 8 février 2011, par Arnaud Vojinovic

Depuis le 7 février, un accord entre la France et la Corée confirme la restitution des 297 manuscrits à Séoul.

Volés en 1865 par l’amiral Roze, 297 livres protocolaires de la dernière dynastie coréenne détenus par la BNF, classés à tort dans le fonds chinois, prenaient depuis la poussière dans les réserves. Jusqu’en 1975 lorsque l’historienne Park Byeong-seon exhuma ces archives royales coréennes totalement oubliées. Très rapidement le retour des manuscrits est devenu un enjeu culturel et politique majeur pour les gouvernements successifs coréens, et un sujet de tension entre Paris et Séoul.

Des engagements non tenus

Lors des négociations sur l’achat du TGV, François Mitterrand s’engage à rendre les manuscrits à la Corée. Au final seul le premier volume est remis en 1993 sous forme d’un prêt à durée indéterminée. Même si les Coréens ont obtenu en 2005 le principe de pouvoir détenir une copie numérique de quelques extraits, il faudra attendre l’élection de Lee Myung-bak pour que la diplomatie coréenne se montre plus ferme dans ses demandes, allant jusqu’à mettre le sujet à l’ordre du jour entre Nicolas Sarkozy et Lee Myung-bak lors du G20 de Séoul en novembre dernier. Après 20 ans de négociations diplomatiques, c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui annoncera au cours de la conférence de presse suivant le sommet franco-coréen du 12 novembre 2010 qui s’est tenu en marge du G20, le retour à Séoul des manuscrits sous la forme d’un prêt de 5 ans renouvelable. Les premiers volumes devraient être rendus début mars. Le remise se fera en quatre voyages jusqu’à fin mai ; à la suite de quoi Séoul organisera une exposition. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères précise au sujet de cet accord qu’« il permettra des échanges culturels accrus, notamment dans le cadre de l’organisation d’années culturelles croisées en 2015-2016, à l’occasion du 130e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée ».

Une remise en cause du principe d’inaliénabilité

Ce retour présente un double enjeu. En premier lieu pour la Corée qui se doit de récupérer son héritage culturel spolié lors de la période coloniale, soit plus de 100 000 pièces qui sont éparpillées à travers le monde dans 18 pays, dont 61 000 pour le seul Japon et 30 000 pour les Etats-Unis. D’ailleurs le Japon a annoncé en août 2010, à l’occasion du centenaire de la colonisation de la Corée, qu’il est prêt à rendre 167 manuscrits. Séoul en avait fait une étape obligatoire pour renforcer les relations entre les deux pays. Ensuite du côté français l’enjeu est lié à la nature de la décision qui fut purement politique et qui de fait n’a pas tenu de compte de l’avis de la BNF et du ministère de la Culture. Même si le mouvement de contestation au sein de la BNF fut de courte durée, un appel publié par le journal Libération et signé par 284 salariés de la bibliothèque désavouait ce retour. Rendre ces archives royales pose des questions à la fois sur l’inaliénabilité des œuvres inscrites dans les collections publiques face à l’ingérence du politique, et aussi questionne sur le précédent créé par ce cas qui vient confirmer l’exception égyptienne ; la France ayant accepté de rendre à l’Egypte des fragments volés de la tombe de Tetiky.

Le pire cauchemar des conservateurs serait des musées se vidant de leurs objets au fil des rendus dictés par la diplomatie française. Fantasme ?
Et puis, peut-on vraiment priver un pays de son héritage culturel et lui ravir ses mythes fondateurs quand celui-ci est devenu un acteur incontournable de votre politique commerciale et de votre diplomatie ?


Repères :

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Nicolas Sarkozy va t-il restituer les archives royales ?


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